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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Paradoxes.

            Plantu à la Une du Monde

 

La France aurait-elle cessé d'être la patrie de Descartes, de Pasteur et de Jaurès ? Le contexte actuel pourrait le laisser penser.

On ne manque pas une occasion de souligner notre esprit cartésien. La polémique qui s'installe sur les conditions dans lesquelles a démarré le dimanche 27 décembre la campagne de vaccination en France, serait de nature à installer le doute.

Une semaine après le coup d'envoi en Europe, alors que le Royaume-Uni avait dépassé le million de personnes vaccinées, qu'elles étaient plus de deux-cent-mille en Allemagne, on en comptait à peine quelques centaines dans notre pays. La photo de Mauricette, première française à avoir reçu le vaccin, est déjà jaunie et certains n'hésitent pas à parler « d'un scandale d'Etat ».

Les raisons d'un tel retard : Le choix fait par le ministère de la santé de vacciner d'abord dans les EHPAD les personnes les plus vulnérables et la nécessité de recueillir préalablement l'accord de l'intéressé ou, s'il ne peut donner un consentement éclairé, de son représentant. Enfin de faire précéder l'acte de vaccination d'un avis médical. Toutes démarches qui évidemment, prennent du temps. Mais, pour échapper à toute contestation ultérieure et en France nous en sommes friands, difficile de faire autrement.

Ces arguments sont parfaitement recevables comme le sont tout autant, ceux développés par le généticien Axel Kahn qui insiste sur l'urgence qu'il y a à vacciner le maximum de personnes afin de limiter le nombre d'hospitalisations donc de malades admis en réanimation et finalement de décès causés par le Covid-19.

Ces deux préoccupations ne sont pas contradictoires à la condition de trouver très vite le bon tempo. Il est donc de la responsabilité de nos gouvernants de concilier ces impératifs afin que le fossé ne continue pas à se creuser avec nos voisins, notamment avec l'Allemagne qui sert en permanence de mètre-étalon pour mesurer les performances de la France. Il en va de la vie de milliers de nos compatriotes mais aussi accessoirement, des enjeux électoraux pour les dix-huit mois à venir.

De même, on s'interroge : fallait-il que, comme dans certains pays, afin de convaincre les hésitants, nos gouvernants se fassent vacciner devant les médias dès le lancement des opérations ? Les points de vue opposés sont également défendables mais de là à développer une polémique en interprétant l'abstention de nos dirigeants comme une défiance qu'ils auraient à l'égard du vaccin ! Le grotesque le dispute à la stupidité, pour rester dans les limites de la décence.

Nous allons prochainement vivre les mêmes contradictions à l'occasion de l'examen au Parlement, du projet de loi destiné à lutter contre les séparatismes. Alors que tout un chacun demande à l'État de toujours mieux le protéger contre les actes terroristes et que les racines du mal ont été parfaitement identifiées, nous ne manquerons pas d'entendre sur les bancs occupés par la gauche l'accusation selon laquelle le gouvernement a fait le choix du tout répressif, alors que la droite ne manquera pas de dénoncer le laxisme d'un texte incapable d'assurer notre sécurité. De la difficulté à concilier Liberté et Sécurité mais également, de l'incapacité de notre classe politique à s'accorder sur des sujets qui devraient réunir et mobiliser l'ensemble de nos représentants au-delà des appartenances respectives.

Nos gouvernants et la classe politique en général seraient bien venus de s'inspirer plus souvent de la rationalité de la pensée que René Descartes développa au dix-septième siècle alors que l'on a tendance à ne retenir que sa célèbre formule, « Je pense donc je suis »...

Autre incongruité, dans les départements où, en raison de la situation sanitaire, le couvre-feu auquel est soumis l'ensemble du pays a été avancé en fin d'année à 18 heures. Les élus d'opposition n'ont pas eu de mots assez sévères pour critiquer la décision du ministre de la santé et ont soutenu qu'il eut été préférable de confiner pour un temps déterminé leur population. Bien sûr, si la décision d'un confinement limité avait été prise, les mêmes auraient invoqué un traitement inéquitable imposé à leurs compatriotes et regretté que l'on n'ait pas plutôt étendu le couvre-feu. Certains n'auraient peut-être pas hésité à se référer à la Constitution pour tenter d'obtenir l'annulation d'une telle décision au nom de la rupture d'égalité entre les citoyens d'un même pays !

Au moment où la polémique enfle sur le rythme de la vaccination, les derniers sondages font apparaître que 60 % d'entre nous ne souhaitent pas être vaccinés, en augmentation de 10 % en un mois.

Ainsi, après que nous ayons appelé de nos voeux depuis bientôt un an la mise au point rapide d'un vaccin, alors qu'à nos frontières les populations se précipitent pour en bénéficier au plus vite, voici qu'une majorité de français se déclare de plus en plus sceptique. Parions que dans le même temps, les mêmes seraient prêts à faire le procès à nos gouvernants des lenteurs résultant de la stratégie adoptée. Et seraient même disposés à prendre l'initiative de nouvelles plaintes pénales, à l'image des dizaines de contentieux mis en œuvre après le premier confinement contre les autorités sanitaires et nos dirigeants, parmi lesquels l'ancien premier ministre.

Lorsqu'en 1885 Louis Pasteur administra à Joseph Meister et au berger Jean Baptiste Jupille le vaccin antirabique, il se heurta à un fort scepticisme teinté de désapprobation, jusqu'à ce que la communauté scientifique admette qu'il venait ainsi de sauver des millions de vies en protégeant ses contemporains d'une maladie mortelle, la rage. C'est le pays de l'éminent pionnier de la microbiologie qui aujourd'hui, se montre le plus sceptique quant à l'efficacité d'un vaccin qui a satisfait aux différentes phases de validation ayant permis la délivrance par les instances européennes des autorisations requises pour être administré.

De la même façon, le triste spectacle donné en Ille-et-Vilaine par 2 500 irresponsables lors de la célébration du Nouvel An, ne manque pas de nous interpeller. Inconscience ? Provocation ? Désir d'en découdre avec les forces de l'ordre ? Ou un peu de tout cela ?

On reste confondus par le risque que ces jeunes gens venus de l'ensemble de la France et même de l'étranger, ont par leur comportement fait courir à leurs proches, à leurs ascendants, à ceux même qui avec eux, avaient décidé de célébrer sans aucune prudence, la nouvelle année.

Jean Jaurès a consacré les dix dernières années de sa vie à lutter contre l'arrivée de la guerre sur notre sol. Son pacifisme lui attira la haine des nationalistes. Le 31 juillet 1914 , alors qu'il dînait à Paris au Café du Croissant, il fut assassiné de deux coups de feu par un étudiant nationaliste, Raoul Villain.

Le lendemain l'Allemagne déclarait la guerre à la Russie, le 3 août à la France. Cette guerre fit plus de 9 millions de morts et disparus dont 1,4 millions pour la France. Chez nous, 900 jeunes français sont tombés en moyenne chaque jour sur les champs de bataille.

Certains jeunes appelés, survivants de ce carnage, passèrent les quatre années de guerre sur le front. Ce fut le cas de Benjamin Jean de Latour de France  qui fut mobilisé la veille de l'entrée en guerre de la France le 2 août 1914 et ne fut démobilisé qu'après le 11 novembre 1918, date de la signature de l'armistice (mon billet du 16 novembre 2018 C'était il y a un siècle...).

Refuser de respecter, en pleine pandémie, à l'occasion des fêtes de fin d'année, les consignes de nature à limiter la diffusion d'un virus hautement dangereux, en invoquant un droit fondamental et imprescriptible à faire la fête et à ne pas devoir rendre de comptes, est une insulte à tous ceux qui ont donné leur vie ou sacrifié leur jeunesse pour qu'aujourd'hui, ces jeunes gens puissent vivre en toute liberté.

Le 30 juillet 1903, Jean Jaurès adressa d'Albi un « Discours à la Jeunesse » qui reste plus d'un siècle plus tard, une référence.

Il y disait notamment : « Le courage, c'est de supporter sans fléchir les épreuves physiques et morales que prodige la vie » et également, « Le courage c'est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces ».

En cette fin d'année 2020, ce courage qu'exaltait Jean Jaurès, était manifestement étranger aux 2 500 déserteurs qui lui avaient préféré « la teuf ».

 

                                       Le "Poilu" Baptiste Guiraud

 

 

 

 

 

 

 

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Julien 08/01/2021 20:56

C'est trop vrai ça :

"Refuser de respecter, en pleine pandémie, à l'occasion des fêtes de fin d'année, les consignes de nature à limiter la diffusion d'un virus hautement dangereux, en invoquant un droit fondamental et imprescriptible à faire la fête et à ne pas devoir rendre de comptes, est une insulte à tous ceux qui ont donné leur vie ou sacrifié leur jeunesse pour qu'aujourd'hui, ces jeunes gens puissent vivre en toute liberté."

En un siècle, on est passé du "devoir du sacrifice ultime" au droit "à faire la fête"......, qd on passe de Henry Barbusse à David Guetta, on se demande si ça vaut la peine de continuer....