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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

On nie tout chez #metoo ?

 

Certains s'arrêtent à l'aspect physique des Femen et trouvent leurs actions plutôt sympathiques. D'autres ont bien apprécié leur intervention venant perturber le discours de Marine Le Pen lors de la fête célébrant Jeanne d'Arc, que le Front National organisait le 1er mai 2015 à Paris, place de l'Opéra.

En ce qui me concerne, leurs sorties avaient suscité jusqu'à présent, une approbation teintée d'un certain amusement.

Mais avouons-le, leurs réactions à l'occasion du dernier remaniement ministériel m'ont choqué. Le sourire a cédé la place à l'indignation. L'interrogation a pris la place de la bienveillance.


Que certaines féministes soient en désaccord avec l'arrivée de Gérald Darmanin à l'Intérieur et d'Eric Dupond-Moretti à la Justice, pourquoi pas. Qu'elles manifestent leur mécontentement, rien de plus normal. C'est même à cela qu'on reconnaît une démocratie. Souhaitons que si un jour elles accédaient aux responsabilités, les mêmes manifesteraient à l'égard des contestataires un souci aussi grand de la liberté d' expression...

Par contre, utiliser l'insulte, la calomnie, pour dénoncer ce qui déplaît, revient finalement à se comporter avec les arguments que l'on prête à ceux que l'on entend stigmatiser.

Rien à voir avec la grande dame qui vient de nous quitter. Je veux parler de Gisèle Halimi. Dans les années 70, avocat au Barreau de la Seine Saint-Denis, je l'ai côtoyée. Il nous est même arrivé de « ferrailler » l'un contre l'autre. Jeune avocat, j'avais beaucoup de respect pour notre consoeur disparue.

Est-il acceptable de scander dans la rue « Darmanin violeur dégage » concernant une personne qui, à ce jour, n'a même pas été mise en examen pour quelque délit, a fortiori quelque crime que ce soit ?

Défiler sous les slogans : « Bienvenue au ministère du viol », « Violeurs en prison pas au gouvernement » ou encore « La culture du viol En marche », celles qui ont osé, peuvent-elles imaginer l'insupportable malveillance que portent de telles accusations ?

De même, si l'actuel garde des Sceaux a pu tenir des propos ayant déplu au mouvement #metoo, il convient de souligner que la liberté d'expression est un principe fondamental dans une démocratie. Enfin, est-il utile de rappeler que dans le cadre de son exercice professionnel, la parole de l'avocat, celle de Dupond-Moretti en l'occurrence, est libre ?

Devant de tels comportements, ce dernier a été contraint de rappeler que « la justice ne se rend pas dans la rue, ni sur les réseaux sociaux, ni dans les médias ». J'aurais rajouté, il lui arrive même d'être rendue quelques fois, dans les tribunaux...

A propos de cette nomination, un syndicat de magistrats a parlé d'une « déclaration de guerre ». Les termes étaient forts, à mon sens exagérés, mais il relevaient de la liberté d'expression à ne pas confondre avec l'injure ou la diffamation.

Ma protestation face à de tels comportements, ne signifie nullement que j'approuve la désignation de monsieur Darmanin au ministère de l'Intérieur et de mon confrère au ministère de la Justice. Je considère même qu'il s'agit dans les deux cas d'une erreur. Je rajouterai, que je ne nourris aucune sympathie à l'égard de l'un ou de l'autre mais là n'est pas le débat. Peut-être les prochains mois apporteront-ils la confirmation ou infirmeront-ils mon avis sur ces deux désignations . Cette considération relève en tous cas, de la simple liberté d'opinion.

Il ne s'agit nullement de faire l'amalgame entre ces libertés fondamentales et le procédé qui consiste à dire tout et n'importe quoi et qui permet de fouler aux pieds l'un des principes essentiels de la démocratie, la présomption d'innocence.

Ces attitudes n'ont rien à voir avec la nécessaire lutte pour l'égalité des droits femmes-hommes ainsi que la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Depuis quelques années des progrès ont été accomplis dans la reconnaissance des droits de celles qui, trop longtemps, ont été victimes des agissements dénoncés et il est heureux que le président de la République ait fait de cette lutte, l'une des grandes causes de ce quinquennat. En effet, le chemin sera encore long et semé d'embûches pour parvenir à une situation acceptable. Il en est notamment ainsi en matière d'égalité des salaires...

Nous avons le privilège de vivre en France dans un Etat de Droit. Tel n'est pas le cas de nombre de pays, y compris en Europe. Chez nous, toute personne a le droit d'être défendue, quels que soient les actes qui lui sont reprochés et seule l'institution judiciaire est en mesure de dire qui est coupable ou innocent et dans le premier cas, à quel niveau on doit situer la condamnation laquelle doit sanctionner, réparer mais aussi préparer la réinsertion de l'auteur de l'infraction. Tel n'est peut-être pas le cas en Ukraine où est né le mouvement des Femen...

Mais au risque de paraître redondant, rappelons-le une fois de plus, avant d'avoir été définitivement condamnée, toute personne est présumée innocente.

Trop souvent, je pense notamment aux violences qui mettraient en cause des forces de l'ordre, nous avons vu dans une période récente, la rue tenter de se substituer à l'appareil judiciaire en jetant en pâture ceux qui selon elle, seraient les coupables.

Dans une tribune récente, Noëlle Lenoir avocate, ancienne ministre en charge des affaires européennes, écrit : « Je suis inquiète de l'agressivité qui s'empare de manifestants qui entendent substituer ce que l'on appelle la justice de rue, qui confine au lynchage de triste mémoire, à la justice tout court, qui exige modération et non pas exaltation ».

Et l'auteure de poursuivre : « Il est clair que certains mouvements féministes ou anti-racistes comme ceux à l'origine des dernières manifestations mobilisées... sont révélateurs d'une évolution à l'américaine vers un radicalisme teinté de communautarisme allié à l'intolérance ».

J'ajouterai que dans ces comportements on retrouve l'héritage de l'épisode des « gilets jaunes » qui ont apporté la preuve que l'outrance et la violence pouvaient quelques fois payer.

Nous sommes de plus en plus nombreux à partager cette inquiétude et à nous interroger sur les répercussions de telles attitudes vis-à-vis des valeurs universelles qui sont traditionnellement celles de la France.

« Un violeur à l'Intérieur, un complice à la Justice » ont scandé les manifestantes féministes, niant aux présumés auteurs toute possibilité d'être simplement entendus.

Ces manifestantes qui considèrent « qu'accusation vaut condamnation », devraient relire Montesquieu et son traité l'Esprit des lois.


Elles y découvriraient que « le peuple qui a la souveraine puissance doit faire par lui-même tout ce qu'il peut bien faire et ce qu'il ne peut pas bien faire, il faut qu'il le fasse faire par ses ministres ».

Ce traité de philosophie politique écrit un demi-siècle avant la Révolution française, leur aurait permis de comprendre que la justice au 21 ième siècle ne se rend pas sur la voie publique mais dans les prétoires au nom du peuple français, que tout accusé à le droit d'être défendu comme il l'entend et que tout comme celui de l'égalité entre les hommes et les femmes, le principe de la présomption d'innocence a valeur constitutionnelle.

Ces principes s'imposent à tout un chacun, y compris aux Femen.

Peuvent-elles aussi le nier ?

 


 


 

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J
Si on peut légitimement se poser des questions concernant Darmanin, les propos à l'égard de Dupont-Morreti tiennent tout simplement du délit d'opinion :selon les femems, il est coupable de ne pas être d'accord avec meetoo, donc complice de tous les violeurs.

Ce genre de glissement sémantique ne peut porter qu'un seul nom : la menace ! Et gare à ceux qui ceux se mettront en travers du chemin de meetoo.

Au delà de ces cas précis, il faut reconnaître la naissance d'une justice parallèle, les tribunaux médiatiques, qui ne peuvent certes pas vous envoyer en prison, mais qui peuvent tres concrètement vous pourrir la vie .
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N
Bien sûr j’approuve ce rappel des grands principes mais n’y avait-il pas d’autres personnes tout aussi compétentes pour ces postes si importants et qui n’auraient pas contraint le premier ministre à les rappeler à tout bout de champ
Dans quel autre pays européen se serait-on mis dans une telle situation?
Peut-on donner en permanence des leçons à la Pologne ou la Hongrie après cela?
Nos politiques n’ont pas encore compris que les citoyens mettent la morale au-dessus du droit et c’est tant mieux.
Les faits reconnus par M. Darmanin même s’ils ne sont pas constitutifs d’une infraction me paraissent sur le plan moral , éthique, incompatibles avec toute fonction ministérielle .
Il est regrettable que Président et le Premier ministre ne l’aient pas compris.
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J
Raison pour laquelle j'ai qualifié cette nomination d'erreur. J'aurais pu tout aussi bien la qualifier de "faute".