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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

« Choisir, la faim ou le toro »

Dimanche 28 avril, vingt heures. Dès la fermeture des bureaux de vote, la chaîne de télévision catalane TV3 annonce les estimations des sondages sortie des urnes, concernant les élections législatives au Parlement Espagnol.

Deux certitudes se dégagent, qui seront confirmées peu après :

La première, le socialiste Pedro Sanchez chef du gouvernement sortant arrive largement en tête sans pouvoir atteindre la majorité absolue qui est à 176 sièges. Le PSOE obtiendra 123 sièges. Son allié de gauche, Podemos, obtient 42 sièges. Il manquera donc 11 sièges pour atteindre la majorité absolue.

Deuxième certitude : l'alliance droite (Ciudadanos, Parti Populaire)-Extrême droite (Vox) ne pourra rééditer la performance réalisée voici quelques semaines en Andalousie, à savoir, obtenir la majorité absolue lui permettant de gouverner (Ciudadanos : 57 élus, Partido Popular : 66 élus, Vox : 24 élus) soit au total 147 sièges.

En résumé, les espagnols ont émis un vote modéré et ont écarté (momentanément ?) l'accès du pouvoir aux nostalgiques du franquisme... lesquels font tout de même une entrée très remarquée au Parlement.

Cette observation vaut également pour le vote en Catalogne. La formation Esquerra Republicana Catalana (ERC de centre gauche, nationaliste et indépendantiste) arrive en tête avec 24,59 % et enverra 15 Députés au Parlement Espagnol. Les socialistes catalans arrivent en seconde position avec 23,21 % des suffrages et ont donc 12 élus.

L'autre parti nationaliste et indépendantiste de droite, Junts per Catalunya (JxC), n'arrive qu'en quatrième position avec 12,05 % de suffrages et a donc 7 élus.

Situation inédite, 5 députés élus au Parlement Espagnol sont actuellement en détention et jugés à Madrid pour tentative de sécession. Deux sont membres d'ERC : Oriol Junqueras qui menait la liste et Raul Ramova. Trois sont membres de JxC dont la tête de liste était Carles Puigdemont en exil en Belgique : Jordi Sanchez, Jordi Turull et Josep Rull.

Reste à Pedro Sanchez, à constituer une coalition qui lui permette de gouverner le pays en avançant dans la voie du progrès (comme il l'a fait depuis juin 2018 et son accession à la tête du Gouvernement) et la stabilité... ce dont l'Espagne à tellement besoin. La tâche n'est pas simple car des alliances qui seront formées, dépendent les orientations politiques du pays pour les prochaines années.

Aussitôt ces projections publiées, j'éprouvais un grand soulagement et me revint en mémoire la chanson « Les Belles Etrangères » que Jean Ferrat enregistra en 1965.

C'était il y a plus de cinquante ans. L'Espagne n'en finissait plus avec la dictature franquiste. Ce n'est que dix ans plus tard, à la mort du dictateur, qu'elle renouera avec la Démocratie.

Dans cette chanson, Ferrat dénonce l'insouciance et l'aveuglement de celles et ceux qui allaient confortablement profiter du soleil et s'émouvoir dans les arènes du pays, alors que le peuple connaissait la misère et la répression.

Ces « belles étrangères » qui, comme l'écrivait Ferrat, « se pâment d'aise devant la muleta » :

« Allons laissez moi rire  quand le toro s'avance

Ce n'est pas par plaisir  que le torero danse

C'est que l'Espagne a trop  d'enfants pour les nourrir

Il faut parfois choisir la faim ou le toro ».

En 50 ans, l'Espagne s'est transformée. Avec le rétablissement de la Démocratie, elle a rejoint l'Europe.

Pedro Sanchez, dès après son entrée en fonctions, a su montrer la générosité de son peuple. Ainsi, le 17 juin 2018, 630 migrants qui, à bord de l'Aquarius, avaient erré une semaine durant en méditerranée après le refus opposé par Salvini de les accueillir à Lampedusa, ont pu, finalement, débarquer à Valencia où ils ont été reçus avec dignité et humanité.Cette générosité, s'est depuis manifestée à chaque crise migratoire.

En quelques mois, le gouvernement présidé par Pedro Sanchez, a renoué le dialogue avec les institutions catalanes, pris des mesures de justice sociale conséquentes : forte augmentation du salaire minimum (+ 22%), accès à la santé publique pour les sans-papiers, alignement des retraites sur l'inflation, accroissement des bourses universitaires, augmentation du nombre de fonctionnaires etc...

Enfin, au niveau du symbole, la décision a été prise de retirer la dépouille du dictateur du Valle de los Caïdos où elle repose depuis plus de 40 ans. Une question de décence. Malgré la résistance de la famille du « Generalíssimo », sa dépouille devrait rejoindre le 10 juin prochain, celle de son épouse dans un cimetière madrilène.

Pour autant, l'Espagne n'en a pas fini avec son histoire puisque la crise catalane, lamentablement gérée par le gouvernement Rajoy, est à l'origine de la dissolution anticipée du Parlement Espagnol et pèsera fortement dans les discussions en cours pour la formation du prochain gouvernement (voir le Billet d'Humeur du 30 mars 2019 : Et si le verre était à moitié vide?).

L'analyse du scrutin du 28 avril en Catalogne, donne toutefois des indications précieuses.

Si Esquerra Republicana Catalana et Junts per Catalunya sont deux formations qui luttent pour l'indépendance, associées au sein du gouvernement catalan, leurs postions sur le « modus operandi » ne coïncident pas pour autant.

JxC, la formation dont est issu l'actuel Président du Gouvernement catalan Quim Torra qui a succédé à Carles Puigdemont, exige l'engagement de la part du chef du gouvernement espagnol d'organiser un referendum d'autodétermination. Ce à quoi Pedro Sanchez a répondu par un « non c'est non ».

La tentation existe chez certains indépendantistes, de souhaiter un gouvernement à Madrid dirigé par la droite, avec lequel on pourra s'affronter, plutôt que de mener un dialogue difficile avec le gouvernement espagnol (Ce point a été traité dans le Billet cité plus haut).

Ce qui fait dire au journal Le Monde : « Pour la frange radicale des indépendantistes, la politique du pire a fait son chemin ».

Pour le vice-président du gouvernement catalan, Pere Aragonès, l'ERC ne favorisera, « ni de manière passive, ni de manière active , la formation d'un gouvernement de droite ». Cette formation est consciente de la nécessité, pour parvenir à l'indépendance, de franchir la barre des 50 % des citoyens soutenant ce projet, ce qui n'est pas le cas à l'heure actuelle.

Le Monde rapporte les propos tenus à cet effet par Pere Aragonès : « Nous ne remporterons la victoire que par le débordement démocratique avec une majorité si grande que Madrid sera obligé de nous écouter ». C'est, à mon sens, la seule voie qui, dans une Démocratie, pourrait conduire la Catalogne à l'indépendance.

Comme Jean Ferrat, l'auteur-compositeur Lluis Llach, actuellement Député indépendantiste au Parlement Catalan, avait, sous Franco, stigmatisé dans l'une de ses compositions, « Madame », l'attitude des touristes qui venaient dans une Espagne qui souffrait et qui était bâillonnée, goûter avec désinvolture aux plaisirs de la côte méditerranéenne. Il stigmatisait cette « turista a la planxa » (cette touriste "à la plancha") et évoquait en ces termes son retour de vacances :

I t'aniràs a França (Tu rentreras en France)

Maleta plena de records (La valise pleine de souvenirs)

Barrets i castanyoles (Chapeaux et castagnettes)

Conyacs i mocadors (Alcools et mouchoirs)

Enveja de veines (Tu susciteras l'envie de tes voisines)

Que no han tingut la sort (Qui n'ont pas eu la chance)

D'anar a terres fadrines

i comprar una canço. (De se payer une romance en terres déshéritées).

On le voit, l'Espagne et la Catalogne ont encore de belles pages d'histoire à écrire. Parviendront-elles à le faire de la même plume ? Rien n'est moins sûr.

Ce qui est certain, c'est qu'en Démocratie, la seule avancée possible passe par l'isoloir. C'est la signification du vote du 28 avril auquel a participé plus de 75% de l'électorat, sur l'ensemble du territoire espagnol.

Il reste à souhaiter que le scrutin du 26 mai, qui, de l'autre coté des Pyrénées portera non seulement sur l'élection au Parlement Européen mais également sur les élections municipales et de la plupart des communautés autonomes, confirmera le sens de la modération que nos amis espagnols viennent de manifester.

Il est à parier, qu'en France, beaucoup regarderont le 26 mai au soir du coté de Barcelona ou un ancien Premier Ministre français, convoite la place de Premier Magistrat...

 

 

 

 

 

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N
J'ajouterai a cette analyse pleine de bon sens trois chose:
Tout d'abord c'est une nouvelle démonstration que la proportionnelle intégrale ne permet pas de gouverner un pays
Ensuite une alliance PSOE -Podemos-independantistes me paraît aussi vouée à l'échec que ce que serait chez nous une alliance LREM - France insoumise-Independantistes corses.
Enfin le parti de l'exile de Bruxelles a fait un magistral flop
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