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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Le prix d'une vie.

 

Parmi ceux pour qui, la vie des autres et en particulier de ceux qui ont eu la malencontreuse idée de ne pas penser comme eux importe peu, une figure se détache, Mohammed Ben Salman dit MBS.

Ce dernier a été comblé d'honneurs, recevant voici deux semaines, dans ses palais en Arabie Saoudite le dirigeant du pays le plus puissant de la planète, je veux parler de la visite rendue par le président Joe Biden au prince héritier saoudien. Sans être dans le secret des dieux, on peut affirmer que pétrole et armement ont été au menu des conversations.

Ainsi, celui qui avait juré que lui président, MBS serait exclu des relations qu'il nouerait dans le cadre de ses fonctions, nécessité oblige, a accompli le chemin de Riyad comme d'autres vont à Canossa, où il a été accueilli par un criminel. Le fait que le président américain ait pu déclarer à cette occasion qu'il considérait le prince-héritier saoudien, « personnellement responsable » de l'assassinat du journaliste du Washington Post, Kamal Khashoggi, n'enlève rien au reniement des engagements pris par Joe Biden pour un maigre résultat puisqu'il serait reparti bredouille.

J'avais en 2018 dans ce blog, rendu compte des conditions dans lesquelles, le 2 octobre de la même année, Jamal Kashoghi opposant au prince-héritier saoudien avait été assassiné dans les locaux consulaires saoudiens d'Istanbul alors qu'il venait y chercher des documents d'Etat civil en vue de son mariage. Son corps avait été ensuite démembré avant d'être extrait du consulat dans des sacs poubelle (Du meilleur au pire... billet du 13 octobre 2018 et « Je n'y répondrai pas... » billet du 24 octobre 2018)..

L'enquête diligentée par l'ONU et confiée à Agnès Callamard rapporteure spéciale de l'organisation internationale sur les exécutions extrajudiciaires, a confirmé que Ben Salman était le commanditaire de cet assassinat pratiqué par des membres de sa garde personnelle en service commandé.

Voilà que ce criminel était en cette soirée du jeudi 28 juillet, l'hôte du président de la République au palais de l'Elysée. On avait pour le recevoir, déroulé le tapis rouge dans la cour d'honneur du palais présidentiel. A Paris aussi, n'en doutons pas, ce ne sont pas les droits de l'Homme qui étaient au menu des conversations mais bien le brut dont l'Arabie Saoudite est le premier producteur mondial et l'armement.

Le même jour, une plainte avec constitution de partie civile a été déposée sur le bureau du doyen des juges d'Instruction du tribunal judiciaire de Paris à l'encontre de MBS par deux ONG pour « complicité de torture et de disparition forcée ». La règle de la « compétence universelle » rend possible un tel dépôt en application des conventions contre la torture et les disparitions forcées contre tout suspect se trouvant sur le territoire national au moment où la plainte est déposée, quelque soit le lieu où les crimes dénoncés ont été commis. Par ailleurs, le prince héritier n'ayant pas le statut de chef d'Etat, il ne pourrait bénéficier de l'immunité attachée à cette qualité.

L'ancienne compagne du journaliste assassiné s'est déclarée « scandalisée et outrée » que le président français si prompt à disserter sur les droits de l'Homme, dans le contexte international que l'on sait, ait reçu en grande pompe un criminel. Madame Callamard qui occupe actuellement le poste de secrétaire général d'Amnesty International, parlant sur France Inter de MBS, a déclaré, « cet individu est un meurtrier ». Du côté présidentiel, on faisait référence à un « dialogue nécessaire ». Mais à quel prix ! Celui de l'impunité et du retour en grâce ?

Que vaut la vie d'un être humain face au « plat de lentilles » en l'occurrence aux barils de pétrole, que l'on espère soutirer à son interlocuteur ? Voici quelques années, Michel Noir alors maire de Lyon avait déclaré préférer perdre une élection plutôt que perdre son âme. Il parlait (déjà) d'alliance avec le Front National. A Washington comme à Paris, tout le monde ne partage pas manifestement les mêmes valeurs.

 

Comment mettre un terme à une réflexion sur le prix d'une vie sans évoquer l'exécution par pendaison de quatre opposants annoncée ces jours-ci en ces termes par la junte birmane : « La punition a été infligée selon les règlements carcéraux ».

Deux des prisonniers exécutés faisaient partie des figures les plus connues du combat pour la démocratie en Birmanie. L'un avait passé plus de 15 ans en prison entre 1988 et 2012. C'était un ancien leader étudiant du soulèvement de 1988. L'autre était un chanteur cofondateur du premier groupe de hip-hop birman. Il avait siégé comme député de la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d'Aung San Suu Kyi. La Birmanie n'avait plus procédé à des exécutions depuis 34 ans alors que 68 détenus ont été condamnés depuis le coup d'Etat de février 2021 à la peine capitale et sont en attente dans les geôles birmanes.

Ces exécutions ont soulevé dans le pays une vague d'indignation et nombre de citoyens birmans dénoncent l'absence de réaction de la communauté internationale dans le soutien au mouvement démocratique en guerre contre la junte au pouvoir. Il faut rappeler que Aung San Suu Kyi a qui le prix Nobel de la Paix avait été décerné, fait partie des dizaines de membres de la Ligue pour la démocratie actuellement en procès et privés de liberté.

La Birmanie pourrait bien rejoindre les cinq pays qui pratiquent le plus la peine capitale, à savoir, la Chine, l'Iran, l'Egypte, l'Irak et l'Arabie Saoudite. Sinistre perspective.

 

 

 

 

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N
Pour plagier un amiral répondant à un évêque il y a quelques années, mon cher maître , nous savons cela mais la patrie existe .<br /> Mis à part nos amis européens et quelques rares pays occidentaux, si nous ne parlions qu’aux pays démocratiques selon nos standards il faudrait s’interdire toute relation avec l’Afrique , l’Amérique du Sud , la plus grande partie de l’Asie, la Russie et j’en oublie sans doute .<br /> Je ne crois sincèrement pas que ce soit l’intérêt bien compris de la France.<br /> D’autre part, derrière ces criminels chefs d’Etat il y a des peuples qui ne méritent pas d’être placés en quarantaine .
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