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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

A Madrid, la victoire du « Reis ».

 

Les Kurdes, ces victimes de l'histoire ! - Le Matin d'Algérie

 

La nouvelle nous est parvenue en cette matinée du 29 juin. La Turquie lève le véto qu'elle opposait jusque-là à l'entrée dans l 'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) des deux pays neutres que sont la Suède et la Finlande. C'est l'agression russe sur le sol ukrainien qui a accéléré fortement leur demande d’entrée dans l'Organisation alors que, jusqu'à présent, ces deux pays se contentaient pour assurer leur sécurité, de coopérer avec le bouclier occidental que constitue l’Alliance.

La proximité géographique de ces Etats avec la Russie, les risques qui en découlent, ont rendu d'autant plus urgente leur demande, qu'ils pourront dès lors bénéficier de la garantie de défense collective contenue à l'article 5 du statut de l'OTAN. Aux termes de cet article, les membres de l’Alliance s’engagent à se protéger mutuellement. Ainsi, une attaque contre un de ses membres, est considérée comme une attaque contre l’ensemble des Alliés. Pour les adhérents au traité, il s'agissait depuis 1949 jusqu'au début des années 1990, de se protéger d'une éventuelle invasion venue de l'URSS.

Jusqu'au sommet de Madrid, il y avait un obstacle de taille à l'adhésion de la Suède et de la Finlande, le véto opposé par la Turquie membre de l'Organisation depuis 1952, pays qui occupe une position stratégique sur le flanc oriental de l'OTAN. La Turquie sommait ces deux Etats candidats à l’adhésion, de cesser de soutenir les « terroristes » du Parti des Travailleurs du Kurdistan (le PKK) ainsi que les combattants kurdes YPG (Unités de Protection du Peuple) de Syrie, enfin, d'extrader les opposants politiques réclamés par Ankara. Erdogan, exigeait en outre de ces pays, la levée de l’embargo sur les ventes d’armes ainsi que l’engagement de renforcer leurs législations antiterroristes.

Autrement dit, la Turquie demandait que la supervision de la lutte antiterroriste en Europe lui soit confiée, en l'espèce à un membre de l’Alliance qui n’hésite pas à emprisonner ses opposants (journalistes, universitaires, élus, kurdes…) tous regroupés sous le qualificatif de « terroristes » !

On connait le rôle joué par les combattants kurdes, alliés des Etats-Unis et plus généralement des occidentaux, leur bravoure et leur efficacité, dans la lutte menée contre Daech notamment lors de la libération de Raqqa et de Mossoul. A l’opposé, l’attitude de la Turquie en Syrie, aux côtés de ses alliés, la Russie et l’Iran a pu et continue de poser nombre d’interrogations.

Pour obtenir la levée du véto d'Ankara sur l’adhésion de la Suède et de la Finlande, les exigences d'un partenaire aussi peu fiable qu'Erdogan ont été satisfaites par les candidats à l’adhésion. Dans le mémorandum signé par les trois parties, selon le Secrétaire Général de l’OTAN, les deux pays postulants ont répondu « aux préoccupations de la Turquie notamment à propos des exportations d’armes et de la lutte contre le terrorisme ».

Effectivement, dans ce texte la Finlande et la Suède reconnaissent que « l’un des éléments-clés de l’Alliance est la solidarité inébranlable et la coopération dans la lutte contre le terrorisme, sous toutes ses formes et manifestations ». La présidence turque a affirmé avoir obtenu « ce qu’elle voulait » à savoir, la « pleine coopération » des deux Etats postulants dans la lutte contre le PKK. Des réactions politiques d’indignation se sont manifestées en Suède.

L'urgence de la situation née du conflit ukrainien autorisait-elle de lâcher les kurdes et permettre au président turc, à moins d’un an des présidentielles et des législatives, de redorer un blason bien terni ? Au lendemain de la signature du mémorandum, c’est bien la question qu’il convient de se poser.

L’échec de sa politique économique et monétaire se traduit par une inflation qui a dépassé les 73 % en mai dernier, la devise turque a perdu 44 % de sa valeur par rapport au dollar sur l’année 2021, la dette extérieure du pays avoisine les 180 milliards de dollars alors qu’une forte partie de la population ne parvient plus à rembourser les crédits à la consommation souscrits.

Concernant l’attitude de la Turquie à l’égard des autres membres de l’OTAN, on ne peut que déplorer les tensions avec la Grèce qui sont réapparues après la crise de 2020. Erdogan exige désormais la démilitarisation des îles de la mer Egée et qualifie de « menace » le renforcement par Washington de sa présence sur la base d’Alexandroupoli. Signe de sa mauvaise volonté, avant que ne débute le sommet de Madrid, le « Reis » a fait savoir qu’il n’entendait pas s’entretenir avec le Premier ministre grec Mitsotakis.

Enfin, il faut se souvenir de l’achat par la Turquie des missiles russes antiaériens S-400 pour détecter et détruire les avions de l’Organisation. Et alors même que côté turc, on a fait savoir que l’on attend une seconde livraison de missiles S-400 !

Il est vrai que depuis des années, Erdogan a pour le moins une attitude ambiguë à l’égard de la Russie de Poutine dont il dépend, pour lancer, comme il le souhaite, une nouvelle opération militaire contre les combattants kurdes YPG alliés des occidentaux, dans le nord de la Syrie.

Le « Reis » entend en effet, élargir la « zone de sécurité » de 30 kms de large créée par l’armée turque le long de la frontière séparant la Turquie des combattants kurdes. Pour ce faire, Erdogan est obligé de tenir compte de la Russie, puissance tutélaire en Syrie.

Il faut dire qu’Erdogan qui occupe la fonction présidentielle depuis août 2014, voit sa popularité ainsi que celle de son parti l’AKP, au plus bas dans les sondages et a un urgent besoin de se prévaloir d’un succès diplomatique pour tenter de faire oublier les difficultés économiques du pays qu’il dirige et une gestion monétaire calamiteuse.

Au début du conflit, il a tenté une médiation entre la partie russe et la partie ukrainienne dont il pensait tirer profit mais qui, malheureusement pour lui, a échoué.

Le véto levé par la Turquie le 28 juin concernant l’adhésion de deux nouveaux membres à l’OTAN et les contreparties qu’ont dû lui consentir les futurs Alliés (il appartient désormais aux Parlements des pays membres de l'OTAN de se prononcer) pour obtenir cette volte-face, constitueront ils ce succès derrière lequel court le président islamo-conservateur en vue des échéances de juin 2023  ?

On peut aujourd’hui en douter et déplorer que la demande d’adhésion de la Suède et de la Finlande ait eu pour contrepartie, une fois de plus, l’abandon en rase campagne du peuple kurde et de ses combattants, exemples de courage et d’héroïsme dans la lutte engagée contre le terrorisme islamique, qualités qui n’ont pas été celles manifestées jusqu'ici, par Recep Tayyip Erdogan.

 

 

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P
Salut JJ, Oui mais ..Pour preuve de bonne volonté, et plus....M. ERDOGAN réclame," fissa", l'extradition de 73 réfugiés (pardon "terroristes") Kurdes!<br /> Question:"quelle attitude aurais-tu en lieu et place des dirigeants Finlandais et Suédois?"
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C
JOKER.
N
Le PKK n’est pas le club des bien pensants n’en déplaise à une centaine doxa droit de l’hommiste de même que les criminels réclamés par l’Italie à la France ne sont pas n’en déplaise à la Cour de Paris de doux anges ou alors c’est la négation de toute coopération judiciaire européenne
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C
Le "club des bien pensants" est bien utile aux occidentaux en général et à la France en particulier pour aller se faire "trouer la paillasse" à Raqqa ou à Mossoul et conserver dans leurs camps les terroristes dont on ne veut surtout pas qu'ils rentrent en Europe. Pour ce qui concerne l'arrêt auquel tu fais référence, parions que j'en parlerai très vite. Bonne soirée et prends soin de toi.