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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Renverser la table ou pas ?

 

A l'approche des échéances de 2022, on aurait pu reprendre l'expression de François Hollande lors du mémorable meeting du Bourget, « le changement c'est maintenant ».

Il faut dire que notre jeune président, durant cinq ans, les avait accumulées : une morgue que beaucoup jugeaient inacceptable, des sorties pour le moins maladroites, pour beaucoup révélatrices d'une suffisance affirmée. Les « macronades » s'étaient accumulées.

Du « pognon de dingue » concernant l'attribution des minima sociaux, au « Je traverse la rue et je vous en trouve du travail » asséné à un chômeur qui lui faisait part de ses difficultés, elles furent nombreuses. Il y eut aussi sa subtile distinction entre « les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien » comme si l'être humain appartient forcément à l'une ou l'autre de ces catégories, sans possibilité d'évolution. Concernant ces français qu'il avait la charge d'accompagner et de protéger pendant les cinq ans du mandat, il parla « d'une nation de 66 millions de procureurs » en référence aux critiques adressées sur la gestion de la pandémie par le gouvernement. A l'égard de salariés en grève, lors d'un déplacement en Corrèze il avait eu cette délicate attention : « Il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux de regarder s'ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas (suivez son regard, à Ussel) ». Il est vrai que dès après son élection, Emmanuel Macron avait affiché la couleur. Nous étions en septembre 2017 et concernant sa volonté réformatrice, il affirma : « Je ne cèderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes ». Nous étions prévenus.

Déjà, en septembre 2014, le ministre de l'Economie et futur président de la République, à propos de salariées d'un abattoir de porcs avait eu ces mots pleins de délicatesse : "Il y a dans cette société une majorité de femmes, pour beaucoup illettrées".

Beaucoup n'en doutaient pas, les électeurs auraient, lors des scrutins de 2022, gardé en mémoire ces réflexions souvent à l'emporte-pièce et en feraient bon usage.

Les « extrêmes » auxquels il faisait référence en 2017, ont du causer quelques frayeurs à notre président tant à l'occasion du renouvellement de son mandat que des législatives qui viennent de s'achever.

Et pourtant, tous les ingrédients avaient été réunis pour qu'en 2022, le peuple français à l'égard duquel il avait manifesté de manière récurrente méfiance et dédain, renvoie le banquier à ces premiers travaux en lui administrant une déculottée dont il se souviendrait sa vie durant.

Ces ingrédients avaient nom « gilets jaunes », réforme des retraites dont tous les syndicats avaient rejeté le projet tel qu'il avait été présenté par le premier ministre Edouard Philippe. Sans oublier le scandale des masques dont les stocks avaient été liquidés, situation révélée dès le début de la pandémie.  Dernier grain de sable, alors qu'en ce début d'année une forte reprise s'annonçait, la guerre en Ukraine venue remettre à l'ordre du jour les préoccupations des français concernant leur pouvoir d'achat face à l'explosion du prix des carburants et des matières premières. Du pain béni pour les oppositions.

Dès lors, en ce début avril alors même que nous approchions de la présidentielle, le ciel macronien s'était brutalement assombri et il devenait évident que l'alignement des planètes qui s'était produit cinq ans auparavant, ne viendrait pas au secours du président-candidat.

A l'issue du premier tour, il fallut admettre que le calcul présidentiel visant à rééditer en 2022, le match qui s'était joué en 2017, était gagné. Dès lors, il ne restait plus qu'à évoquer le danger qui pointait de l'extrême droite, d'insister sur les relations très particulières nouées par sa représentante avec la Russie de Poutine, de l'aversion de la candidate du Rassemblement National pour l'Union Européenne, et le tour serait joué.

Ce fut du cousu main, du grand art. Un président réélu hors période de cohabitation, c'était du jamais vu. Et ne parlons pas d'une victoire étriquée puisqu'il a obtenu plus de 58 % des suffrages exprimés ! La victoire aurait pu être grandiose, elle fut modeste.

Ensuite, plus rien ou presque, pendant les deux mois séparant la présidentielle des législatives. Certains purent penser que sonné par l'exploit réalisé lors de sa réélection, le président était soudainement à court d'idées. En effet, ressortir la réforme des retraites à 64 ou 65 ans comme seule (ou presque) proposition pour les réformes du nouveau quinquennat, faisait figure de repoussoir. Sortir de son chapeau la mise en place d'un Conseil National de Refondation (tiens tiens, les mêmes initiales que le Conseil National de la Résistance ! Certainement une coïncidence...) qui d'une certaine façon se substituerait à un Parlement soudainement indocile, tout cela paraissait un peu suranné face à l'offensive de celui qui s'apprêtait à être « élu premier ministre ». Mélenchon le déclara, il attendrait le coup de fil que le président ne manquerait pas de lui passer dès le lundi matin 20 juin. Rappelons-nous les propositions de l'ex-futur premier ministre : la retraite à 60 ans, le smic à 1500 euros, le blocage des prix des produits de base, le passage à 100 % d'énergie renouvelable avec sortie du nucléaire, le retrait de l'OTAN, j'en passe et de meilleures. Nous allions enfin, comme Alice, vivre au pays des merveilles.

Il était évident que les français ne pouvaient faire la fine bouche devant un tel projet qui, en outre, leur était présenté par un prestidigitateur au talent unanimement reconnu.

En ce 19 juin 2022, au soir du deuxième tour des élections législatives, il faut se rendre à l'évidence : le président de la République disposera d'une majorité relative pour gouverner le pays. Loin de la majorité à laquelle il rêvait.

Le groupe Ensemble avec un score médiocre arrive en tête du scrutin. Même si  la Nupes aura environ 150 élus à l'Assemblée, on peut craindre que demain lundi monsieur Mélenchon attende vainement l'appel du président en vue de la constitution du gouvernement. L'extrême droite aura environ 90 élus à l'Assemblée ce qui ne constitue pas le signe d'une santé éclatante de notre démocratie. Une certitude, nous devrions connaître un second mandat nettement moins jupitérien où la recherche du consensus sera indispensable pour les formations majoritaires. Et c'est tant mieux.

Bien sûr et c'est leur rôle, les oppositions sorties ragaillardies ne se priveront pas de tonner sur les bancs de l'Assemblée Nationale. Bien sûr, comme le veut la tradition, la présidence de la Commission des Finances reviendra à une personnalité de l'opposition la mieux représentée. Bien sûr enfin, il n'aura échappé à personne que dès maintenant, la succession d'Emmanuel Macron est ouverte et que chacun va fourbir ses armes pour préparer dans les meilleures conditions 2027.

Voici encore quelques mois, lequel d'entre nous aurait pris le pari d'un président confortablement réélu qui à l'issue des législatives, retrouve une majorité relative à l'Assemblée Nationale ?

Renverser la table ? Le pays a peut-être hésité mais finalement, décidé de se donner cinq années supplémentaires de réflexion. Les deux populismes proposés aux français pour se substituer à la majorité sortante n'ont pas emporté l'adhésion de ces derniers. En sera-t-il toujours ainsi ?

C'est aussi cela, la Démocratie.

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P
" L'extrême droite aura environ 90 élus à l'Assemblée ce qui ne constitue pas le signe d'une santé éclatante de notre démocratie"<br /> Je ne suis absolument pas d’accord avec cette déclaration qui tourne le dos à plusieurs millions de Français....c'est l'inverse de la démocratie!
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N
Certes tout ce qui est rappelé est exact mais cela aurait pu passer comme cela avait d’ailleurs été le cas à la présidentielle <br /> Mais il y a eu les dernières goutes d’eau qui comme souvent sont celles qui font déborder le vase:<br /> Je n’en citerai que deux : le fiasco sécuritaire du Stade de France non assumé alors que l’on doit organiser les JO dans deux ans<br /> La defense quoi qu’il en coûte d’un ministre accusé de viols devant les caméras alors qu’on fait de la lutte contre les violences faites aux femmes la cause du quinquennat.<br /> Il y a certes le principe de la présomption d’innocence mais n’y a t il pas dans la classe politique des gens irréprochables qui feraient tout aussi bien le job ? C’est ce qu’avec un bon sens indéniable une jeune fille a rappelé au Président dans le Tarn et une femme à la première ministre dans sa circonscription
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