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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Examens de conscience.

 

L'agression russe en Ukraine a amené les pays membres de l'Union Européenne à opérer un virage à 180° concernant l'accueil sur nos territoires des victimes des guerres qui se produisent un peu partout sur la planète et ce, plus particulièrement, depuis les années 70.

Même notre vocabulaire a soudainement évolué. Il y a à peine quelques semaines, concernant les mouvements de population en provenance de Syrie, d'Afrique ou des pays arabes, on faisait référence à la « crise des migrants ». On désignait par là ceux que l'on a confiés « aux bons soins » de la Turquie d'Erdogan ou de la Libye post Kadhafi pour les empêcher de fouler le sol de l'Union Européenne. Aujourd'hui, partout dans la presse, on parle des « réfugiés ukrainiens » pour mettre en exergue les conditions de leur accueil.

Cette évolution sémantique est heureuse car beaucoup plus conforme aux textes qui régissent le droit d'asile et à l'esprit dans lequel ils ont été adoptés. Si l'origine de l'asile est liée à la religion et doit être recherchée en Grèce où il était possible de se réfugier dans les lieux sacrés, si dans la pensée chrétienne occidentale saint Augustin accorda la protection aux criminels qui pouvaient trouver refuge dans une église, il faudra attendre les lendemains de la seconde guerre mondiale pour assister à la mise en place de la réglementation toujours applicable à ce jour.

C'est en 1950 qu'est créé le Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés et en 1951 qu'est adoptée la Convention de Genève qui réserve le statut de réfugié à toute personne « craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité... ou de ses opinions politiques ». C'est ce texte que chaque Etat applique souverainement ce qui ne manque pas de susciter d'importantes divergences d'interprétation y compris au sein de l'Union Européenne dont les Etats membres n'ont jamais été en mesure de s'accorder sur un mécanisme commun en matière d'examen des demandes d'asile.

Ces divergences ont culminé en 2015 lorsque l'Allemagne de madame Merkel a accueilli plus d'un million de réfugiés pour la plupart syriens alors que d'autres pays membres de l'U-E, dressaient des barrières de barbelés pour empêcher l'entrée des « migrants » sur leur territoire. Tel fut en particulier le cas de la Hongrie. On peut affirmer que la solidarité ne fut pas la qualité première du fonctionnement des organes de l'Union. Le covid et la crise ukrainienne sont heureusement venus bousculer nos comportements.

Les migrations en provenance d'Afrique et du Moyen Orient trouvent leur source à la fois dans la répression qui s'abat sur nombre d'opposants mais aussi sur la misère qui frappe de plus en plus les populations de ces pays. Or, les migrations économiques comme celles pour raisons climatiques ne permettent pas de revendiquer le statut de réfugié. Dès lors, difficile de faire le tri et l'attribution de ce statut par les organes compétents (l'Ofpra en première instance et la Cour Nationale du Droit d'Asile en appel en cas de refus) va intervenir dans le cadre des cas limitativement énumérés par la Convention de 1951.

La protection juridique internationale conférée par la qualité de réfugié avait été d'abord réservée aux européens pour donner un statut aux 30 millions d'entre eux déplacés par le nazisme et le fascisme puis, par les changements qui se sont produits en Europe de l'Est. C'est en 1967 qu'elle a été étendue à tous les réfugiés quelque soit leur pays d'origine, dans le contexte des conflits nés de la décolonisation.

Dans les années 70, les pays d'Amérique latine victimes des dictatures qui sévissaient sur le continent sud-américain, ont vu nombre d'opposants menacés, accueillis notamment dans les pays d'Europe. De même, la France durant la guerre froide a accueilli les réfugiés en provenance de Hongrie après les événements de Budapest en 1956 et de Tchécoslovaquie après l'entrée dans le pays des troupes du Pacte de Varsovie en août 1968. Il y eut ensuite les réfugiés du Vietnam, du Laos et du Cambodge fuyant la guerre puis pour ce dernier, la dictature de Pol Pot.

Concernant l'Algérie, le statut de réfugié n'a pas été accordé à ses ressortissants menacés par le Front Islamique du Salut (FIS) au début des années 90 au motif que les menaces et persécutions évoquées émanaient non pas d'un Etat mais d'organisations para étatiques.

Enfin, à partir des années 80, les conditions d'application de la Convention de Genève se sont durcies avec l'arrivée des tchétchènes chassés par l'intervention russe, des afghans poussés à l'exil par les mêmes, des syriens, irakiens et autres ressortissants de pays africains.

Tel était le tableau qui pouvait être dressé jusqu'au 3 mars dernier. A cette date les 27 pays qui composent l'Union Européenne ont décidé d'accorder une « protection temporaire » à toute personne fuyant la guerre en Ukraine. En trois semaines, ce sont plus de 3 000 000 d'ukrainiens qui ont pris la route de l'exil, fuyant les bombardements russes, la majorité se rendant dans un premier temps vers la Pologne et la Hongrie. Deux pays qui s'étaient distingués il y a peu, par leur refus d'accueillir les syriens qui, eux aussi, fuyaient les bombardements et la mort qui rôdait sur leur territoire.

Selon le haut représentant de l'Union Européenne pour les affaires étrangères Josep Borrell, ce sont 4 à 5 millions de réfugiés qui, dans les prochains jours, pourraient franchir les frontières et solliciter l'asile. La Pologne et la Hongrie constitueront la porte d'entrée principale en Europe mais les réfugiés iront se fixer là où ils ont de la famille, des amis prêts à les accueillir, des perspectives d'intégration.

Les vingt-sept ont décidé que le droit au séjour et au travail est accordé automatiquement à ces réfugiés, sans qu'ils aient à se soumettre à l'examen individuel préalable prévu par la Convention de Genève.

Ainsi, deux tabous qui entravaient gravement une politique commune de l'immigration au niveau de l'Union sont levés. D'une part, la définition de critères d'admission communs aux 27 pays, d'autre part un système de répartition des réfugiés entre les Etats en fonction des capacités d'accueil de chacun.

Un pas considérable est ainsi franchi dans la douleur concernant le plus grand conflit sur le sol du continent européen depuis 1945. Les pays d'Europe de l'Est qui refusaient de prendre leur part dans l'accueil des réfugiés ne pourront plus tenir depuis le 3 mars dernier le même discours.

L'élan de générosité de l'ensemble des européens doit également nous pousser à l'optimisme pour l'avenir, même si l'on regrettera qu'il ne se soit guère manifesté durant les vingt dernières années à l'égard de certaines populations qui vivaient tout autant une situation de souffrance et de détresse.

 

 

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