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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

De la Toussaint rouge au pont de Bezons.

 

Avant de me décider à rédiger ce billet, j'ai fortement hésité à ouvrir un chapitre qui soixante ans après, reste douloureux sur les deux rives de la méditerranée. J'avais huit ans lorsque les premiers attentats furent commis en différents points du territoire algérien. C'est cet épisode qui reste dans l'histoire connu comme la Toussaint rouge.

Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, une trentaine d'explosions se produisent dans les trois départements français composant alors l'Algérie. Elles feront neuf morts. On compte à l'époque dans ces trois départements environ un million d'européens principalement français et huit millions et demi d'arabes et de berbères.

Presque huit ans plus tard, le 18 mars 1962, lorsque seront signés les accords d'Evian consacrant l'indépendance de l'Algérie, le bilan est terrible. Côté algérien au moins 250 000 morts. Côté français, 25 600 militaires tués auxquels s'ajoutent 10 000 victimes civiles d'origine européenne. Enfin, 50 000 harkis seront massacrés. Les dirigeants de l'époque se sont révélés incapables d'éviter le pire.

On ne peut réfléchir sur la signification et la portée de différentes déclarations, initiatives ou commémorations intervenues récemment, sans avoir présents à l'esprit ces chiffres accablants.

Dès après les explosions de la Toussaint rouge, le Président du Conseil Pierre Mendés-France avait réagi : « On ne transige pas quand il s'agit de défendre la paix intérieure de la nation, l'unité et l'intégrité de la République ».

Le 12 novembre, son ministre de l'Intérieur, François Mitterrand présent à Alger, déclara : « L'Algérie c'est la France. La négociation avec les rebelles c'est la guerre ». Pour le cas où il n'aurait pas été compris, le même réitéra ses propos le 1er décembre suivant : « L'Algérie c'est la France et la France ne reconnaîtra pas chez elle d'autre autorité que la sienne ».

Huit ans après et des centaines de milliers de morts et de blessés ayant plongé dans la douleur nombre de familles dans les deux camps qui se sont affrontés, restaient à définir les relations que, dans le futur, pourraient entretenir d'une part le peuple algérien et son gouvernement issu du Front de Libération Nationale (FLN), de l'autre l'ancien pays colonisateur.

Alors que l'arrivée au pouvoir le 13 mai 1958 du général De Gaulle avait fait entretenu l'espoir en un avenir possible pour l'Algérie française (« Je vous ai compris »), c'est l'homme du 18 juin 40 qui permit de mettre un terme à une tuerie qui, dans le cadre du mouvement de décolonisation qui s'était emparé de nombre de pays notamment africains, ne pouvait avoir une autre issue. Le chef de l'Etat français faillit alors payer à deux reprises de sa vie, la lucidité et le courage dont il faisait preuve.

La suite ne fut pas un long fleuve tranquille et les relations entre nos deux pays , soixante ans après la signature des accords d'Evian, n'ont jamais pu être apaisées.

A mon sens, cette situation a deux causes : d'une part la vérité n'a jamais été clairement assumée par les uns et par les autres. Rappelons-nous qu'en France, on parla longtemps des «événements d'Algérie » refusant la réalité à savoir qu'il s'agissait d'une guerre de libération du peuple algérien menée contre le pays colonisateur.

D'autre part, les mêmes acteurs ne sont pas parvenus à mettre des mots sur les maux. Les non-dits ont prévalu dans les relations que chaque Etat a entretenu avec sa population, les souffrances résultant des huit années de « maintien de l'ordre », ont été niées plutôt que d'être assumées.

A-t-on progressé au cours des cinq dernières années alors qu'à ce jour, mesures de rétorsion et invectives semblent constituer la réponse aux critiques formulées récemment par le président français concernant le « système politico-militaire » qui selon lui, gouverne l'Algérie ?

Alors qu'il était candidat à l'élection présidentielle, Emmanuel Macron en déplacement à Alger en février 2017, avait parlé à propos de la colonisation, d'un « crime contre l'humanité ». Cette déclaration courageuse suscita à l'époque en France, de vives réactions d'hostilité... ce qui ne l'empêcha pas d'accéder à la magistrature suprême.

Elu président, Emmanuel Macron reconnaîtra en 2018 la responsabilité de la France et de l'armée française dans l'assassinat de Maurice Audin ce jeune mathématicien membre du parti communiste algérien disparu en juin 1957. Il a fallu attendre janvier 2014 pour que la télévision publie une interview posthume du général Aussaresses dans laquelle il reconnaissait qu'il avait fait tuer Maurice Audin à coups de couteau pour faire croire que le crime avait été commis par les algériens.

Multipliant les gestes mémoriels, le chef de l'Etat a reconnu en mars dernier, la responsabilité de l'armée française dans la mort d'Ali Boumendjel, un avocat nationaliste algérien « torturé puis assassiné » lors de la bataille d'Alger.

Ce samedi 16 octobre, le président de la République a observé une minute de silence sur les berges de la Seine à Colombes, là où soixante ans plus tôt, des algériens manifestants du FLN, avaient été précipités par la police du pont de Bezons dans les eaux du fleuve. Cette répression aurait fait plus de 200 morts tous du côté des manifestants.

Concernant ce massacre, en 2012, François Hollande avait déjà dans un communiqué, parlé de « répression sanglante ». Emmanuel Macron, par sa présence sur les lieux, par la teneur du communiqué publié soulignant que « les crimes commis cette nuit-là sous l'autorité de Maurice Papon sont inexcusables pour la République », a voulu condamner avec force les crimes commis par la police française le 17 octobre 1961. Aurait-il du aller plus loin et mettre en cause le ministre de l'Intérieur et le Premier ministre de l'époque comme certains le lui ont demandé ? Devait-il parler d'un « crime d'Etat » comme d'autres l'y avaient invité ? A chacun d'apporter ses réponses.

Une certitude, ces gestes n'ont manifestement pas suffi aux autorités algériennes qui ont vivement réagi consécutivement aux propos tenus par le président français dénonçant le « système politico-militaire algérien ». C'était le 30 septembre dernier, alors que le président français recevait à l'Elysée dix-huit jeunes issus des différents groupes liés à la mémoire de la guerre d'Algérie. Parmi eux, l'arrière petit-fils du général Salan l'ancien chef de l'OAS ainsi que Mehdi Ali Boumendjel le petit-fils de l'avocat assassiné par l'armée française.

Lors de son intervention, après avoir écouté ces jeunes gens, le président français a dénoncé un « système politico-militaire fatigué » reposant « sur la rente mémorielle » et « la haine de la France ». Ces propos ont été tenus alors que notre pays vient de donner un sérieux tour de vis dans la délivrance des visas aux algériens souhaitant séjourner sur le sol français. Cette mesure se veut une réplique au refus des autorités algériennes de rapatrier leurs ressortissants en situation irrégulière en France. En effet, seules 0,2 % des décisions prononçant une obligation de quitter le territoire français (OQTF) à destination de l'Algérie, ont pu être exécutées !

L'Algérie n'a pas tardé à répliquer aux propos tenus par le président français en rappelant à Alger son ambassadeur et en interdisant le survol de son territoire aux avions français qui, on le sait, sont engagés dans l'opération Barkhane au Mali. Un engagement qui protège également contre des actes terroristes le pays voisin du Mali à savoir... l'Algérie.

Peu à peu, l'image de ce grand pays qui, après son accession à l'indépendance avait joué un rôle majeur dans le mouvement des « non-alignés », a vu son image se dégrader tant sur le plan extérieur qu'à l'intérieur de ses frontières. Dernière péripétie de ses relations compliquées avec le Maroc, l'Algérie a annoncé le 24 août dernier qu'elle rompait les relations diplomatiques avec son voisin.

Depuis le 22 février 2019, le mouvement de contestation du Hirak né du refus de la population de voir le président sortant Bouteflika se succéder à lui-même, n'a reçu d'autre réponse de la part des autorités algériennes que la répression. Aujourd'hui, la coupure entre les dirigeants algériens et l'immense majorité de la population n'a appelé aucune réponse de nature à sortir le pays du bourbier dans lequel il est enlisé.

Une certitude, en raison des liens géographiques, historiques et culturels, compte tenu des flux migratoires entretenus entre les deux pays, les relations entre l'Algérie et la France se poursuivront et la nécessité de maintenir un dialogue fondé sur l'égalité de droits et de devoirs s'impose plus que jamais. Cette situation n'exclue pas que l'on puisse tenir un langage de vérité sans s'exposer à des représailles qui ne font que compliquer la réconciliation qui, fatalement, devra intervenir.

Chez nous, les discours de haine à base identitaire, doivent céder leur place au « dialogue des mémoires » afin que les plaies qui soixante ans plus tard restent béantes, puissent enfin cicatriser.

C'est dans cette voie que le rapport remis en début d'année par l'historien Benjamin Stora au président de la République, nous invite à nous engager. Sa proposition de créer une commission « Mémoire et Vérité » dans notre pays, est susceptible d'aider la France à mieux tirer les conséquences des pages honteuses de notre histoire.

C'est cette réconciliation que le président français recherche dans la politique mémorielle engagée. La célébration le 19 mars prochain des soixante ans de l'entrée en vigueur des accords d'Evian ayant mis un terme à 132 années de colonisation, sera n'en doutons pas, une étape importante dans le chemin emprunté.

Mais reste aussi à l'Algérie d'aujourd'hui à s'engager dans une voie qui laisse définitivement de côté, la « haine de la France » derrière laquelle le régime depuis trop longtemps se dissimule, et à cesser de manipuler l'Histoire pour légitimer ses propres carences.

 

 

 

 

 

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Cet article est comme toujours très équilibré et juste
Récemment, France3 interrogeait des algériens clandestins à Cerbère qui avaient traversé la Méditerranée au péril de leurs vies car selon eux ils n’ont aucun avenir dans leur pays.
60 ans d’indépendance ont abouti à no future! pour le peuple algérien.
Oui effectivement comme cela est rappelé , notre président a justement pointé la cause, ce pouvoir politico-militaire qui ne traite pas son peuple mieux que l’ex puissance coloniale honnie.
Seule une véritable démocratie en Algérie et la lutte contre les corruptions pourraient changer les choses mais ils n’en prennent pas le chemin.
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