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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

De Bamako à Paris, de Kaboul à Washington, le monde perd la boule. 

                   Journée de la Femme à Kaboul

A l'heure où j'écris ce billet, des milliers d'afghans se pressent dans les ambassades occidentales à Kaboul pour tenter de fuir leur pays livré aux talibans par les Etats-Unis et en particulier par leur ancien président.

Un bref rappel, le 29 février 2020 la diplomatie américaine a signé un accord avec les représentants talibans. Ce devait être le prélude au processus de « réconciliation interafghan ». Il était convenu le retrait des troupes américaines du territoire afghan, départ qui s'est achevé le 3 juillet dernier..

Les américains avaient considéré que la présence du gouvernement afghan n'était pas utile aux négociations ayant abouti à cet « accord  de paix » qui n'a donc pas été signé par les principaux intéressés. C'est pourtant eux qui, aujourd'hui, en subissent en première ligne les conséquences.

Il faut s'appeler Donald Trump pour ne pas prévoir ou plutôt se moquer totalement de ce qui allait advenir. Quelques jours après le départ des troupes américaines, les talibans occupent 85 % environ du territoire afghan. Vous avez dit « réconciliation » ?

Ainsi viennent de prendre fin 20 ans de présence des Etats-Unis dans ce territoire qu'ils étaient venus occuper après les attentats du 11 septembre 2001. Il faut l'admettre, Trump avec quelques mois de retard a tenu sa promesse. Mais à quel prix !

Aujourd'hui, l'armée afghane livrée à elle-même pour faire face aux fondamentalistes talibans, s'enfuit pour se réfugier de l'autre côté de la frontière au Tadjikistan. Les insurgés récupèrent véhicules, armes et munitions laissés sur place par les troupes afghanes. La région de Kaboul est entourée par les forces talibanes, lesquelles encerclent également les capitales provinciales et n'attendent qu'un ordre pour s'emparer des derniers espaces non occupés.

La suite est parfaitement prévisible. Tout simplement, la chronique d'un désastre annoncé. Comme ce fut le cas entre 1996 et 2001 lorsque les talibans ayant pris Kaboul, ont administré la quasi-totalité du pays.

Souvenons-nous, le 27 septembre 1996, les talibans s'étaient emparés du pouvoir. Pendant 5 ans, il livreront bataille contre les moujahidins regroupés au sein de l'Alliance du Nord.

Leur régime ne s'effondrera qu'à la suite de l'intervention menée par la coalition armée ayant à sa tête les Etats-Unis. Celle-ci placera au sommet de l'Etat afghan, Hamid Karzai.

Durant ces cinq années, la loi talibane sera appliquée dans toute sa rigueur : les femmes sont exclues du marché de l'emploi, elles ne peuvent sortir de leur domicile qu'accompagnées de leur mari ou d'un proche. Les filles sont privées d'enseignement secondaire. Les femmes et hommes ayant commis le « crime d'adultère » sont condamnés à la lapidation. Les talibans détruisent en 2001 les bouddhas de Bamiyan classés au patrimoine mondial de l'UNESCO ce, sous le regard effaré et impuissant du monde civilisé.

Durant ces années de guerre, de nombreux afghans, fuyant cet enfer et le fanatisme des nouveaux dirigeants, ont quitté leur pays et ont pu obtenir l'asile politique en particulier en Europe. L'histoire se répète et la France vient de décider d'octroyer l'asile à plus de 500 afghans ayant travaillé pour des organismes français. L'exode ne fait que commencer. Il suffirait d'un attentat terroriste mettant en cause un réfugié afghan accueilli dans notre pays, pour allumer la mèche. L'invasion de l'Irak par les Etats-Unis, n'a pas cessé de produire ses effets dévastateurs...

 

Le même scénario se dessine-t-il au Sahel ? Après la présentation par le président de la République du retrait partiel de la moitié des quelques 5 100 soldats français qui constituent les forces de l'opération Barkhane, la question est légitime.

Ce retrait est-il rendu possible par l'efficacité dont ferait preuve la force du G5-Sahel mise en place en 2017 pour prendre à terme le relais de Barkhane ?

Quatre ans après, il n'en est malheureusement rien. Cette « force » qui regroupe le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Tchad et le Burkina Faso, dispose de moyens aériens dérisoires et les huit bataillons qui la composent ne peuvent à ce jour revendiquer de résultats significatifs dans la lutte contre le terrorisme qui gangrène ces pays. Leurs armées ne sont pas en mesure d'assurer la sécurité d'un immense territoire frontalier de l'Algérie et de la Libye donc pas très éloigné de nos côtes.

Alors que le Mali vient de vivre un deuxième coup d'Etat et que la tentation de négocier avec les djihadistes d 'Al Qaïda recueille de plus en plus d'adeptes tant au sein de la population que parmi les dirigeants locaux, la France qui a perdu sur place plus de 50 soldats, est ferme : « Pas de dialogue et de compromissions avec les djihadistes ». Difficile dans ces conditions de coordonner ses actions, de cibler ses objectifs qui pour les uns sont qualifiés de « terroristes » alors que pour les autres, ce sont des « interlocuteurs ».

Les djihadistes occupent dès-à-présent le nord et le centre du pays alors que le sud où l'on trouve la capitale Bamako, esr également menacé. D'autres pays de la zone sont susceptibles de basculer. Il en est notamment ainsi du Burkina Faso doté d'une armée peu opérationnelle. De même du Niger dont l'armée connait aussi les plus grandes difficultés à faire face aux attaques terroristes.

Si lors de la présentation le 9 juillet dernier du plan de retrait partiel des soldats français engagés dans l'opération Barkhane, le président a, avec raison, rappelé que la France n'avait pas « vocation à rester au Sahel », il est tout aussi évident que les forces locales ne sont pas en mesure de mettre un frein à l'extension djihadiste et que la capitale malienne Bamako pourrait, dans un temps rapproché, succéder à Rakka et devenir la prochaine capitale du califat.

Tout serait alors à recommencer...

 

Bien sûr, du Yémen à la Syrie en passant par l'Irak et la Libye, les foyers sur lesquels prospère le terrorisme sont nombreux.

De la même façon, les réponses à apporter aux populations qui sont les premières victimes de cette situation, ne peuvent se limiter à la solution militaire sauf à courir à l'échec. L'Afghanistan en est l'illustration.

Bien sûr, nous devons veiller afin, qu'à travers les interventions des puissances censées venir en aide à ces pays, le rêve néocolonialiste ne réapparaisse.

Il n'empêche, si l'occident fait montre de faiblesse ou de désintérêt, du côté de Pékin, Moscou ou Ankara, les appétits s'aiguisent et ne demandent qu'à être satisfaits. Ne dit-on pas d'ailleurs que l'appétit vient en mangeant ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Nemo 17/07/2021 01:23

Tout cela est vrai mais ne reprochait -on pas aux Etats-Unis de vouloir être les gendarmes du monde?
Ils ont vu ce qu’il leur en a coûte au Vietnam et en Irak pour rien
Quant à la France au Sahel même aidée de l’Europe , c’est voué au même échec et d’ailleurs une grande partie de la population malienne nous est defavorable et les putschistes de Bamako ont ouvert les prisons aux terroristes que nous venions de les aider à arrêter