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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Quand le Hamas vole au secours de Nétanyahou

 

Alors que j'écris ces lignes ce mardi après-midi, la flambée de violences qui depuis le 10 mai s'est emparée de Jérusalem, des « villes mixtes » situées sur le territoire israélien ainsi que de la bande de Gaza, a fait plus de 200 morts et plus de mille blessés. La grande majorité des victimes sont des palestiniens parmi lesquels de nombreux enfants.

Pour qu'il n'y ait aucune équivoque, je veux préciser que les tirs de roquettes du Hamas sur les populations civiles d'Israël constituent des crimes de guerre de la même façon que le sont les bombardements de Tsahal sur Gaza frappant indistinctement les populations civiles et causant de très nombreuses victimes.

Dans plusieurs billets publiés tout le long de ce blog, j'ai dénoncé le jeu dangereux de Benyamin Nétanyhaou qui doit répondre devant la justice de son pays dans plusieurs affaires de corruption et qui, pour se maintenir au pouvoir, n'a pas hésité à faire alliance avec l'extrême droite. On ne joue pas avec le feu et en l'occurrence avec des religieux fanatiques nourris par les courants extrémistes et racistes. Apparemment, cela n'a pas suffi puisque juste avant le début de ce déchaînement de violences, après le scrutin législatif du 23 mars dernier, Nétanyahou n'est pas parvenu à former un gouvernement de coalition.

Qu'en sera-t-il lorsque les armes se seront tues ? Un énième déchaînement de violences dans quelques mois ou quelques années ? En l'état des forces en présence, le risque est grand et la perspective de parvenir à la paix, chaque jour un peu plus lointaine.

Côté palestinien, nombreux sont ceux parmi la jeunesse, à n'avoir jamais participé à un scrutin. Le dernier remonte à 2006. Le Hamas avait remporté les élections dans l'enclave de Gaza qu'il administre depuis. La Cisjordanie est elle, administrée par le Fatah et l'on trouve à sa tête, le chef de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Habbas âgé de 85 ans et totalement décrédibilisé. La corruption y occupe une place de choix et le manque de transparence est total. Dernier exemple en date, des élections législatives puis présidentielles devaient être organisées d'ici juillet prochain, un scrutin attendu notamment par les jeunes générations. Le président de l'Autorité Palestinienne, craignant une défaite en Cisjordanie au profit du Hamas, a pris prétexte de l'impossibilité de tenue du scrutin dans Jérusalem-Est, pour annuler ces élections. Comme si le statu quo convenait finalement à chaque partie même s'il sacrifie les aspirations de la jeunesse locale.

Ces derniers mois, les palestiniens ont été lâchés par plusieurs pays arabes qui ont il y a peu, noué des relations avec l'Etat d'Israël. Il s'agit des Emirats Arabes Unis, du Bahreïn, du Soudan et du Maroc. L'Arabie Saoudite n'a pas osé franchir le pas alors que le prince héritier Mohammed Ben Salman (MBS) y est favorable. En effet, la population elle, soutient majoritairement la cause palestinienne.

Dans les pays arabes, le peu de réactions d'hostilité au plan Trump abusivement intitulé « pour la paix et la prospérité », avait pu laisser penser que la page palestinienne avait été tournée. Ou passée par pertes et profits. Ce plan qui légalisait l'annexion par Israël d'une part importante de la Cisjordanie, mettait un terme à toute solution à deux Etats.

L'absence de réaction au « deal du siècle » proposé par le tandem Trump-Nétanyahou, laissait penser que les pays du Golfe avaient désormais tourné leurs regards vers l'Iran, pays qui, selon eux, est la source de tous les dangers. Ils voyaient leur salut du côté de Washington qui avait décidé de sortir les Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire et se réjouissaient de l'aggravation des sanctions économiques prises contre Téhéran.

Avec l'élection de Biden, l'Iran est revenu dans le jeu diplomatique et la discussion est ouverte pour un retour des E-U dans l'accord auquel ils avaient tourné le dos. Avec la défaite de Trump, Nétanyahou a compris que le plan « pour la paix et la prospérité » qu'il avait mis au point avec le président américain en excluant les palestiniens, ne sera pas mis en œuvre et la tentation de régler militairement ce qu'il n'a pu obtenir par la diplomatie explique en partie la brutalité de sa réaction.

C'est dans ce contexte que la jeunesse palestinienne de Jérusalem-Est a voulu manifester sur l'esplanade des Mosquées devant la porte de Damas. S'est ajoutée à son mécontentement, la menace d'expulsion visant les habitants du quartier palestinien de Cheikh Jarrah situé à Jérusalem-Est au profit de colons israéliens. Enfin, ces manifestations ont surgi alors qu'était organisée la « Journée de Jérusalem » qui, chaque année, célèbre la réunification de la ville annexée en 1967 et qui a été déclarée « capitale indivisible et réunifiée » de l'Etat d'Israël.

Le 9 mai, la police israélienne est intervenue sur l'esplanade des Mosquées, Lieux-Saints pour les arabes et les juifs. Des manifestations ont tourné à l'affrontement avec l'extrême droite israélienne. Des scènes de lynchage d'une violence insoutenable ont été filmées.

Le 10 mai, en représailles, le Hamas a voulu récupérer ce mouvement en déclenchant le lancement d'une salve de roquettes avec l'objectif de revenir dans le jeu et de tirer profit de la situation en apparaissant comme l'opposant le plus déterminé à l'Etat d'Israël. On sait ce qu'a été la riposte israélienne, les bombardements de la bande de Gaza bafouant les principes du droit international de la guerre pour ce qui concerne la protection des populations civiles ainsi que la règle de proportionnalité dans la riposte militaire.

Cette situation contraint les uns et les autres à réexaminer leur analyses.

Les pays arabes ne pourront pas rester longtemps insensibles aux souffrances de leurs frères de Palestine. L'équation deux peuples, deux Etats reste la seule qui permettra d'apaiser les tensions de façon à ce que juifs et palestiniens puissent vivre côte à côte.

Les Etats-Unis de Biden ne pourront pas encore longtemps détourner leur regard et faire obstacle à l'adoption d'une déclaration commune au Conseil de Sécurité de l'ONU comme ils l'ont encore fait le dimanche 16 mai. Le renoncement de ce pays à oeuvrer pour la paix dans cette région remonte déjà à Barak Obama dont le vice-président était un certain...Joe Biden.

Les déclarations des pays européens appelant à un retour « au dialogue » et à la « modération » sont très en deçà des mesures qu'appelle la gravité de la situation et la nécessité d'avancer vers la réalisation de ce plan de partage voté par l'Assemblée Générale de l'ONU le 29 novembre 1947 et qui trouve son fondement dans la possibilité pour deux peuples que l'histoire rassemble, de vivre dans la paix et la sécurité.

Il reste, qu'aux yeux de la population israélienne, Nétanyahou pourrait sortir grand vainqueur de ce nouvel épisode de violences et ainsi parvenir une nouvelle fois, à se maintenir à la tête du gouvernement israélien.

Si c'était le cas, les milices du Hamas ne seraient pas étrangères à une telle issue. « Bibi » pourrait alors adresser un grand merci à leur chef, Ismaël Haniyeh.

 

Ce vendredi 21 mai à 2 heures du matin, un cessez-le-feu est intervenu après 11 jours de violents combats. Le bilan est très lourd, en premier lieu sur le plan humain : côté palestinien plus de 240 morts dont 65 enfants. Côté israélien, 12 morts dont un enfant.

Les dégâts matériels sont considérables. A Gaza, plus de 10 000 logements ont été entièrement détruits. La communauté internationale au premier rang de laquelle on trouve l'ONU et l'Union Européenne va devoir financer la reconstruction alors que celle consécutive aux violences de 2014  n'était pas terminée...

En attendant la prochaine flambée de violences et les prochaines destructions ?

 

 

 

 

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