Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

L'Afghanistan, encore et toujours.

 

Kaboul le samedi 8 mai. Une bombe explose dans une voiture près d'une école de jeunes filles. Plusieurs d'entre-elles, âgées de 13 à 18 ans qui tentaient de fuir après cette première explosion, seront fauchées par l'explosion de deux autres bombes à proximité. Bilan, plus de 50 morts et une centaine de blessés.

Dans la nuit du dimanche, plus de 11 tués et des dizaines de blessés dans l'explosion d'un bus.

Des postes de l'armée afghane qui passent aux mains des talibans, des affrontements aux portes de Kandahar, une population contrainte de fuir certaines zones.

Telle est la situation à quelques semaines du départ du dernier soldat américain présent sur le sol afghan. Ce retrait doit intervenir avant le 4 juillet. Une drôle de façon de fêter l'Aïd el-Fitr qui marque la fin du ramadan.

Et après ?

Mais avant de tenter d'y répondre, peut-être convient-il de se poser la question de savoir comment on a pu en arriver là.

Un bref retour en arrière peut nous y aider. L'intervention en 1979 des troupes soviétiques en Afghanistan à la demande du président Taraki, s'est produite dans le contexte de la guerre froide opposant les « deux Grands ». A l'époque, les Etats-Unis soutenaient l'ennemi juré des afghans, le Pakistan. Depuis 1947 ce pays, à propos du Cachemire, est également en conflit avec l'Inde qui se voulait alors le porte drapeau des pays non-alignés.

Dix ans plus tard, en février 1989, l'Union Soviétique quittait l'Afghanistan sans avoir pu parvenir à imposer la paix avec des rebelles bénéficiant de l'aide du Pakistan voisin ainsi qu'une importante contribution tant financière qu'en fourniture d'armements, des pays occidentaux et en particulier, des Etats-Unis. Une lourde défaite pour l'Union Soviétique qui n'allait pas être sans conséquences...

Dès 1992, de graves troubles vont agiter l'Afghanistan. En 1994, les talibans vont partir à la conquête des provinces composant le pays. Soutenus par le Pakistan, ils conquièrent la quasi-totalité du territoire afghan et installent une dictature fondamentaliste.

Le 27 septembre 1996, les talibans s'emparent de la capitale afghane Kaboul. Leur entrée dans la ville, sera célébrée par la Secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright, comme « un pas positif »  !

C'est en 2001 que ces même talibans alors au pouvoir, détruisent les statues de Bouddha pré-islamiques de Bâmiyân inscrites au patrimoine mondial de l'Humanité par l'UNESCO.

Le 9 septembre 2001, le commandant Massoud, un opposant au régime alors en place à Kaboul, est assassiné lors d'un simulacre d'interview. Cet attentat précède de 48 heures la destruction des tours jumelles de New-York. Cet événement provoquera le revirement de la position américaine. Les Etats-Unis accusant Al-Qaïda et leur chef Oussama Ben-Laden d'être responsables des milliers de morts du 11 septembre 2001, vont déclencher une nouvelle guerre d'Afghanistan.

Vingt ans après, alors que les talibans ont une nouvelle fois pris position dans le pays et n'ont jamais été aussi forts, les américains souhaitant sortir du « bourbier afghan », s'apprêtent à rapatrier les 2 500 soldats qui se trouvent encore sur le territoire et laisser ainsi le pouvoir en place affronter seul les talibans pour une issue qui ne fait guère de doutes.

Ce départ est la conséquence de l'accord signé à Doha le 29 février 2020 entre les Etats-Unis de Donald Trump et les talibans. Curieusement, le gouvernement d'Afghanistan avait été tenu à l'écart des négociations ayant abouti à l'engagement qui avait été pris du côté américain, de quitter le pays à la date du 1er mai 2021. A cette date, plus aucun soldat ne devait se trouver sur le sol afghan.

C'est finalement la date du 4 juillet prochain qui a été fixée par l'actuel président américain qui, dans un premier temps, avait annoncé la date symbolique du 11 septembre. Les talibans considérant que l'accord de Doha a été violé, ont multiplié leurs actes de violences semant la terreur et poursuivant leur progression dans le but d'occuper le pays et de s'emparer à nouveau de Kaboul.

Une conférence devait se tenir à compter du 24 avril à Istanbul. Coorganisée avec l'ONU et le Qatar, elle devait réunir les principaux acteurs afghans dans le but de sécuriser politiquement la transition vers la paix. Sous le prétexte qu'elle coïncidait avec la fin du ramadan, la conférence n'a pu se tenir. En réalité, en raison du refus des talibans d'y participer. Difficile dans ces conditions de faire avancer le dialogue inter-afghan qui est au point mort.

Dans un entretien accordé récemment à la presse française, le vice-président afghan souligne l'échec total après vingt ans d'occupation de l'armée américaine et des troupes de l'OTAN. Selon lui, « la victoire des talibans, pour Al-Qaïda, n'aurait pas qu'une signification sur le plan militaire ou économique, elle marquerait l'effondrement du mythe de la supériorité militaire de l'Occident, de sa rhétorique, de ses valeurs et de sa crédibilité. La France ne fait pas exception... »

Le Vice-Président y affirme que les talibans voient les accords de Doha signés avec les Etats-Unis « comme une légitimation de leur cause ». Pour le pouvoir afghan exclu de cet accord, celui-ci a « légitimé le terrorisme ». Et de conclure son entretien : « Les talibans veulent un gouvernement de Dieu, nous voulons un gouvernement du peuple ».

Dans un tel contexte, comment attendre autre chose dans les mois à venir, qu'une intensification des combats, qu'une reprise des attentats après la « trêve » de 3 jours décrétée par les talibans à l'occasion de la fin du ramadan, la poursuite des destructions et de l'exode des populations en un mot, l'annonce d'une prochaine catastrophe humanitaire ?

De l'avis général, sur le plan militaire, les talibans qui contrôlent le sud du pays et sont également présents dans le nord, sont aujourd'hui en meilleure position qu'ils n'étaient en 1996, avant de prendre Kaboul. Après le lancement d'une grande offensive, ils pensent pouvoir conquérir le pays « en quarante-cinq jours ».

De son côté, l'organisation terroriste Al-Qaïda qui a du surmonter la perte de son leader et qui a pu pâtir de la montée en puissance de l'Etat Islamique dans le conflit qui a touché la Syrie et l'Irak, pourrait tirer des bénéfices substantiels liés au retour prochain au pouvoir à Kaboul des talibans.

Le prix à payer d'un tel retour désormais programmé dans le temps, sera très lourd. Non seulement pour l'Afghanistan mais, on l'a vu en 2001, pour l'équilibre de la paix mondiale.

Était-il indispensable d'aller, vingt ans durant, bombarder un pays pour un tel résultat ?

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Julien 15/05/2021 16:49

Je ne sais pas pourquoi.... je pense au Vietnam.

Il parait que la Chine s'intéresse fermement à cette region du monde, et cherche à s'y implanter.
Voyons si la Chine fera mieux que l'URSS ou les USAs.