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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

D'un Pere a l'altre (D'un Pierre à l'autre). Quand l'Actualité et l'Histoire se retrouvent.

              Pere Aragonès

 

C'est le roi Pere IV d'Aragon, encore appelé Pere « El Cerimoniós » (Pierre le cérémonieux) pour « son goût de l'étiquette et son orgueil » mais également Pere « El Punyalet » (Pierre au petit poignard) pour « avoir tué de sa main un baron révolté », qui après différentes manœuvres et autres procédures peu glorieuses, obtint par la soumission de son beau-frère Jaume III de Majorque, la fin du royaume du même nom.

Le roi de Majorque Jaume III capitula le 15 juillet 1344. Le lendemain, Pere IV d'Aragon décrit par les historiens comme un personnage « ambitieux, égoïste, hypocrite, sans scrupule », prenait possession du château Royal, l'actuel Palais des Rois de Majorque ainsi que de la ville de Perpinyà.

Le royaume indépendant de Majorque qui avait vu le jour 73 ans auparavant, avait vécu. Jaume III dont l'épouse Constance était la sœur de Pere IV, était vaincu. Le dernier Roi de Majorque trouvera la mort en 1349 à les « Illes Balears » alors qu'il tentait de reconquérir ces territoires passés dans l'escarcelle de son beau-frère.

 

Près de sept siècles après, c'est un jeune Président de 38 ans qui, le 21 mai dernier, a été élu par les « Corts » (Parlement Catalan), nouveau Président de la « Generalitat de Catalunya » (gouvernement autonome catalan). Son nom, Pere Aragonès.

Au delà du clin d'oeil de l'Histoire, l'arrivée à la tête du gouvernement autonome de « Catalunya » d'un président indépendantiste de gauche (Gauche républicaine de Catalogne : ERC) qui succède à un président indépendantiste de droite (Ensemble pour la Catalogne : Junts), est-elle de nature à ouvrir de nouvelles perspectives dans le bras de fer qui, depuis octobre 2017, oppose l'Etat espagnol à la région autonome de Catalogne ?

Pere Aragonès (ERC) a bénéficié des votes des formations indépendantistes (ERC, Junts et la CUP d'extrême gauche) et réuni 73 suffrages de députés contre 61.

Jusqu'à présent, la droite indépendantiste avait occupé cette présidence. Ce fut le cas de Carles Puigdemont (Junts) réfugié en Belgique depuis 2017 et la proclamation de l'indépendance. Il présida la Generalitat  du 12 janvier 2016 au 28 octobre 2017. Quim Torra, de la même formation, lui avait succédé avant d'être destitué.

Lors de son discours d'investiture le nouveau président a déclaré vouloir « rendre possible l'aboutissement de l'indépendance, rendre inévitable l'amnistie et exercer le droit à l'autodétermination ». Il a promis une « confrontation civique et pacifique » avec l'Etat espagnol.

Il faut dire que les dernières années ont été passablement agitées. On se souvient de la répression violente que le gouvernement Rajoy fit subir aux votants lors du referendum sur l'indépendance organisé par la Generalitat  le 1er octobre 2017, des arrestations et des condamnations des dirigeants indépendantistes consécutivement à la proclamation de l'indépendance qui avait suivi le résultat du scrutin violemment réprimé, de la destitution de Quim Torra à la suite d'un jugement du Tribunal Suprême espagnol. Torra (Junts) a occupé la fonction du 17 mai 2018 au 29 septembre 2020.

Pere Aragonès qui avait assuré l'intérim après cette destitution et qui lui succède, est un indépendantiste modéré, prêt à ouvrir une indispensable négociation avec Madrid ce que se sont refusés à faire, ses deux prédécesseurs.

Nul doute que les formation alliées d'ERC, ne manqueront pas de faire pression pour obtenir du nouveau président, des résultats concrets tant en ce qui concerne l'amnistie des dirigeants toujours détenus que pour obtenir l'accord de l'Etat espagnol sur l'organisation d'un referendum d'autodétermination alors que les trois formations indépendantistes ont rassemblé lors du scrutin du 14 février dernier, 52 % des suffrages.

Du côté de Madrid, le gouvernement socialiste présidé par Pedro Sanchez n'a pu faire voter le budget que grâce à l'abstention d'ERC alors même que les élus de Junts au Parlement espagnol ont voté contre.

ERC n'a aucun intérêt à provoquer la chute du gouvernement Sanchez à Madrid. Si elle survenait, elle pourrait avoir pour conséquence le retour au pouvoir du Parti Populaire (PP) avec dans son sillage, la formation d'extrême droite Vox. Grave responsabilité.

Les élections du 4 mai dernier dans la Communauté de Madrid ont conforté la droite du PP et la présidente de l'institution Isabel Diaz Ayuso. La nette victoire de cette dernière, lui a permis de frôler la majorité absolue. Alors que ce scrutin a connu une très forte hausse de la participation, le Parti Socialiste (PSOE) avec 16,80 % des suffrages a perdu 10 points et 13 élus. Il est devancé par la formation écologiste Más Madrid.

Junts pense au contraire, qu'un gouvernement de droite profondément hostile aux indépendantistes au niveau de l'Etat espagnol, favoriserait la marche de la Catalogne vers l'indépendance en radicalisant le débat. Pari risqué qui pourrait avoir l'effet inverse. Le placement de la Catalogne « sous tutelle » du gouvernement central en octobre 2017 montre si c'était nécessaire, la détermination de la droite espagnoliste.

Pedro Sanchez à la tête du gouvernement espagnol et Pere Aragonès président de la Generalitat disposent d'une marge de manœuvre certes étroite mais réelle qui, dans un contexte historique très particulier, pourrait leur permettre de dégager la voie vers un apaisement des tensions tant au plan national qu'en Catalogne. L'amnistie me paraît un premier pas indispensable pour aller dans cette direction.

De plus, cette élection de Pere Aragonès intervient dans un contexte historique particulièrement symbolique pour la formation indépendantiste ERC dont le dernier président avait été porté au pouvoir en Catalogne, le 1er Janvier 1934. Lluís Companys président du gouvernement autonome catalan a été fusillé par les franquistes le 15 octobre 1940. Un autre membre de cette formation présida la Generalitat de 1954 à 1977 mais depuis son exil en France. Josep Tarradellas fut de retour en Catalogne le 23 octobre 1977. Il prononcera alors une phrase restée célèbre : « Ciutadans de Catalunya, ja sóc aquí ! » (Citoyens de Catalogne, me voilà !). Tarradellas présidera la Generalitat jusqu'en 1980 et décèdera en 1988.

Lourde et exaltante tâche pour le successeur de Lluís Companys et de Josep Tarradellas.

L'économiste Pere Aragonès va tenter de la mener à bien en connaissant les écueils, les risques et les conséquences d'un éventuel échec.

Mais revenons à l'Histoire...

Nous avons vu comment prit fin le Royaume de Majorque en 1344. Que s'était-il donc passé 73 ans auparavant ?

Au décès du premier roi catalan Alfons Primer (Premier) survenu dans sa bonne ville de Perpinyà le 24 avril 1196, lui succéda son fils Pere II qui prendra le nom de Pere « El Catòlic ». Le midi de la France connait alors la croisade des albigeois menée par l'Eglise et la Royauté contre l'hérésie cathare. Simon de Montfort et d'autres barons du Nord, veulent réduire à merci le Comte de Toulouse protecteur des Cathares. Pere II d'Aragon prend le parti du Comte de Toulouse Raymond VI qui est son beau-frère. Il se met à la tête de ses troupes pour assiéger Muret. Lors de la bataille qui s'en suit, le 12 septembre 1213, le roi Pere II d'Aragon est mortellement blessé.

C'est le fils du Roi défunt, né 5 ans avant le décès de Pere II, qui monte sur le trône. Il s'agit de Jaume Primer (Jacques premier) à qui on donnera le nom de Jaume « El Conqueridor » (Jacques le Conquérant). Ce dernier obtiendra d'importantes victoires contre les Maures. Il agrandit considérablement son royaume.

Le Roi Jaume Primer rendra le catalan, langue officielle. Désormais, sur ses terres, la plupart des actes ne seront plus rédigés en latin mais en catalan. De même, il créa une nouvelle monnaie, le Tern valable dans toute la  Catalunya  et fabriquée à Barcelona .

Jaume El Conqueridor rend son dernier souffle le 27 juillet 1276 après un règne de plus de soixante ans. Quatre ans avant son décès, il avait rédigé son testament à Montpellier. A son décès, son fils ainé Pere III hérite de « l'Aragó », de la « Catalunya » et du « País Valencià ». Pour son fils cadet Jaume II, son père crée « El Reialme de  Mallorca » qui comprend le Roussillon, le Vallespir, le Conflent, le Capcir, la Cerdanya, la seigneurie de Montpellier, le vicomté de Carladès près de Millau et les Baléares. La capitale du nouveau royaume est Perpinyà. Le palais Royal que Jaume II et son épouse la reine Esclarmonde de Foix vont faire construire à Perpinyà, est l'actuel palais des Rois de Majorque.

On l'a vu, ce royaume s'éteint en 1344 et les territoires qui le composaient passent sous le contrôle du Roi Pere IV d'Aragon.

L'actuel Président de la Generalitat Pere Aragonès nous renvoie plusieurs siècles en arrière, à ses homonymes, rois d'Aragon, qui, dès le douzième siècle ont marqué l'histoire du Pays Catalan lequel a connu ses heures de gloire, ses trahisons et quelques fois ses cruautés.

Une raison de plus pour que l'élection du nouveau président apporte à ce pays fier de son histoire, le progrès, la paix et la liberté que les prédécesseurs qui avaient en charge le devenir du peuple catalan ont tenté d'apporter à leurs sujets sans pouvoir toujours y parvenir.

 

                                                       Pere II d'Aragon

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