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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Quand Emmanuel Macron piétine la « doctrine Mitterrand ».

 

 

Dans une dizaine de jours, la France se rappellera de ce 10 mai 1981 qui vit François Mitterrand le candidat de la gauche à l'élection présidentielle, remporter la victoire qui lui permit quelques jours plus tard de faire son entrée à l'Elysée.

C'est à la veille de cette célébration que l'actuel président de la République a donné son feu vert, à l'arrestation, de dix anciens membres des Brigades rouges italiennes condamnés dans leur pays à de lourdes peines de prison pour des actes terroristes qui auraient été commis il y a plus de quarante ans (années 1970- début des années 1980).

Parmi les dix brigadistes, sept ont été arrêtés le mercredi 28 avril au matin par la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire. Trois figurant sur la liste, ne se trouvaient pas à leur domicile et sont donc activement recherchés.

Ainsi, Emmanuel Macron a répondu positivement aux demandes d'extradition italienne transmises le 22 avril dernier par le ministère de la Justice. L'excellence des relations que le président français entretient avec Mario Draghi, ancien président de la Banque Centrale  Européenne et actuel président du Conseil italien, n'est certainement pas étrangère à l'attitude de la France. Selon le président français, ces arrestations auraient été ordonnées au nom de la « doctrine Mitterrand » qui a vu le jour au milieu des années 1980.

Souvenons-nous, en 1985, l'Italie sortait des « années de plomb ». Entre 1969 et 1980, ce pays avait connu plus de 12 000 attentats ayant causé 362 morts. Ces actes avaient été commis par des groupes d'extrême gauche pour certains, d'extrême droite pour d'autres. Ces derniers étaient notamment les auteurs de l'attentat de la gare de Bologne qui fit 85 morts. L'Italie aspirait légitimement à la paix et les relations qu'entretenaient François Mitterrand et le président du Conseil italien Bettino Craxi, avaient permis que la France devienne une terre d'asile pour les brigadistes ayant renoncé à la violence s'ils ne s'étaient pas rendus coupables de crimes de sang. Dans le même temps, l'Italie pouvait ainsi tourner la page de ces « années de plomb ».

Plus de quarante ans après, considérer comme le fait Emmanuel Macron, que les arrestations ordonnées s'inscrivent « strictement dans la doctrine Mitterrand » constitue à tout le moins un abus de langage. Certains considèreront avec quelque raison que bien au contraire, cette opération est en totale contradiction avec les principes qui avaient été posés en plein accord entre les deux responsables, français et italien. La volonté était alors d'apaiser les esprits et de permettre à l'Italie d'en finir avec une décennie meurtrière et douloureuse.

A l'occasion de l'arrestation en Bolivie en janvier 2019 de Cesare Battisti qui a longtemps séjourné en France, j'avais évoqué dans ce blog la difficulté qu'il y a à faire coïncider, des dizaines d'années plus tard, le besoin de justice des victimes et de leurs familles avec le droit à l'oubli de ceux qui, quarante ans après, se sont intégrés dans la société française, ont souvent fondé une famille et ont totalement rompu avec les chemins sur lesquels ils s'étaient fourvoyés (Billet du 23 janvier 2019 : Antonio, Cesare, Matteo et les autres... ).

Au début des années deux mille, l'accession de la droite berlusconienne aux responsabilités puis, l'arrivée de Matteo Salvini (Ligue du nord, extrême droite) au poste de ministre de l'Intérieur lors de l'alliance formée avec le Mouvement Cinq Etoiles, ont eu pour conséquences le retour dans l'actualité de la question de l'extradition des brigadistes ayant trouvé refuge chez nous.

Jusqu'à présent, la France n'avait pas satisfait aux demandes des autorités italiennes. On comprend que Mario Draghi ait manifesté sa « satisfaction » en apprenant l'arrestation des sept brigadistes. Celui-ci a accédé en février dernier à la présidence du Conseil italien et a réactivé très rapidement les contacts permettant de faire aboutir les demandes d'extradition des brigadistes pour lesquels la prescription de la peine n'était pas acquise. La classe politique italienne a également approuvé l'attitude de la France oubliant que la politique d'accueil des personnes ayant renoncé à la violence avait été définie en plein accord avec ses dirigeants de l'époque.

Pour autant, arrestation des brigadistes ne signifie pas extradition. Il faudra auparavant que les procédures qui vont s'ouvrir devant la Justice française pour chacun des emprisonnés, débouchent sur une décision autorisant l'extradition, étant précisé que le mandat d'arrêt européen entré en vigueur en 2004, ne peut trouver à s'appliquer pour des auteurs de faits commis antérieurement.

Une fois les recours de justice épuisés et pour autant que ces procédures seraient validées, il conviendra qu'un décret gouvernemental intervienne pour mettre en œuvre l'extradition des sept personnes arrêtées. D'ici là, de l'eau aura coulé sous le pont Au Change qui relie le Palais de Justice de Paris à la place du Châtelet...

Constatons toutefois, qu'en Italie, le temps de l'oubli et de la« paix civile » à laquelle ce pays aspirait voici presque quarante ans, n'est manifestement pas encore venu.

 

 

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Julien 30/04/2021 16:47

"Entre 1969 et 1980, ce pays avait connu plus de 12 000 attentats ayant causé 362 mort"

Ils auraient droit à l'oubli, pendant qu'on diffuse l'enterrement de policiers assassinés par des terroristes?

C'est honteux d'écrire ça !!