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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Moche coup à Moscou.

 

 

Je ne vous raconterai pas le livre de Jean Bruce, le roi de la paronomase, publié à la fin des années cinquante qui relatait les exploits d'O.S.S.117 et qui se trouve peut-être dans la bibliothèque des plus anciens de mes lecteurs. Et j'en parle en connaissance de cause...

J'ai prévu de vous entretenir de ce qui se passe aujourd'hui dans la Russie de Vladimir Poutine ainsi que de l'urgence pour l'Europe à réagir face à l'attitude honteuse du nouveau « tsar ». Cette Union Européenne qui pourrait bien, en raison d'un manque de doses de vaccins, se retrouver sous la dépendance d'un pays qui viole sans état d'âme, l'État de droit..

Dans mon billet du 31 décembre dernier (Vivement demain !) j'essayais de tirer les perspectives pour l'année à venir de la situation internationale présente et j'évoquais à ce titre la tentative d'assassinat dont le principal opposant, Alexeï Navalny, a été victime le 20 août dernier en Sibérie. Alors que plongé dans le coma il avait été transporté à Berlin pour y être soigné, Navalny à peine rétabli, a souhaité rentrer à Moscou pour reprendre son combat. Au grand dam des autorités russes qui pensaient qu'avec le départ de l'opposant, elles s'étaient débarrassées du problème. Et qu'il ne restait plus désormais qu'à le présenter comme un traitre à la nation...

Nous connaissons la suite, dès son arrivée à Moscou le 17 janvier, Navalny a été arrêté à sa descente de l'avion, placé en garde à vue puis incarcéré. Mardi 2 février, il a été condamné à trois ans et demi de prison. Le motif, on lui reproche, alors qu'il était soigné à Berlin et que son pronostic vital était engagé, de n'avoir pas répondu à une convocation dans le cadre d'un contrôle judiciaire.

Comble du cynisme, l'absence de Navalny a été assimilée à du « tourisme » !

Le but de cette condamnation est très clair, priver Alexeï Navalny de la possibilité d'affronter Vladimir Poutine lors des élections présidentielles qui se profilent pour 2024. Le « tsar » de Russie qui a adapté la Constitution pour pouvoir rester au pouvoir jusqu'en 2036, n'entend pas devoir débattre avec cet opposant qui n'a de cesse de dénoncer la corruption ainsi que les fabuleuses richesses accumulées par celui qui dirige (directement ou par son hologramme Medvedev) la Fédération de Russie depuis le 31 décembre 1999.

La tentative d'assassinat n'ayant pas permis d'atteindre l'objectif, la prison servira de palliatif.

Depuis deux semaines les manifestations se sont multipliées un peu partout en Russie. Le samedi 23 janvier on a compté des dizaines de milliers de personnes qui, à Moscou, Saint Pétersbourg mais aussi un peu partout, ont bravé les interdictions et les basses températures pour descendre dans la rue et demander la libération immédiate de Navalny. À Irkoutsk on a manifesté par une température de – 53° !

Les services de police, usant d'une grande brutalité, ont incarcéré plus de 4 000 manifestants. Le chef de la diplomatie française évoquait le lendemain une « dérive autoritaire » et une atteinte « insupportable » à l'État de droit. Des condamnations à des peines d'emprisonnement ferme ont été prononcées contre les organisateurs.

Dimanche 31 janvier de nouvelles manifestations ont eu lieu à travers toutes les régions à la veille de la comparution de Navalny devant un tribunal de Moscou. Plus de 7 000 manifestants ont été arrêtés dans tout le pays alors que ses proches et des membres de sa famille ont été poursuivis dans les jours précédents pour non-respect des normes sanitaires contre la pandémie de Covid-19.

Les moyens d'information sont désormais la nouvelle cible des forces de police. Selon l'Union des journalistes russes, au moins soixante d'entre eux ont été arrêtés dont certains avant les rassemblements.

Enfin, lors des manifestations qui ont suivi le prononcé du jugement de condamnation, plus de mille arrestations ont à nouveau été pratiquées.

Ces derniers événements ont certes provoqué une réaction des autorités françaises. Le Président Macron parle d'une condamnation « inacceptable », quant au ministre des Affaires Étrangères, il dénonce des « arrestations arbitraires ». Mais la réplique rhétorique est-elle à la hauteur des violations commises par le pouvoir russe ?

Cette chasse aux manifestants pour étouffer toutes les protestations qui pourraient altérer l'image du despote, intervient alors que celui-ci surfe sur le « succès » du vaccin Spoutnik V et de ses dérivés.

Mais si l'on veut contraindre Poutine à respecter l'État de droit, ne faudrait-il pas aller au-delà des communiqués de condamnation ?

Je pense tout d'abord à un renforcement des sanctions économiques. Celles prises à la suite de l'annexion de la Crimée et de l'occupation du Donbass ne sont manifestement pas suffisantes puisque rien n'a évolué depuis.

La saisine du Conseil de Sécurité de l'ONU pourrait également être examinée même si ce ne serait qu'au niveau du symbole puisque tant le principal intéressé que la Chine, ne manqueraient pas d'opposer leur véto.

Or, au même moment, plusieurs membres de l'Union Européenne, et non des moindres, se rapprochent de la Russie pour pouvoir s'approvisionner en doses de vaccin contre le Covid-19 en raison des difficultés que connaissent les laboratoires Pfizer, Moderna et AstraZeneca à honorer leurs engagements. Par ailleurs, les allemands aident actuellement les laboratoires russes à monter le dossier d'homologation du vaccin Spoutnik V en Europe.

La Hongrie de monsieur Orban au mépris des règles de solidarité mises en place au niveau de l'Union, a déjà passé commande de 40 millions de doses du vaccin russe.

La Chancelière allemande ménage le Kremlin et envisage, dès que l'Agence Européenne du Médicament aura donné le feu vert, de passer directement commande auprès des russes.

On connait les relations économiques que l'Allemagne entretient depuis longtemps avec la Russie, notamment le marché automobile florissant qui lie les deux États. De même, le gazoduc Nord Stream 2 pratiquement achevé (94 % réalisés), fournira prochainement 26 millions de foyers allemands en énergie. Le Parlement Européen a demandé à une large majorité l'abandon de ce projet qui place l'Allemagne sous la dépendance énergétique des russes. Peu de chances d'être entendu alors qu'Angela Merkel ne veut rien savoir et reste inflexible...

Dans ces conditions, on voit mal l'Union Européenne s'engager dans une politique de sanctions sévères à l'encontre de la Russie alors que le pays membre le plus puissant entretient avec cette dernière des relations économiques étroites.

De manière plus générale l'Union, dans cette course effrénée à la vaccination, ne verrait pas d'inconvénients majeurs à se tourner vers la Chine ou la Russie.

Quelle victoire ce serait pour ces deux États totalitaires que de venir au secours des membres de l'Europe pour suppléer l'incapacité de nos laboratoires à mettre au point puis à produire en nombre suffisant les doses de vaccin nécessaires à la protection de nos populations. Et quelle humiliation pour nos dirigeants !

Prenons-en le pari, la Hongrie a ouvert la brèche, d'autres n'hésiteront pas à s'y engouffrer. D'ailleurs, le 2 février, la Chancelière allemande Angela Merkel s'est déclarée ouverte à l'idée d'utiliser le vaccin russe : « Tous ceux qui obtiennent une autorisation de l'Agence Européenne du médicament seront absolument bienvenus, j'ai parlé précisément de ce point avec le président russe ». On ne saurait être plus clair...

 

Dans un entretien publié par le journal Le Monde du 3 février, la Présidente de la Commission Européenne, Ursula von der Leyen déclare : « Je suis convaincue que la stratégie de vaccination européenne est la bonne ». Souhaitons que cet exercice d'auto satisfaction ne se heurte pas à la dure réalité.

Peut-être, plutôt que de faire preuve d'un optimisme hasardeux, aurait elle pu s'interroger :

  • sur l'absence de solidarité de l'Union Européenne dans la course aux vaccins,
  • sur la dépendance dans le secteur sanitaire et de la santé de cet immense marché de 450 millions de consommateurs que nos constituons, à l'égard de pays qui ne sont pas nos meilleurs alliés et des conséquences qui découleront fatalement d'une telle situation.

Ne désespérons pas car en tout état de cause, nous pourrons toujours méditer le proverbe qui veut que « faute de grives on mange des merles ». Bon appétit !...

 

 

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