Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Du pain et des convictions.

 

Le week-end dernier, la polémique a enflé à la suite des déclarations à la chaîne de télévision CNews de la ministre de l'Enseignement supérieur de la recherche et de l'innovation, réitérées le dimanche 21 février, au Journal du Dimanche (JDD).

De quoi est-il question ?

Frédérique Vidal ancienne Présidente de l'université de Nice-Sophia-Antipolis a mandaté le CNRS pour effectuer un « étude scientifique » sur « l'islamo-gauchisme » dans les universités.

Bilan : Un tollé de protestations à la Conférence des présidents d'université, un dangereux tangage au sommet de l'État, un appel signé par 800 membres du personnel de l'enseignement supérieur et de la recherche parlant d'un « islamo-gauchisme imaginaire » et demandant « avec force » la démission de la ministre.

Imaginaire ? Dans Charlie Hebdo du 24 février, Riss écrit : « On se demande bien ce que la ministre espérait en confiant au centre de recherche cette mission. Et surtout, pourquoi a-t-elle estimé qu'une étude sur le sujet était nécessaire ? Comme si l'islamo-gauchisme était une rumeur, une fake-news imaginée par quelques complotistes farfelus et dont il fallait vérifier la réalité ».

Et la classe politique n'est pas en reste, à l'image de La France Insoumise qui par son chef de file, a accusé le gouvernement de faire « la police des idées ». Jean Luc Mélenchon jamais en manque d'une outrance, s'adressant aux universitaires, les a mis en garde en ces termes : « Nous ne sommes plus en France, nous sommes en Iran ». De son côté, le député socialiste Boris Vallaud appelait à la « fin de la récré réactionnaire ».

Concernant cette polémique autour des propos de la ministre, le regretté Georges Brassens aurait certainement parlé d'une « tempête dans un bénitier » tellement le sujet paraît marginal eu égard à la situation sanitaire, économique et sociale actuelle. On pourrait dire que ça fleure bon l'entrée en campagne à la veille d'échéances électorales importantes.

On peut s'interroger sur l'opportunité qu'il y avait pour un membre du gouvernement, dans le contexte actuel, à commander la réalisation d'une enquête ayant pour but de distinguer « ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l'opinion ».

La polémique porte sur la proximité qui existerait entre certaines formations situées à l'extrême gauche de l'échiquier politique et les islamistes. Il s'agirait d'une « alliance militante » de fait entre ces milieux.

Le CNRS considère que ce vocable ne correspond à aucune réalité scientifique et que la liberté académique est « indispensable à la démarche scientifique et à l'avancée des connaissances ». Ce faisant, il s'attire une réplique cinglante de l'éditorialiste de Charlie : «La science a beau se réfugier derrière la grandeur de sa mission, elle n'échappe pas aux passions et parfois à l'aveuglement, et le CNRS, comme bien d'autres institutions de son rang, vient de nous en faire une fois de plus la démonstration ». 

Pour le ministre de l'Éducation Nationale Jean-Michel Blanquer, l'islamo-gauchisme constitue un fait social indubitable. Et de prendre en exemple Jean-Luc Mélenchon. Selon le ministre, lorsque le leader des insoumis participe à une manifestation du Collectif Contre l'Islamophobie en France aux côtés d'islamistes radicaux, il tombe dans « l'islamo-gauchisme ».

Il ne me parait pas admissible, dans la France d'aujourd'hui, que d'éminentes personnalités comme la femme de lettres qu'est Élisabeth Badinter ou la philosophe Sylviane Agacinski, voient leurs conférences à l'Université annulées au motif de « fortes pressions » exercées par des groupes appartenant à la mouvance « islamo-gauchiste ». Cherchez-en la raison...

Dans l'entretien donné au JDD, Frédérique Vidal a cité « l'empêchement, dans certains établissements, d'une représentation des Suppliantes d'Eschyle (1) ou de la lecture d'un texte de Charb ».

Doit-on laisser le mal se répandre jusqu'à devenir incontrôlable ? Bien sûr, la frontière est ténue entre le travail de recherche, la libre expression, qui doivent être favorisés et protégés et le militantisme pro-islamiste qui participe à la diffusion d'une idéologie dont on mesure au quotidien la nocivité.

Opposer à cette initiative la nécessité de venir au secours de nombre d'étudiants privés de présentiel dans leur université, en proie à l'angoisse du lendemain et qui ont des difficultés à se nourrir, c'est le reproche qui a été adressé à madame la ministre.

Il est certes de la première des responsabilités de nos gouvernants de protéger la jeunesse étudiante du pays qui paie un lourd tribut à la crise. Les dispositions prises jusqu'à présent sont multiples. Sur le plan financier, un réexamen de leur demande de bourse pour les étudiants dont les revenus familiaux ont connu une baisse notable a été mis en place. Le repas à 1 € dans les restaurants universitaires pour le déjeuner et le dîner a été instauré. Il en est de même, des aides ponctuelles d'urgence délivrées par le Crous et du gel des loyers dans les résidences universitaires. Regardons autour de nous, quel est le pays qui en fait autant ?

De même, pour rompre l'isolement, il a été décidé le retour progressif des cours en présentiel ainsi que la mise en place d'un soutien psychologique des étudiants qui en éprouvent la nécessité. La réouverture prochaine de certains lieux de culture dans lesquels la distanciation et les gestes barrières peuvent être instaurés, répond également à un besoin très fort de notre jeunesse.

Peut-être, faut-il aller plus loin. Partis politiques, associations, syndicats sont dans leur rôle en avançant des propositions et en demandant à l'État de faire plus et mieux.

L'arbre ne peut cacher la forêt et de la même façon, ces débats ne sauraient occulter des comportements qui, bien qu'extrêmement minoritaires, n'ont pas leur place dans nos universités.

Les pouvoirs publics viennent de prononcer la dissolution de Génération Identitaire, fondée en 2012 sur les cendres d'autres groupuscules d'extrême droite dissous dans le passé. Cette organisation (à peine un millier de militants) qui s'est notamment manifestée par des actions violentes visant prioritairement les musulmans, est profondément ancrée dans une frange radicale.

La volonté de la ministre de faire « un état des lieux » sur « l'islamo-gauchisme » qui, selon elle, « gangrène la société dans son ensemble » et en conséquence l'université qui « n'est pas imperméable », participe de la même démarche. A savoir, la lutte contre les propagandistes de la violence, d'où qu'elle vienne.

Conjurer les radicalités qui gangrènent la société en même temps que l'on veille sur les plus fragiles et en l'espèce nos étudiants, illustre une nouvelle fois le « en même temps » cher à notre Président.

Pour le cas où un doute s'instaurerait sur la nécessité de mener dans le même temps ces combats, on se souviendra de ce que disait en 2005 Simone Veil à propos de la Shoah :

« … je veux parler de l'extermination systématique de tous ceux qui, dès leur arrivée au camp devaient disparaître parce qu'ils étaient trop jeunes, trop âgés, parce qu'il n'y avait plus de place pour eux, ou tout simplement parce que l'idéologie nazie avait décidé que tous les juifs devaient être éliminés ».

Depuis, l'histoire nous a appris que les rôles sont interchangeables.

(1) : La pièce du poète grec Eschyle créée en 490 av JC devait être représentée le 25 mars 2019 à la Sorbonne. Sa représentation a été empêchée par différentes associations étudiantes au motif que les acteurs avaient été vus grimés en noir dans une représentation précédente !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
N
le CNRS est peut-être devenu le Centre national de la Recherche Salafiste !!!!
Répondre