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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Bruits de bottes à Rangoon.

Et si le cauchemar recommençait ?

La Birmanie et les dictatures militaires ont une longue histoire commune.

La figure emblématique du pays est le prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi. Celle-ci est âgée de deux ans lorsque le 19 juillet 1947, son père le général Aung San qui a négocié l'indépendance du pays est assassiné.

A compter de 1962, les juntes militaires se succèdent à la tête du pays. En 1988 celle qui désormais est appelée « la Dame de Rangoon » co-fonde le parti de la Ligue Nationale pour la Démocratie (NDL) qui, en 1990, remporte les élections législatives. Les résultats seront annulés par le pouvoir militaire et Aung San Suu Kyi est placée en résidence surveillée. Le Prix Nobel de la Paix lui est attribué en 1991 mais elle ne le recevra que le 16 juin 2012 lorsqu'il lui sera permis de sortir du pays.

Ce n'est qu'à partir de 2011 que la junte cède sa place à un pouvoir civil dirigé par l'un de ses anciens membres. À partir de 2012, la relative libéralisation du pays conduit l'Union Européenne et les États-Unis à lever partiellement l'embargo décrété depuis 1990.

Lors des élections de novembre 2015, la NDL, le parti d'Aung San Suu Kyi, remporte une large victoire (plus de 60 % des voix) sur le parti de l'Union, de la Solidarité et du Développement (USDP) lié aux militaires. Ce parti n'atteindra pas les 5 % des voix.

À la suite de ces élections, Htin Kyaw, un proche de « la dame de Rangoon », devient Président de la République. Aung San Suu Kyi qu'une disposition constitutionnelle empêchait d'être candidate à la présidence (son époux décédé Michael Aris était de nationalité britannique) accède au poste de « Ministre du Conseil d'État », l'équivalent de premier ministre.

Toutefois la Constitution birmane dispose qu'au Parlement, 25 % des sièges de députés sont occupés par des militaires non élus. De même, les postes de ministre de la défense, de l'intérieur et des affaires frontalières, sont nommés par le chef d'état-major des armées.

Cette armée birmane qui a été accusée d'avoir en 2016-2017, commis des massacres, des exécutions sommaires, des viols contre la population musulmane des Rohingya contraignant des centaines de milliers de ses membres à se réfugier au Bangladesh (on parle de plus d'un million de réfugiés).

Du 10 au 12 décembre 2019, Aung San Suu Kyi, en sa qualité de premier ministre et de ministre des affaires étrangères de la Birmanie, a comparu devant la Cour Internationale de Justice de la Haye. Il est reproché à son pays, le crime de Génocide contre la population Rohingya.

La « dame de Rangoon » avait contesté les accusations portées contre l'armée birmane et rejeté les conclusions d'une enquête menée en 2018 par l'ONU.

Dans un billet « L'Honneur perdu de Daw Suu » publié le 14 décembre 2019, je m'étais interrogé sur la marge de manœuvre dont elle disposait dans un pays où la Constitution attribue à l'armée des prérogatives aussi importantes. Je m'interrogeais sur la part de responsabilité d'Aung San Suu Kyi qui à l'étranger est apparue comme ayant trahi ses idéaux alors qu'elle continue à jouir dans son pays, d'une très forte popularité.

Cet engouement s'est confirmé lors des élections législatives du 8 novembre 2020. La formation alliée des militaires, l'USDP, a été laminée par le parti d'Aung San Suu Kyi, et n'a obtenu que 33 des 476 sièges du Parlement.

Désormais, la formation de la « Dame de Rangoon » dispose de 82 % des sièges du Parlement, un véritable triomphe qui passe très mal aux yeux des militaires.

Le général Min Aung Hlaing, le chef des forces armées birmanes, conteste le résultat des élections et demande qu'une enquête soit diligentée sur un processus électoral marqué selon lui, de 8,6 millions de cas de fraude. La commission électorale a qualifié ces accusations « d'absurdes ».

Le 26 janvier dernier, le porte-parole de l'armée, lors d'une conférence de presse, n'a pas exclu la possibilité d'un coup d'État si les doléances des militaires ne sont pas prises en compte.

Contrôles autoroutiers, véhicules blindés et chars repérés sur des lieux stratégiques, telle est la situation dans la capitale birmane. Ce qui amène un organe de presse à s'inquiéter en ces termes : « les fantômes politiques reviennent hanter la Birmanie ».

Face à la demande de recomptage des voix soutenue par les militaires, la « Dame de Rangoon » aurait opposé son refus.

Telle est la situation en cette fin de semaine dans ce pays de l'Asie continentale toujours en prise aux démons d'une junte militaire qui a du mal à accepter la démocratie. Reste à savoir quelle serait l'attitude de l'armée si ses responsables tentaient de renverser le gouvernement en place.

Au fond, rien que du déjà vu il y a à peine quelques jours et on en connait l'épilogue. Mais il faut en convenir, la doctrine « trumpienne », n'a pas fini de faire des émules.

Note du lundi 1er février 2021 :  Ce billet a été rédigé et publié dans l'après-midi de dimanche sur la base d'informations diffusées dans la presse. Ce matin France Inter annonce l'arrestation d'Aung San Suu Kyi et  la prise du pouvoir birman par le chef d'état-major des armées. Cela porte un nom : Un coup d'État. Il reste à espérer que la communauté internationale en tous cas les pays et les institutions attachés à la démocratie condamneront avec fermeté la junte militaire qui s'est emparée du pouvoir en Birmanie.

 

 

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