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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Les maux par les mots.

                                                 Jean-Paul SARTRE (1905/1980)

Les « maux » qui rongent notre société sont parfaitement identifiés. La pandémie du Covid 19 qui outre les drames humains qu'elle provoque, détruit jour après jour notre économie et des dizaines de milliers d'emplois dans le petit commerce comme dans les fleurons de l'industrie. Le terrorisme dont on a vu, lors des manifestations les plus récentes, qu'il ne parvient plus à susciter une réaction consensuelle de la classe politique et de la nation.

Crise sanitaire, crise économique et sociale, multiplication des actes terroristes, tout cela atteint profondément le moral des français. Même si la Bourse a surréagi à l'annonce d'un vaccin qui devrait être commercialisé au cours du premier semestre 2021, on est loin d'un sentiment d'euphorie qui aurait pu saisir les français après cette annonce.

Il y a ceux qui sont par principe opposés à la vaccination et leur nombre n'est pas négligeable (50 % environ) et serait en augmentation. Ceux qui sont sceptiques quant à l'innocuité du vaccin mis au point par Pfizer ou Moderna, ceux qui s'interrogent sur son efficacité ou la durée de l'immunité qu'il procure.

Toutes ces questions sont légitimes et le passé, dans ce domaine, ne pousse pas à faire preuve d'un optimisme béat. Le scandale du sang contaminé est resté bien présent dans l'esprit des français, même s'il n'a rien à voir avec une vaccination.

Et puis, il y a les centaines de nos compatriotes qui décèdent quotidiennement de l'infection par le SARS-CoV-2. Une réalité qui se poursuivra encore longtemps. Jusqu'à ce qu'on soit parvenus à une immunité durable et globale au niveau planétaire. Quand on sait que pour la seule France, avant d'atteindre l'immunité collective, il faudra qu'au moins 60 % de la population ait été vaccinée, on mesure l'ampleur de la tâche !

La conclusion de cela est que nous allons devoir vivre masqués bien après l'administration d'un vaccin, que les gestes barrières devront continuer à être appliqués, la distanciation physique respectée, qu'une autre façon de vivre, se déplacer, travailler, prendre ses loisirs, témoigner son affection, va progressivement émerger et s'imposer.

Nos maux vont encore perdurer...

Les « mots », ce sont aussi ces affichettes manuscrites qui ont fleuri dans la commune de Prades qui, jusqu'en juillet dernier, avait depuis 12 ans pour maire, l'actuel Premier Ministre.

L'une d'entre-elles collée sur différents supports de l'espace public, a retenu mon attention : « La dictature avance plus vite que le virus ». Inutile de trop réfléchir pour identifier le message que les auteurs du texte ont voulu faire passer : au-delà de nos dirigeants, ont été visés nos institutions, le fonctionnement de notre République.

Bien sûr, chacun est libre de remettre en question la gestion de la France et de défendre un autre modèle et tenter de réunir une majorité sur ses choix. C'est la raison même d'un fonctionnement démocratique. Pour dénoncer une situation qui déplait, faire appel comme en la circonstance à la notion de « dictature », revient à ignorer le sens des mots et dès lors, décrédibiliser l'ensemble du discours tenu.

Mais les auteurs du message savent-ils seulement ce que furent les dictatures qui ont au cours de l'histoire, essaimé un peu partout dans le monde ?

Se sont-ils informés des horreurs commises au nom de la dictature nazie qui a sévi en Allemagne à compter de l'accession d'Hitler au pouvoir jusqu'à la victoire des alliés ?

Ont-ils entendu parler des millions de crimes commis sous la dictature de Staline en Union Soviétique ?

Savent-ils qu'au Cambodge, les khmers rouges après avoir accédé au pouvoir ont instauré un régime dictatorial de terreur ayant causé plus de deux millions de morts sur une population d'environ huit millions de personnes ?

Qu'évoque pour eux la dictature franquiste qui a sévi en Espagne de la fin de la guerre civile en avril 1939 à la mort du Caudillo en novembre 1975 ?

Que connaissent-ils de la dictature nationale de Salazar au Portugal, issue d'un coup d'Etat militaire et qui a sévi de 1926 à 1974 ?

Et la dictature en Grèce, imposée par le régime des colonels qui ont gouverné le pays avec à leur tête Papadopoulos de 1967 à 1974, quelles leçons en ont-ils tiré ? Connaissent-ils pour le moins cet épisode tragique du pays qui fut le berceau de la Démocratie ?

On pourrait ainsi multiplier les exemples de l'Afrique à l'Asie en passant par l'Amérique Latine.

Nos institutions permettent mais aussi protègent, l'exercice des libertés fondamentales comme la liberté d'expression, la libre critique de ceux qui nous dirigent ou de leurs opposants, la liberté de se réunir et de manifester. Lorsque celle-ci est menacée, elle est comme nous le vivons actuellement, justement défendue.

Avec une limite, cette liberté doit s'exercer dans le cadre des lois en vigueur. Comment prétendre défendre la liberté de la presse lorsque l'on incendie au cours de la manifestation du 28 novembre un kiosque à journaux ?

Pendant la crise des « gilets jaunes » ces libertés ont été dénaturées et dévoyées dans des comportements qui eux, tombaient sous le coup de la loi. Rappelons-nous des violences, de la profanation de l'Arc de triomphe, des destructions, des injures et des menaces de mort...

La Justice est passée pour sanctionner toutes les fois où c'était nécessaire, qu'il s'agisse de manifestants ou de membres des forces de police. Ce faisant, nos institutions ont parfaitement fonctionné.

Sont-ce là les prémices d'un pays qui avancerait vers la « dictature » ? Ne doit-on pas plutôt y voir le fonctionnement normal d'une démocratie ?

Ces dérapages verbaux sont inacceptables, lorsque de manière allusive on instille l'idée qu'en France, se profile la « dictature ».

En 1964, le philosophe Jean-Paul Sartre publia une autobiographie qui avait pour titre « Les Mots ». Dans cet ouvrage, l'auteur se penche sur son enfance.

C'est l'âge de la découverte de la lecture, de la prise de conscience de la portée des « mots », de leur importance dans les chemins qui mènent à la connaissance, cette armure qui ne cessera de nous accompagner tout au long de notre parcours.

Sartre qui nous explique comment, à travers les mots il a découvert l'existence, illustrait ainsi cette prise de conscience : « J'avais trouvé ma religion : rien ne me parut plus important qu'un livre ».

Laissons le nous guider à travers son enfance : «J'ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute, au milieu des livres... Je ne savais pas encore lire que je les vénérerais ces pierres levées : droites ou penchées, serrées comme des briques sur les rayons de la bibliothèque ou noblement espacées en allées de menhirs, je sentais que la prospérité de notre famille en dépendait... » 

Les auteurs des affichettes placardées dans la bonne ville de Prades, n'ont certainement pas eu la chance d'avoir accès à une bibliothèque semblable à celle du grand-père de Jean Paul Sartre. Tout au contraire, ils nous invitent à nous perdre au fond des impasses de l'obscurantisme et du renoncement.

Si, à l'image du philosophe, ils avaient bénéficié de la même opportunité, ils se seraient certainement appropriés les « mots » et en auraient fait un atout pour mieux affronter leurs maux.

Pour conclure ce billet, je ne pouvais trouver meilleur défenseur des mots, qu'Alain Rey qui vient de nous quitter. Dans son Dictionnaire Culturel (Le Robert), il nous dévoile leur pouvoir :

« Finalement, les mots, maîtres et esclaves de l'être humain, sont seuls à pouvoir dire ses secrets, à trahir son inconscient, à le relier au monde et aux autres hommes, à rompre la solitude.

Je ne suis pas seul. Il y a les mots ! »

                       Osons les mots pour mieux combattre nos maux !

 

                                                 Alain REY (1928/2020)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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