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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Pour solde de tous comptes ?

Erdogan a une fois de plus l'occasion d'éructer et il ne s'en prive pas.

Certes, la Turquie a accueilli 3,7 millions de réfugiés depuis le début de la crise syrienne. Le discours soutenant que sa capacité d'absorption est atteinte et que le pays ne peut aller au-delà, peut parfaitement être entendu.

L'offensive menée depuis décembre dernier par l'armée syrienne appuyée par l'aviation russe dans la région d'Idlib a jeté à ce jour 900 000 réfugiés sur les routes de l'exil. Ce sont pour la plupart, femmes et enfants qui se trouvent plongés dans une très grave crise humanitaire. Au cours du seul mois de février, on annonce la mort de 134 civils dont 44 enfants.

La crainte que cette population ne vienne trouver refuge dans la Turquie voisine est bien fondée. Faut-il pour autant, comme le fait Erdogan, s'en prendre aux pays européens et « libérer » les dizaines de milliers de réfugiés qu'il a accepté d'accueillir en Turquie moyennant finances ?

En effet, en 2016, dans le cadre d'un accord conclu avec l'Union Européenne, la Turquie avait accepté d'endiguer le flot des réfugiés vers l'Europe via la Grèce, moyennant le versement par l'Union Européenne d'une aide qui s'élève à ce jour à 6 milliards d'euros.

Voici qu'aujourd'hui le Raïs de Turquie annonce qu'il ouvre les frontières vers la Grèce, menaçant ainsi les pays européens de voir déferler dans les jours qui viennent 30 000 réfugiés. D'ores et déjà, dès vendredi, des milliers de migrants (13 000 selon l'ONU), se sont dirigés vers les frontières grecque et bulgare.

Comment en est-on arrivé là ?

A partir du moment où l'armée syrienne a reconquis des territoires, les rebelles qui refusaient de se rendre, ont été, le plus souvent par cars, transférés dans la région d'Idlib, au nord-ouest de la Syrie, à la frontière avec la Turquie. Au fur et à mesure de la reconquête des territoires, cette région est devenue la dernière poche échappant au contrôle de l'armée syrienne.

Deux à trois millions de personnes y vivaient, la plupart des civils et leurs familles, mais également des milliers de terroristes djihadistes disséminés dans la population.

Consécutivement aux accords d'Astana signés en mai 2017 par la Turquie, la Russie et l'Iran, 12 postes d'observation turcs avaient été installés en territoire syrien dans la « zone de désescalade » instaurée. Très rapidement, le gouvernement syrien soutenu par les russes, a manifesté son intention de reprendre possession de la région d'Idlib.

En septembre 2018, à Soltchi, la Turquie et la Russie parviennent à un accord créant dans cette région, sur la frontière turque, une « zone démilitarisée » de 15 à 20 kilomètres de large. Cet accord devait éviter un drame humanitaire tel que nous le connaissons et la Turquie s'engageait à éradiquer les groupes de combattants armés se trouvant dans la zone, parmi lesquels des milliers de terroristes.

Or, rien ne fut fait par la Turquie et la région devint une base de repli des combattants de l'Etat Islamique, ainsi que de groupes affiliés à Al-Qaïda (notamment le groupe Hayat Tahrir al-Cham).

Moscou craignant qu'Idlib devienne « un foyer de terrorisme, un petit califat » devant l'inaction de la Turquie dans la lutte contre les djihadistes, a lancé l'offensive en décembre dernier avec l'armée syrienne. Le but étant de permettre à Bachar al-Assad de reprendre le contrôle de la zone et donc d'étendre son influence à l'ensemble du territoire syrien.

Erdogan a menacé la Syrie, déclarant que son pays lancerait une vaste opération militaire pour mettre un terme à l'offensive des forces gouvernementales. C'est dans ce contexte qu'une frappe aérienne syrienne a, jeudi 27 février, tué 33 soldats turcs à Idlib. Seize soldats turcs avaient été tués quelques jours auparavant. En représailles, Erdogan a placé sous le feu de l'aviation turque les cibles syriennes « connues ». Dans le cadre de l'opération "Bouclier du Printemps" lancée par la Turquie, celle-ci a annoncé avoir abattu deux avions.

Cette situation crée un risque fort de confrontation entre la Turquie et la Russie, alliées hier, se faisant face aujourd'hui. Tout cela, alors que dans le froid et la boue, la crise humanitaire s'aggrave. Enfin, la Russie et la Chine bloquent au Conseil de Sécurité, l'organisation d'une aide humanitaire.

Il y a urgence à trouver une solution car, « on n'est pas à l'abri d'un dérapage » comme l'indiquent certains.

En Europe, l'Allemagne et la France insistent sur la nécessité de trouver « une solution politique ».

Ankara souhaite conserver dans la zone démilitarisée ses 12 postes d'observation alors que coté syrien et russe, on veut terminer la besogne.

Les prochains pourparlers permettront-ils de sortir de l'impasse ?

Ce n'est pas en insultant les dirigeants européens (Erdogan jugeant le Président français en état de « mort cérébrale » avant le sommet de l'OTAN en novembre dernier) ou en menaçant de lâcher les vannes de la venue des réfugiés accueillis en Turquie, que le Raïs turc oeuvrera à un rétablissement de la paix dans la région.

Pas davantage, Poutine et Bachar al-Assad ne convaincront personne que leur but unique est l'éradication du terrorisme djihadiste dans la région d'Idlib. En s'emparant de cette ultime poche de résistance, le régime syrien sera parvenu au but qu'il poursuit depuis presque 10 ans, asservir son peuple et mater dans le sang toute forme de contestation.

Peut-être alors, à l'image de la Turquie, la Syrie souhaitera-t-elle intégrer la structure de l'OTAN et frappera-t-elle à la porte de l'Union Européenne ?

 

 

 

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