Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Kafka chez les Ibères.

 

Si Franz Kafka n'était pas né à Prague, il aurait pu voir le jour quelque part entre Barcelone et Madrid. Son œuvre, caractérisée par l'incompréhensible et l'absurde, a peut-être inspiré les acteurs de la dramaturgie catalano-madrilène à laquelle nous assistons depuis octobre 2017.

Tout a commencé lors du déroulement du referendum du 1er octobre organisé cette année-là par le gouvernement local de la Generalitat de Catalunya alors présidé par Carles Puigdemont leader de la formation indépendantiste de centre-droit, Junts per Catalunya (Ensemble pour la Catalogne).

Ce jour là, une répression aussi absurde que violente s'abattit sur les participants à cet acte démocratique. Le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, leader du Parti Populaire (droite), incapable de nouer un dialogue avec les autorités catalanes, avait pensé mater les velléités indépendantistes par la force.

La suite, démontra l'importance de l'erreur commise par le Premier Ministre espagnol. Le 27 octobre 2017 , le Parlement catalan, proclama l'indépendance de la Catalogne. La réaction de Madrid fut la même, on réprime et on emprisonne. Comme au bon vieux temps du franquisme... Ah, les mauvaises habitudes !

Carles Puigdemont et d'autres dirigeants indépendantistes se réfugièrent à Bruxelles pour échapper à leur arrestation, d'autres furent arrêtés et emprisonnés à Madrid. Parmi eux, Oriol Junqueras, dirigeant d'Esquerra Republicana Catalana (la Gauche Républicaine Catalane), la formation indépendantiste de centre-gauche, également numéro deux du gouvernement catalan.

Les dirigeants catalanistes arrêtés furent jugés en 2019. Le 14 octobre, les sentences tombèrent, Oriol Junqueras était condamné à 13 ans d'emprisonnement pour « sédition » et maintenu en détention.

Lors des européennes de mai 2019, Puigdemont et Junqueras se retrouvèrent tête de liste de leurs formations respectives et furent élus députés européens.

Qu'allait-il se passer alors que l'un était réfugié à Bruxelles et l'autre incarcéré à Madrid ?

Les contentieux se sont multipliés, devant la Cour Suprême espagnole ainsi que devant la Cour de Justice de l'Union Européenne.

Le dénouement de ce psychodrame est intervenu le lundi 13 janvier à Strasbourg devant le Parlement Européen. Carles Puigdemont et Toni Comin, ancien ministre de la Generalitat également réfugié à Bruxelles, occupaient leur siège de député européen alors que celui qui aurait du être occupé par Oriol Junqueras restait désespérément vide.

Et pourtant, le 19 décembre dernier, la Cour de Justice de l'Union Européenne, avait considéré qu'Oriol Junqueras, en tant qu'euro-député, disposait d'une immunité dès la proclamation des résultats de l'élection. Dans les rangs indépendantistes on criait victoire. Madrid n'avait plus qu'à libérer l'euro-député et celui-ci, prendre le chemin de Strasbourg pour participer à la rentrée du Parlement Européen. C'est cette même décision qui a bénéficié à Puigdemont et à Tomin et leur a permis d'être présents à la rentrée parlementaire.

Mais c'était sans compter sur la Cour Suprême espagnole, celle-là même qui a jugé et condamné les indépendantistes catalans. Celle-ci vient de considérer que la condamnation en octobre dernier d'Oriol Junqueras à 13 ans de prison, impliquait l'exclusion du statut de député européen !

Est-il utile de rappeler que ce statut venait de lui être reconnu par la juridiction européenne... « dès la proclamation des résultats » ? !

Mes professeurs m'avaient à l'époque appris que les décisions des juridictions internationales, s'imposent aux juridictions du pays adhérant qui se doit donc de les respecter. En Espagne, il en va manifestement autrement !!

Il est par ailleurs permis de s'interroger sur la situation de Puigdemont et Tomin qui pourraient se voir, sur la base de la position de la juridiction espagnole, privés prochainement de leur mandat de député européen.

C'est ainsi que l'on bafoue les décisions des peuples et que l'on détricote, sans avoir l'air d'y toucher, la démocratie. Un beau sujet pour les prochaines épreuves de philosophie du baccalauréat.

Tous ces événements au moment où, en Espagne, le nouveau gouvernement du socialiste Pedro Sanchez est installé dans la douleur...

Depuis ce fameux referendum du 1er octobre 2017, bien des changements sont intervenus au sommet de l'Etat espagnol. En juin 2018, lors du vote d'une motion de censure déposée par les socialistes, Rajoy mis en minorité démissionne de son poste de Premier Ministre et est remplacé par le socialiste Pedro Sanchez. Celui-ci, quelques mois plus tard, sans majorité au Congrès, est dans l'impossibilité de faire adopter le budget de l'Etat pour 2019.

Il dissout alors le Congrès des députés et des législatives ont lieu le 28 avril 2019. Si la formation de Pedro Sanchez, le PSOE, arriva en tête, il n'obtint pas la majorité absolue ce qui obligea le premier ministre à se tourner vers sa gauche à savoir, le Parti de la gauche radicale, Podemos de Pablo Iglesias. Ce dernier refusa toute alliance et Sanchez fut alors contraint d'organiser de nouvelles élections législatives qui eurent lieu le 10 novembre dernier.

Le résultat ne fut guère différent. Les socialistes et Podemos perdirent des sièges alors que le Parti Populaire qui avait subi en avril une véritable déroute se redressa au détriment de l'autre formation de droite, Ciudadanos. Toutefois, si le PSOE avait à nouveau remporté le scrutin, il ne pouvait, sans majorité, gouverner seul. Aucune alliance n'étant possible à sa droite, il se tourna une nouvelle fois vers son vieil ennemi de gauche, Podemos.

Ce qui en avril n'avait pas été possible lors de négociations qui durèrent plusieurs semaines, devint subitement possible après quelques heures de discussions à l'automne dernier et les deux formations signèrent un accord de gouvernement.

Il restait, que les deux partis réunis représentaient 155 élus dans un Congrès en comprenant 350. Le compte n'y était pas. Il y était encore moins à droite puisque les deux formations qui la composent alliées à l'extrême droite Vox, ne pouvaient prétendre gouverner ayant totalisé ensemble,150 sièges.

Sanchez qui a certainement pris des cours de patience et de diplomatie, parvint à obtenir l'accord de plusieurs petites formations politiques dont le PNV (Parti nationaliste basque de centre-droit). Mais le compte n'y était toujours pas.

Il lui fallut donc obtenir l'abstention, lors du vote d'investiture, de l'une des deux formations indépendantistes catalanes, la Gauche Républicaine Catalane, la formation de Junqueras. Ce faisant, il ouvrait une brèche entre la gauche indépendantiste et l'aile droite du mouvement, la formation de Carles Puigdemont, Ensemble pour la Catalogne. Cette dernière ayant fait le choix du choc frontal avec le pouvoir madrilène, quel qu'il soit. Un choix risqué...

Cette investiture intervenue mardi 7 janvier, s'est jouée à deux voix : 167 oui, 165 non et 18 abstentions parmi lesquelles les 13 élus d'ERC. Les dix députés d'Ensemble pour la Catalogne, joignant leurs voix à la droite et à l'extrême droite espagnole ont voté contre l'investiture.

Le programme du nouveau gouvernement Sanchez, prévoit la hausse du salaire minimum jusqu'à représenter 60 % du salaire moyen, la réindexation des retraites sur l'inflation, l'augmentation des impôts pour les contribuables gagnant plus de 130 000 euros par an ainsi que d'importantes réformes sociétales.

Concernant l'accord conclu entre le PSOE et la Gauche Républicaine Catalane, il prévoit la mise en place d'un processus de négociation entre le gouvernement de Madrid et celui de Barcelone. On peut toutefois s'interroger sur ce qui peut être négocié entre les deux instances, tellement leurs points de vue sont divergents sur l'unité de l'Espagne.

Petite difficulté supplémentaire, Quim Torra, actuel Président de la Generalitat qui a succédé à Carles Puigdemont  après le départ de ce dernier pour Bruxelles, a été condamné par la Commission Electorale, en décembre dernier, à 18 mois d'inéligibilité pour « désobéissance ». Il lui est reproché d'avoir refusé de retirer les symboles indépendantistes des édifices publics avant les élections législatives d'avril dernier ! Il conserve toutefois ses fonctions jusqu'à ce que la Cour Suprême qu'il a saisie, ait statué. Il serait surprenant que ce recours aboutisse au résultat recherché. A défaut, on pourrait aller vers de nouvelles élections en Catalogne !

Côté opposition au gouvernement Sanchez, on n'a pas de mots assez durs contre le Premier Ministre. Dès dimanche, droite et extrême droite ont organisé des manifestations dans les plus grandes villes du pays. Etait dénoncée, « la menace » que représenterait « ce gouvernement de communistes et de séparatistes », présidé par Pedro Sanchez.

Comme on le voit, en Espagne on ne fait pas dans la nuance et Sanchez aurait pu rêver d'un contexte plus serein pour la mise en place de son second gouvernement.

Si dans l'ensemble, depuis 1975 et la mort de Franco le pays a progressé, en matière de respect des règles démocratiques, il y a encore une marge de progrès.

Quant au chef du Gouvernement, sa tâche s'annonce particulièrement ardue. Un peu les travaux d'Hercule à la mode espagnole.

Mais pour quel résultat ? Affaire à suivre...

 

                                                     Franz Kafka

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
I
très Interesant
Répondre