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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

L'Honneur perdu de Daw Suu.

Aung San Suu Kyi a comparu du mardi 10 au jeudi 12 décembre à La Haye devant la Cour Internationale de Justice (CIJ) pour répondre au nom de son pays la Birmanie dont elle est chef du gouvernement et ministre des affaires étrangères, du crime de Génocide commis contre les Rohingya.

Entendons-nous bien, ce crime ne lui est pas attribué à titre personnel, ce qui lui aurait valu, si tel était le cas, de comparaître également à La Haye mais devant une autre juridiction, la Cour Pénale Internationale (CPI).

Notons toutefois que début novembre la Procureure prés la CPI a ouvert une enquête visant les auteurs de crimes contre l'Humanité commis à l'encontre des Rohingya, cette minorité musulmane qui vivait en Birmanie dans l'Etat de l'Arakan. On peut donc imaginer qu'à l'avenir, des poursuites devant la CPI pourraient être exercées à l'encontre de responsables de l'armée birmane.

Qui pouvait imaginer en 1991 une telle situation lorsque la Dame de Rangoon alors en résidence surveillée, se vit attribuer le Prix Nobel de la Paix !

Il faut dire que celle qui fût longtemps la bête noire de l'armée birmane, passa une quinzaine d'années en résidence surveillée. Elle est désormais à la tête d'un pays dont l'armée est accusée d'avoir, en 20016-2017, commis des massacres, exécutions sommaires, viols, perpétrés contre la population musulmane des Rohingya (mon Billet d'Humeur du 14 septembre 2018 : Aung San Suu Kyi, Michelle Bachelet, le peuple Rohingya à la croisée des chemins).

Selon l'ONU, une dizaine de milliers d'entre eux auraient été tués alors que plus de 700 000 étaient contraints de se réfugier au Bangladesh voisin pour fuir les massacres.

La Gambie, un pays d'Afrique à majorité musulmane, a saisi la CIJ au nom de l'Organisation de la Coopération Islamique qui regroupe 57 pays.

Aung San Suu Kyi a toujours contesté les accusations portées contre l'armée birmane. Ainsi, elle a rejeté les conclusions d'une enquête menée en 2018 par l'ONU.

Alors que la procédure sur le fond prendra certainement plusieurs années, la Gambie demande aux 17 Juges de prendre dès à présent des mesures d'urgence visant à contraindre la Birmanie à cesser tout acte de Génocide et à ne pas détruire les preuves des crimes commis.

Si la Lady a considéré que « l'intention génocidaire ne peut être la seule hypothèse », si elle évoque la « complexité » du conflit, elle admet que celui-ci a entraîné « la souffrance de plusieurs innocents ». Elle n'exclut pas davantage que « la force disproportionnée ait été utilisée par des membres des forces de défense, dans certains cas au mépris du droit international humanitaire ».

Reste à savoir la marge de manœuvre dont Aung San Suu Kyi dispose dans un pays qui, de 1962 à 2012, a connu une dictature militaire et alors même que la junte dispose à ce jour de postes importants. Ainsi, les ministères de la Défense, des Frontières et de l'Intérieur sont attribués automatiquement par la Constitution à trois généraux !

Si à l'étranger la « dame de Rangoon » apparaît comme une dirigeante qui a trahi ses idéaux, si on ne peut exclure de sa part des calculs électoraux alors même qu'en Birmanie les législatives auront lieu en 2020, elle continue à bénéficier dans le pays qu'elle dirige, d'une très forte popularité.

La lutte entre le parti d'Aung San Suu Kyi, la Ligue Nationale pour la Démocratie qui avait triomphé en 2015 et la formation politique des militaires, le Parti de la solidarité et du développement de l'Union s'annonce cette fois plus serrée.

A l'ouverture du procès devant la CIJ, le ministre de la Justice de Gambie qui porte le dossier contre la Birmanie assurait : « Quand on déshumanise les autres, on se déshumanise soi-même ».

Selon la plaignante qui se fonde sur le travail effectué par les rapports des Nations-Unies pour qui des actes de génocide ont été perpétrés, l'Etat birman veut détruire les Rohingya, du seul fait de leur existence.

Le ministre de la Justice de Gambie a déclaré être venu à La Haye pour « réveiller la conscience du monde ».

Aung San Suu Kyi dont le père Aung San figure de la lutte pour l'indépendance birmane fut assassiné alors qu'elle n'avait que deux ans, a évoqué un « conflit armé interne » opposant des séparatistes bouddhistes de l'Etat de l'Arakan en lutte contre le pouvoir birman et contre les Rohingya qui vivent majoritairement dans cet Etat. Elle nie qu'il y ait eu Génocide mais seulement une opération militaire destinée à mettre un terme à une insurrection.

A l'issue de leur délibéré, dans quelques semaines, les Juges de la CIJ devront se prononcer sur les demandes de la Gambie visant dès à présent, à faire cesser les actes de Génocide.

Nul doute que la décision à intervenir permettra de savoir si celle qui occupait le poste de Premier Ministre de la Birmanie en 2016-2017, « daw Suu », a ou non usurpé ce prix Nobel de la Paix qui lui a été attribué en 1991 mais qui, en raison de sa situation de prisonnière de la junte, n'a pu lui être remis que le 16 juin 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

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N
Il est surprenant que ce sans doute très démocrate ministre de la justice de Gambie n'ait pas saisi la C.I.J. des génocides perpétrés par la Syrie , l'Etat islamique etc
il ne devait certainement pas en être informé, on ne peut pas tout savoir!!!!!!!!
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