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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

« Le Sens du réel »

 

J'ai ressorti un ouvrage de ma bibliothèque d'étudiant. Il fut écrit en 1971 par un intellectuel communiste, Pierre Juquin qui, en 1968, fut méchamment surnommé par certains, « le défenestré de Nanterre ». Référence à un événement malheureux qui s'était produit à l'occasion des événements de mai 68 à l'Université de Nanterre où Pierre Juquin, membre de la direction du Parti Communiste Français souhaitait animer une réunion....

Dans cet ouvrage, Juquin y traite des progrès réalisés par les régimes communistes, il présente son parti comme « une académie des sciences politiques à l'échelle de notre temps ».

Ce brillant universitaire, concernant l'apport du PCF à la société française de l'après 68, y écrit : « Le parti communiste a créé le maximum de conditions qui lui permettent, à chaque moment, de décider avec le plus d'objectivité donc de certitude ».

Quarante huit ans après, on mesure combien la chute du mur de Berlin dont on vient de célébrer le 30ième anniversaire, ainsi que le score réalisé par le PCF lors des dernières élections européennes (2,49 %), relativisent l'analyse qui fut, à l'époque, celles des communistes français. Ceux-ci jugèrent, « globalement positif » le bilan des régimes socialistes. On sait ce qu'il advint ensuite....

De même, on reste dubitatif sur les appréciations relatives au niveau d' «objectivité » et de « certitude » qui caratérisèrent à l'époque les « décisions » que prit le « parti de la classe ouvrière».

Le sens des réalités...

C'est la richesse et le caractère contradictoire de différents événements qui ont marqué le précédent week-end, qui m'ont amené à m'interroger sur ces « certitudes » d'un jour démenties aussitôt par la « réalité » du lendemain dans un monde toujours plus complexe et en perpétuel mouvement.

Ainsi, le vendredi 8 novembre, après 580 jours de détention, Lula, l'ancien Présdent du Brésil, est sorti libre du siège de la police fédérale de Curitiba (Brésil). Cette libération de celui qui permit à des dizaines de millions de brésiliens de sortir de la misère, a réjoui nombre de ses compatriotes et bien au-delà. Une jeune parlementaire membre de l'opposition au gouvernement d'extrême droite actuellement en place, s'enthousiasmait de voir Lula libre et allait même jusquà rêver d'un « printemps sud-américain ».

Il est vrai que, quelques jours plus-tôt, les argentins avaient infilgé une sévère défaite au Président de la droite ultra-libérale Mauricio Macri alors qu'au Chili, le Président Sebastian Piňera de la même sensibilité, est très sérieusement contesté par la foule des manifestants qui défilent toujours dans les rues de Santiago. Des manifestants qui réclament le départ de leur Président.

Las ! Alors que certains, à l'image de cette parlementaire, se mettaient à rêver sur ce « printemps » qui s'installe dans l'hémisphère sud,, voilà qu'en ce 11 novembre, en Bolivie, le Président Evo Morales qui déclarait avoir été réélu dès le premier tour de la présidentielle, a été contraint à la démission. La Constitution d'un pays doit être respectée par ses citoyens, y compris par le premier d'entre-eux. En Amérique Latine, comme ailleurs. En Bolivie, Evo Morales ne l'avait apparemment pas compris.

Le rêve et la réalité...

Sept mois après le précédent scrutin, les résultats des législatives chez nos voisins espagnols, ne manquent pas de nous interpeller et permettent de s'interroger sur le « sens du réel » de certains  de leurs dirigeants.

Au vu des résultats du 10 novembre, si en apparence, la situation n'a guère évolué (les socialistes bien que perdant 3 sièges de députés restent en tête avec 28 % des suffrages et 120 élus), la difficulté à constituer un gouvernement stable, sera au moins égale à celle d'avant le vote.

A y regarder de plus près, les résultats du dernier scrutin pourraient même compliquer la tâche de l'actuel Premier Ministre.

A droite, le Parti Populaire, en augmentation par rapport à avril dernier (20,80 % des suffrages), est en seconde position avec 88 élus soit, 12 députés de plus qu'en avril dernier.

Suivi de la formation d'extrême-droite Vox, qui fait plus que doubler son score (15,09 % des suffrages) et obtient 52 élus soit 28 députés de plus qu'en avril dernier !

Podemos, la formation de la gauche radicale avec à sa tête Pablo Iglesias, arrive en quatrième position avec 35 élus, en baisse par rapport au scrutin d'avril dernier (12,82 % des suffrages et 5 députés de moins).

Le soir même du scrutin, Pablo Iglesias s'est déclaré prêt à discuter « dès demain », avec les socialistes pour parvenir à constituer un gouvernement qui serait.... minoritaire, la majorité absolue étant de 176 députés.

Au cours de l'été dernier, le leader de Podemos avait refusé la main tendue du Premier Ministre socialiste Pedro Sanchez, pour la participation à un gouvernement d'union. Tout à coup, ce qui n'était pas possible hier est devenu possible quarante huit heures après le vote !

Le rêve et la réalité...

Quant à Pedro Sanchez, Dimanche soir, il insistait sur la « victoire » du PSOE et se déclarait certain que désormais, la possibilité de constituer un gouvernement stable existe. Or, son enthousiasme se heurte à la « réalité » des chiffres : 42,68 % des suffrages pour les formations de droite, 40,82 % pour les formations de gauche !

Cherchez l'erreur...

Enfin, les résultats de ces élections en Catalogne, doivent également amener à la prudence. Ce qui n'a pas toujours été le cas en cette soirée électorale...

Certes, les formations indépendantistes ont accru le nombre de leurs députés au Parlement espagnol : ERC obtient 13 élus (-2), Junts la formation du Président Puigdemont en obtient 8 (+1), la CUP l'extrême gauche indépendantiste aura 2 élus et fera son entrée au Congrès.

Il n'empêche que le score global des 3 formations indépendantistes, est de 42,6 % des votants... ce qui ne constitue pas une majorité. Les déclarations de victoire des dirigeants de ces formations doivent donc être confrontées à la réalité des chiffres.

Une fois de plus, le rêve et la réalité...

Conclusion d'un week-end particulièrement riche en événements : Nombre de nos dirigeants seraient bien inspirés de renouer avec le sens des réalités. Il n'est pas certain que la (re)lecture de l'ouvrage de Pierre Juquin puisse les y aider.

Peut-être pourraient-ils s'inspirer de la réflexion de Jean-Paul Sartre dans « Les carnets de la drôle de guerre ». L'auteur parle d'un passage du Journal de Gide sur le « peu de réalité ». Gide y explique qu'il y a un sens du réel qui lui manque et que les événements les plus importants lui semblent des mascarades.

Et Jean-Paul Sartre d'ajouter : « Je suis tel et de là vient sans doute ma frivolité ».

Frivolité, un qualificatif qui conviendrait tout à fait à nombre de dirigeants.

 

 

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