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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

De Malik Oussekine à Rémi Fraisse et à Steve, quels enseignements ?

L'histoire de notre pays est jalonnée de drames humains.

A l'occasion du décès à Nantes de Steve, la tentation est grande d'évoquer la disparition de Malik Oussekine dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, rue Monsieur le Prince à Paris. Il est mort sous les coups de pied et de matraque portés par 3 CRS appartenant aux « voltigeurs », brigades motorisées de la police. C'était à l'occasion du mouvement de protestation contre la loi Devaquet.

Plus près de nous, on ne peut manquer de se souvenir de Rémi Fraisse tombé à Sivens (Tarn) le 26 octobre 2014, victime d'une grenade offensive tirée par un gendarme qui bénéficiera d'un non-lieu. Il était alors question de s'opposer au projet de création d'un barrage sur le Tescou.

On pourrait aussi remonter le temps et évoquer les morts du métro Charonne. Souvenons-nous, à l'occasion d'une manifestation organisée par le Parti Communiste Français contre l'OAS et la guerre d'Algérie, les manifestants furent bloqués contre les grilles du métro Charonne et les violences policières firent 9 morts et plus de 250 blessés. Les forces de police étaient placées sous les ordres du Préfet Papon de sinistre mémoire.

Pourquoi également ne pas évoquer les algériens jetés dans la Seine et morts lors de la répression policière d'une manifestation le 17 octobre 1961. A l'appel de la Fédération de France du FLN, les algériens manifestaient à Paris pour le droit à l'indépendance de leur patrie. Benjamin Stora a cité le chiffre de 100 décès correspondant au nombre d'algériens tombés à cette date. Il cite également le chiffre de 300 morts sur une période de 3 mois. Il faudra attendre 2012 pour que le Président Hollande reconnaisse au nom de la France la « sanglante répression » qui s'abattit contre ceux qui manifestaient pour l'indépendance de leur pays.

A contrario, il convient de souligner qu'au cours des multiples manifestations qui se sont déroulées un peu partout en France à l'appel des « gilets jaunes », malgré la forte présence de black-blocs à leurs cotés, les violences n'ont à aucun moment provoqué la mort d'un des protagonistes. Même, si des deux cotés, on peut déplorer un nombre important de blessés.

L'actualité et la découverte du corps de Steve disparu le 21 juin dernier à l'occasion de la fête de la musique à Nantes, devraient nous amener à revoir notre « vivre ensemble » pour qu'à l'avenir, autant que faire se peut, des tels drames ne se reproduisent pas.

De ces douloureux événements, trois axes forts, peuvent à mon sens, être dégagés.

En premier lieu, en Démocratie, ce qui est présentement le cas faut-il le rappeler, la Loi doit être respectée et appliquée. Ne pas s'y plier, c'est ouvrir la porte à toutes les dérives. Ce, même si on la considère injuste ou trop contraignante.

Concernant la nuit de la fête de la musique à Nantes, une dérogation bienveillante avait permis aux fêtards de prolonger jusqu'à 4 heures du matin leur soirée Techno. Lorsque qu'à 4 heures et quart une patrouille de la BAC se présente et demande qu'il soit mis un terme aux festivités, 9 DJ sur 10 vont obtempérer. L'un d'eux ne le fera pas. Pourquoi ? Une certitude, si la consigne on ne peut plus légitime, avait été respectée, il n'y aurait pas eu intervention des forces de police. Donc pas de polémique.

En second lieu, à l'occasion d'une manifestation, quelle qu'en soit sa nature, il appartient aux collectivités concernées (Etat, Région, Département, Commune...) de prendre toutes les dispositions pour que les risques multiples encourus soient les plus limités possible. 

En l'espèce, il apparaît que sur une partie de l'espace affecté à cette fête, il n'existait pas de protection permettant d'éviter une éventuelle chute dans la Loire. Le fait que durant plus de 10 ans une telle manifestation se soit déroulée sans incident majeur, ne saurait garantir qu'aucun accident grave n'est susceptible de se produire. Si à Nantes, une dizaine de jeunes gens se sont retrouvés dans la Loire, il faut souligner qu'au moins 3 d'entre eux ont chuté avant l'intervention de la police.

Enfin, il appartient aux forces chargées de faire respecter l'ordre public, de proportionner leur mode d'action à l'importance du désordre auquel elles doivent mettre un terme, à l'urgence qu'il y a à intervenir, aux risques encourus tant par les manifestants que par les policiers.

Dans ce cas précis, les membres de la BAC au nombre de 15, n'avaient-ils pas d'autre solution que d'intervenir, alors qu'ils se retrouvaient devant des jeunes gens beaucoup plus nombreux, dont certains pouvaient être alcoolisés, avoir absorbé des substances toxiques et en tous cas surexcités ? Dès le départ il était donc évident que les policiers allaient très vite être débordés.

Leur intervention a provoqué les réactions d'hostilité et de violence des fêtards auxquelles les policiers ont répliqué par des jets de gaz lacrymogène, l'utilisation de grenades de désencerclement et de lanceurs de balles de défense (LBD). Ces moyens étaient-ils adaptés au contexte ?

Trouver la bonne riposte n'est certainement pas simple, mais la période actuelle, marquée par un regain très fort de la violence, implique qu'une réflexion soit menée pour que l'on puisse travailler à une indispensable réconciliation entre les forces de l'Ordre au service de la République et la jeunesse de notre pays.

Qui contesterait qu'à l'heure actuelle, le lien s'est sérieusement distendu ?

Bien sûr, ce rappel de principes qui ne devraient susciter aucune discussion, ne saurait sous-estimer la difficulté de l'enquête judiciaire qui démarre. Espérons qu'elle permettra d'apporter des réponses aux questions que tout un chacun peut se poser : Quand s'est produite la chute de Steve dans la Loire ? Avant l'intervention des policiers de la BAC ? Pendant cette intervention ? Dans quelles conditions la chute a-t-elle eu lieu ? La victime a-t-elle été poussée ? A-t-elle paniqué ? Pouvait-elle être secourue ? Steve aurait-il été frappé avant de tomber dans le fleuve ? Si oui, par qui ?

Il faut souhaiter que les témoignages qui seront recueillis, l'autopsie du corps de la victime, les différentes expertises, permettent de faire toute la lumière sur le déroulement des faits ayant abouti à ce drame . De manière à déterminer, s'il y a lieu, toutes les responsabilités. Il en va de la pérennité de nos institutions, du sentiment, pour chacun d'entre nous, d'appartenir à une seule et même communauté.              L'instruction judiciaire, est le cadre adapté pour que, dans le respect du contradictoire, une enquête impartiale soit menée.

Demain Samedi, un rassemblement est organisé notamment à Nantes en hommage à la jeune victime. Il est légitime et respectable que la famille, les proches de Steve et au-delà, souhaitent se retrouver pour partager leur peine et leur émotion face à l'issue que l'on redoutait. Il reste à souhaiter, alors que les investigations ne font que débuter, que cette manifestation ne soit pas l'occasion, d'instruire le procès de tel élu, tel ministre, telle institution.

Si tel était le cas, cela n'aiderait pas à la manifestation de la vérité mais pourrait en réjouir certains, à l'image du leader de La France Insoumise.

Ainsi, dès le 31 juillet, le phare de l'avenir du pays que monsieur Mélenchon ambitionne d'être, n'hésitait pas à trancher : « Tenez-le-vous pour dit. Il n'y aura pas de justice rendue ».

Ressaisissez-vous monsieur Mélenchon, nous sommes en France pas au Vénézuela !

P.S. Au moment de publier ces lignes, j'apprends que par arrêté préfectoral, la manifestation prévue au centre de Nantes est interdite en raison des risques évidents de violences et de dégradations. Il reste à trouver le moyen de permettre à ceux qui souhaitent exprimer leur solidarité avec la jeune victime, de le faire.      Bien sûr, dans le recueillement et la dignité.

 

 

 

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N
J'allais me précipiter à la lecture de la première partie de l'article pour dire que comparaison n'est pas raison .
Malik Oussekine qui voulait entrer dans les ordres et être jésuite a été tabassé sans aucune raison . Les policiers responsables ont été condamnés aux Assises certes à des peines avec sursis mais c'est le peuple qui en a décidé .
Le gendarme qui ne visait pas spécialement Rémi Fraisse et qui avec ses camarades faisait front a des hordes violentes qui se mêlaient de ce qui ne les regardait pas en voulant s'opposer à un projet nécessaire aux agriculteurs et valide par le conseil départemental du Tarn a bénéficié d'un non lieu confirmé par la Cour de Cassation.
L'avocat de Fraisse faisant le lien avec la mort de Steve parle de deux crimes d'Etat. Que font les Bâtonniers pour nous épargner de telles énormités ?
Mais je suis absolument d'accord avec les trois axes dégages dans billet qui sont comme toujours la voie du Droit et de la sagesse.
La lecture du Figaro m'a appris que depuis 20 ans , 6 personnes sont mortes aux abords du site dont 3en tombant dans la Loire et en 2010 2 jeunes sont morts de noyades sur la rive opposée . Je pense que la responsabilité de la maire qui n'a fait placer à cet endroit des barrières provisoires qu'après la disparition de Steve qui a par ailleurs eu l'imprudence de s'y éterniser alors qu'il ne savait pas nager , est grande.
Fin 2018 des étudiants avaient lancé une campagne de sensibilisation sur le thème: " une bonne soirée , ce n'est pas la Loire a boire" !
L'opposition municipale qualifie les lieux de " degré zéro de la sécurisation" sur ce quai .
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J
Vaste programme. Mais, pour le mettre en oeuvre, quelle difficulté ! Le mur de l'Atlantique. Amitiés.
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J
Merci Nemo pour ces précisions. Amitiés.
G
Trés bien Jean-José. Je rajouterai seulement qu'il devient URGENT que l'Education Nationale se ressaisisse et inculte à nos jeunes dès, le Primaire, la notion du Civisme et son pourquoi. Ainsi elle ouvrira la porte au respect des Institutions, à la pratique du Vivre Ensemble et peut être aussi à l'éducation de leurs Parents souvent issus de la génération " 68 arde" qui clamait : Il est Interdire d'interdire.
Dernier point: Le Service Militaire était une bonne école de rattrapage.
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