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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

« Tout est pardonné » ou la Russie par la grande porte.

 

Créé en 1949, le Conseil de l'Europe siège à Strasbourg et est composé de 47 membres représentant environ 820 millions de citoyens (voir photo d'en-tête).

Parmi ses membres, aux cotés des Etats composant l'Union Européenne, on relève la Turquie qui a adhéré en 1950, la Russie depuis février 1996, l'Ukraine depuis novembre 1995, mais aussi, l'Azerbaïdjan, la Géorgie etc...

Ce qui réunit les membres du Conseil de l'Europe, c'est leur adhésion à des normes juridiques communes en matière de protection des droits de l'homme, leur volonté de promouvoir le renforcement de la démocratie et de la prééminence du droit en Europe.

Les deux organes principaux du Conseil de l'Europe sont le Comité des Ministres et l'Assemblée parlementaire.

Le premier est composé des ministres des Affaires Etrangères des Etats membres et se réunit une fois par an.

L'Assemblée, est composée de 324 membres élus ou désignés par les Parlements nationaux. Elle se réunit 4 fois par an durant une semaine. L'Assemblée siège au Palais de l'Europe à Strasbourg.

L'Assemblée Parlementaire du Conseil tient sa session d'été à compter du Lundi 24 juin.

Enfin, les piliers essentiels du Conseil de l'Europe sont constitués par la Convention Européenne des Droits de l'Homme et la Cour Européenne des Droits de l'Homme chargée de la mettre en œuvre.

Malgré son adhésion en 1995, les violations des Droits de l'Homme sont régulières en Russie. Le « tsar » Poutine ne supporte aucune opposition et ses opposants ou les journalistes un peu trop curieux, sont victimes d'une dure répression allant même, pour certains, jusqu'à leur assassinat.

Malheureusement, ce pays n'est pas le seul membre du Conseil dans lequel la répression s'abat sur toute forme de contestation. Nous ne connaissons que trop, la situation en Turquie où des milliers d'opposants au « raïs » Erdogan croupissent dans les prisons d'Etat, où des dizaines de milliers de fonctionnaires, de magistrats, ont été radiés de leurs fonctions au motif qu'ils auraient pu participer à la « tentative de Coup d'Etat » du 15 juillet 2016 !

On peut également être surpris de retrouver au Conseil de l'Europe l'Azerbaïdjan de Ilham Aliyev. Celui-ci a succédé à son père en qualité de Président de la République et a nommé son épouse Vice-Présidente. On n'est jamais mieux servi que par les siens ! La répression n'a jamais cessé dans cette ancienne république soviétique, à l'encontre de toute manifestation hostile au pouvoir.

Pour la Russie, la ligne rouge a été franchie avec l'annexion de la Crimée en mars 2014 et le soutien apporté aux séparatistes du Donbass dans la guerre qui, depuis 2014, les oppose au gouvernement légal de l'Ukraine.

C'est à partir de cette date que des sanctions seront prises par l'Assemblée Parlementaire à l'encontre de la Russie. Parmi elles, l'interdiction de participer à certaines commissions, la privation du droit de vote de la délégation russe.

La Russie ne restera pas sans réaction puisque à partir de 2016, elle cesse d'envoyer ses représentants à Strasbourg, dès 2017 elle suspend le versement de sa contribution annuelle au budget du Conseil de l'Europe soit 33 millions d'euros.

La Russie exerce par ailleurs un « chantage » régulier, menaçant les autres membres de se retirer purement et simplement de l'institution.

Une telle décision priverait plus de 140 millions de citoyens de la possibilité de saisir la Cour Européenne des Droits de l'Homme concernant les violations commises par l'Etat russe, alors qu'en 20 ans plus de 160 000 recours ont été exercés contre ce pays. Il en a été notamment ainsi de l'opposant Alexeï Navalny, la bête noire de Poutine.

C'est dans ce contexte qu'à l'occasion de la session d'été de l'Assemblée Parlementaire, la France et l'Allemagne ont négocié avec les autres Etats adhérents, le retour de la Russie à la table des 47.

Le Kremlin aurait-il pris des engagements concernant la Crimée qu'il a sans vergogne annexée ? Pas du tout, bien au contraire, il s'apprête à inclure dans sa représentation à l'Assemblée, des élus de la Crimée annexée. Pour faire ainsi entériner la politique du fait accompli.

La Russie se serait-elle engagée à oeuvrer à la fin de la guerre séparatiste qu'elle soutient et à laquelle elle participe dans le Donbass ? Accepterait-elle de respecter la souveraineté de l'Ukraine sur cette région ? Pas du tout, elle revient en vainqueur, niant notamment toute implication dans la destruction du vol MH 17 et la mort des 298 passagers. Ceci, au grand dam de l'Ukraine, de la Géorgie, des pays Baltes et de la Pologne qui à leur tour, menacent de quitter le Conseil de l'Europe.

Il en est de même concernant le règlement des cotisations impayées depuis 2017. Aucune intention de régulariser la situation.

L'argument développé par le Premier Ministre Edouard Philippe qui reçoit ce 24 juin le Premier Ministre russe Dimitri Medvedev : « La Russie est mieux à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'institution, pour que ses habitants aient accès à la CEDH ».

A une nuance près, la Russie, pour l'essentiel, ne tient aucun compte des condamnations prononcées contre elle par la CEDH. Par ailleurs, sa qualité de membre du Conseil ne l'a nullement gênée pour annexer la Crimée, voler au secours du « boucher » de la Syrie, réprimer durement toute forme d'opposition.

Pour un député géorgien, le retour de la Russie dans ces conditions, constitue « une décision politique que Moscou présentera comme une victoire et qui peut causer l'implosion de l'organisation ».

Il ne resterait plus à l'Union Européenne qu'à lever les sanctions économiques prises à l'encontre de ce pays, à la communauté internationale à réintégrer la Russie au sein du G7 dont elle avait été exclue à la suite de l'annexion de la Crimée, pour que l'on puisse reprendre la Une de Charlie qui, après les attentats de Janvier 2015, avait titré, « Tout est pardonné  » !

Sans aller jusqu'à évoquer les conditions du retour des troupes de la Grande Armée de Napoléon lors de la retraite de Russie en novembre 1812, si à l'issue de la semaine qui s'ouvre, ce pays retrouve le siège qu'il a lui-même délaissé dans les instances du Conseil de l'Europe, on pourra dire une nouvelle fois que l'actuel «tsar de toutes les russies », a donné à nos démocraties européennes, une véritable leçon de realpolitik.

P.S. : Lundi 24, l'Assemblée Parlementaire a réintégré la Russie en son sein. Le soir même une délégation a quitté Moscou pour Strasbourg.

Fanfaronnant, l'un de ses membres à pu déclarer : « Nous allons à Strasbourg pour aider nos partenaires à surmonter la crise qui mine l'institution, qui semblent s'ennuyer de nous, sans pays à accuser de tous les maux... »

Ce 24 juin, la cause des Droits de l'Homme vient de faire un grand pas... en arrière.

 

 

 

 

 

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