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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

« Lava Jato » plus blanc que blanc ?

 

Le regretté Coluche avait intitulé un de ses sketches « La Publicité ». Il y raillait les lessives et en particulier Omo. Ce qui donnait :

« Le nouvel Omo lave encore plus blanc.

Moins blanc, je me doute,

Ce doit être gris.

Mais plus blanc que blanc,

Qu'est-ce que c'est comme couleur ?

C 'est nouveau, ça vient de sortir ! ».

Michel Colucci n'était déjà plus parmi nous, lorsque dans son pays d'origine, fut lancée l'opération « mani pulite » (mains propres), qui aboutit à la mise en cause et à la condamnation de hautes personnalités italiennes appartenant au secteur économique, financier et politique. C'était dans les années 1990.

Quelques années plus tôt (il est décédé en juin 1986), assurément, il aurait pu en tirer un superbe sketche.

Au Brésil, l'un des pays d'Amérique Latine gangrené par la corruption, c'est en 2014, que débute une vaste enquête qui prendra le nom de « lavo jato » (lavage express).

Il s'agit d'une affaire de corruption et de blanchiment d'argent impliquant notamment la société pétrolière publique Petrobras. Elle sera dirigée par le Juge Sergio Moro.

Une autre enquête, concernera le géant du BTP Odebrecht.

Des personnalités politiques de premier plan auraient perçu des commissions en échange de leur implication dans des contrats publics surfacturés.

Trois partis seront essentiellement visés : le Parti Progressiste (PP  de droite), le Parti du Mouvement Démocratique Brésilien (PMDB du centre) et le Parti des Travailleurs (PT de gauche).

Bien que la Justice ait reconnu que la Présidente Dilma Roussef (PT) n'avait pas tenté de contrôler les investigations, elle sera accusée de corruption et destituée le 31 août 2016. Cette dernière avait succédé à Luiz Inacio Lula Da Silva, plus connu sous le nom de Lula qui avait présidé le Brésil du 1er janvier 2003 au 1er janvier 2011.

Michel Temer (PMDB) qui avait succédé à Dilma Roussef, sera à son tour, accusé en mai 2017 d'avoir ordonné le versement de pots-de-vin pour acheter le silence de l'ancien Président de la Chambre des Députés. Il sera emprisonné puis libéré au bénéfice de l'habeas corpus.

En Juillet 2017, l'ancien Président Lula est condamné à 9 ans et 6 mois de prison pour corruption. En janvier 2018, en appel, cette peine sera portée à 12 ans et un mois de prison.

Le 4 avril 2018, la demande d'habeas corpus présentée par Lula est rejetée. Le 7 il se constitue prisonnier et est incarcéré.

Les partisans de Lula et de nombreux juristes ont dénoncé les condamnations prononcées contre lui, au motif de l'absence de preuves matérielles.Ils stigmatiseront en vain, l'acharnement de la Justice brésilienne à quelques mois des élections présidentielles.

En effet, Lula qui a été désigné par le Parti des Travailleurs comme candidat, est crédité par les sondages de 35 à 40 % des intentions de vote au premier tour, largement en tête devant tous les autres candidats et notamment, un obscur Député, candidat de l'extrême droite, homophobe, raciste, partisan de la torture, qui se déclare nostalgique de la dictature qui a sévi au Brésil de 1964 à 1985 (mon Billet d'humeur du 10/11/2018 : De Rio à Washington, la vérité est dans les urnes). Son nom, Jair Bolsonaro.

En détention, Lula ne pourra maintenir sa candidature. Bolsonaro dont la seule notoriété résulte de différents propos sexistes et racistes jamais reniés, sera élu Président de la République le 28 octobre 2018 avec plus de 55 % des suffrages et prendra ses fonctions le 1er janvier 2019.

Le juge Moro se voit récompensé pour l'acharnement qu'il a mis à faire tomber Lula et est nommé Ministre de la Justice.

Tout allait donc pour le mieux jusqu'au... 9 juin dernier. A cette date, le site d'investigation The Intercept a publié une série de messages échangés pendant la période 2015- 2018 entre le Juge Moro et le Procureur Deltan Dallagnol.

Il en ressort que les enquêtes concernant Lula auraient été orientées afin d'empêcher ce dernier d'accéder à la magistrature suprême. Les messages publiés révèlent l'influence de Sergio Moro dans la conduite des investigations. Le Monde en donne les détails : « Le magistrat rappelle à l'ordre les équipes, suggère d'inverser l'ordre des interventions ou conseille de joindre un contact... » alors même que la Constitution brésilienne distingue clairement le rôle de l'accusateur et celui du juge, ce qui était la fonction de Sergio Moro.

Pour Libération, « Sans démontrer que Lula est innocent, ces échanges portent un sérieux coup à la solidité de l'accusation qui a mené l'ancien président en prison ».

Il apparaît que peu avant les présidentielles, le Procureur Dallagnol était préoccupé par le peu de solidité du dossier d'accusation. Il nourrissait même des doutes sur la culpabilité de Lula : « Ils vont dire qu'on l'accuse sur des indices fragiles... ». L'une de ses collègues, souhaitant certainement le rassurer, lui écrit : « Je suis préoccupée par un possible retour du PT {au pouvoir}, mais je prie beaucoup Dieu pour qu'un miracle nous sauve ». Ce à quoi le Procureur Dallagnol répond : « Oui, prie » !

Le site The Intercept, annonce d'autres révélations à venir.

Si ces nouveaux éléments n'innocentent pas Lula, ils permettent à la défense de considérer que la procédure a été « corrompue » et d'exiger qu'il soit mis un terme à la « persécution politique » du condamné.

« Nous sommes désormais face à des faits nouveaux, de nature à mettre en doute l'impartialité de l'ex-juge, en révélant sa proximité avec le Parquet » a réagi une Professeure de Droit.

Dès le 10 juin, la Cour Suprême du Brésil a décidé de rouvrir le débat sur la demande de libération de l'ancien Président Lula.

Le Conseil national du Ministère Public a décidé d'enquêter sur le Procureur Deltan Dallagnol.

Enfin, des Députés et Sénateurs demandent la création d'une Commission d'enquête.

Pour l'ancien Juge Moro, actuel Ministre de la Justice, les conversations publiées, n'ont « rien de trop ». Il déclare : « Il n'y a aucune orientation dans mes messages ». En fait, il s'est insurgé du fait que ces échanges qui intervenaient par la messagerie cryptée Telegram, aient pu être interceptés.

Ces développements, ne changeront rien au résultat de la présidentielle d'Octobre 2018. Les investigations qui vont être menées, permettront d'avoir une idée plus précise sur les manœuvres qui ont conduit à l'incarcération de Lula et la situation qui a permis de le priver de la possibilité de se soumettre au vote populaire.

Il n'en reste pas moins que tous ces événements, permettent de s'interroger sur le fonctionnement des institutions et le respect de la Démocratie dans le plus grand pays d'Amérique Latine.

Lula, en détention depuis plus de 14 mois, a toujours contesté être le propriétaire du triplex qu'il aurait, selon l'accusation, reçu à titre de pot-de-vin ce qui a entraîné sa condamnation pour corruption.

A tort ou à raison ?

Les révélations du site The Intercept permettront-elles de voir l'ancien Président du Brésil, sortir de la grande lessiveuse qu'a été l'opération « lavo jato »..... blanchi ?

Réponse dans les prochains développements d'une affaire dont notre Coluche national n'aurait pas hésité à dire qu'elle comporte encore bien des zones..... grises !

L'ancien président Lula

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