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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Europe

                     Europe et Zeus

Si l'on se réfère à la mythologie grecque, la princesse Europe fut enlevée par Zeus qui la déposa en Crête, à Gortyne, où ils s'unirent.

Concernant le continent qui nous occupe, le terme Europe est mentionné pour la première fois vers 590 av JC par Hésiode dans sa Théogonie. Ce terme a pris un sens politique lorsque les Grecs furent confrontés aux invasions venant d'Asie.

Selon Jacqueline de Romilly, helléniste émérite décédée en 2010 et qui se vit attribuer en 1995 la nationalité hellénique à titre honorifique, « la victoire de Salamine en 480 av JC, a bel et bien empêché la Grèce de basculer sous la coupe de l'Asie... Les grecs ont eu pour la première fois le sentiment de défendre une civilisation contre une autre ».

Il faudra attendre l'après deuxième guerre mondiale et plus précisément le 9 mai 1950, date de la déclaration Schuman, pour assister à la relance d'un vieux projet d'une union européenne. Le but était limité, une union économique dans un secteur déterminé, l'industrie de la houille et de la sidérurgie : la Communauté Economique du Charbon et de l'Acier était née.

Soixante neuf ans plus tard, presque jour pour jour, ce sont des centaines de millions de citoyens peuplant les 28 pays composant l'Union Européenne, qui se sont rendus aux urnes pour élire leurs représentants qui formeront les 751 membres du Parlement Européen.

Aujourd'hui, la Grèce, berceau de la Démocratie, sort de ce scrutin en piteux Etat. Son Premier Ministre Alexis Tsipras a vu son parti Syriza largement distancé par les conservateurs alors que le parti néonazi Aube dorée et une autre formation d'extrême droite, Solution grecque, enverront respectivement deux et un députés au Parlement Européen. Empêtré dans une crise profonde, le pays n'est plus, pour reprendre les termes de J. de Romilly, en capacité de « défendre une civilisation », en l'occurrence les valeurs qui fondent l'Union Européenne. Non pas d'un ennemi qui viendrait de l'extérieur, mais qui rongerait nos institutions à l'intérieur même de l'Europe jusqu'à lui faire courir un péril mortel.

En France, ce péril est porté par la formation arrivée en tête, même si le Rassemblement National est talonné de très prés par La République en Marche (0,9 % de différence).

Ainsi, la recomposition du paysage politique entamée lors des présidentielles et des législatives de 2017, s'est poursuivie par la désintégration de la Droite qui, jusqu'il y a peu, alternait au sommet de l'Etat avec la social-démocratie.

Même si à court terme ce clivage protège le Président de la République et son Gouvernement, il n'est pas sûr qu'à plus long terme, s'il persistait, il ne soit pas la source d'autres dangers. Précisément, la possibilité d'une alternance qui ne s'effectuerait plus entre des formations démocratiques mais au profit d'un parti nationaliste et qui a conservé les relents profonds du totalitarisme de son prédécesseur, le Front National.

Ce danger n'est pas circonscrit à notre pays. Un rapide coup d'oeil sur les résultats d'ensemble, montre qu'en Europe centrale, les nationalistes qui, derrière quelques précautions de style n'ont d'autre but que de détruire nos institutions, ont progressé et enverront au Parlement Européen toujours plus de députés qui n'auront d'autre ambition que de bloquer les mesures à mettre en œuvre par exemple, en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

A ce sujet, on ne peut que s'inquiéter du score réalisé en Hongrie par le Fidesz, le parti nationaliste du Premier Ministre Viktor Orban qui atteint les 52,3 % alors que la participation des hongrois à un scrutin européen n'a jamais été aussi importante (43,4 %).

Rappelons que le Parti Populaire Européen majoritaire au Parlement Européen, s'est refusé à exclure cette formation de ses rangs malgré les graves dérives autoritaires dénoncées plus particulièrement sur le plan judiciaire.

Au cours de la campagne électorale, nous avons pu voir les affiches à caractère antisémite présentant le Président de la commission Européenne Jean-Claude Juncker et le milliardaire Georges Soros qui fleurissaient sur les murs de Budapest...

De là à imaginer que derrière le refus d'exclusion du Fidesz il y aurait un calcul à plus long terme permettant au PPE de bénéficier du vote des 13 eurodéputés issus de cette formation et qui siégeront désormais au Parlement Européen, il n'y a qu'un pas assez facile à franchir.

Mais à nos portes, le danger n'est pas moindre.

En Italie, le parti d'extrême droite de Matteo Salvini, la Ligue, est devenu la première formation politique du pays avec 33,6 % des suffrages.

Depuis qu'il a accédé au pouvoir en alliance avec le Mouvement 5 Etoiles qui vient de se faire siphonner, le Ministre de l'Intérieur a surfé sur la crise migratoire pour parvenir à ce résultat alors que la situation économique du pays ne cesse de se dégrader. L'alliance Ligue-Mouvement 5 étoiles pourrait ne pas résister aux résultats du scrutin et Salvini pourrait être tenté de transformer l'essai des européennes en prenant la direction d'un gouvernement de plus en plus sous sa coupe. Ainsi, l'un des pays fondateurs de l'Europe, aurait alors confié sa destinée à un anti-européen affirmé.

On ne peut clore cette rubrique, sans souligner les raisons de se réjouir et au premier rang, le sursaut d'intérêt que ces élections ont suscité dans les populations et plus particulièrement chez les jeunes. Vingt des vingt-huit pays de l'UE ont vu la participation électorale augmenter lors de ce scrutin. Il en a été ainsi notamment en France qui a connu un taux de participation de 50,1 % soit 7,7 points de plus qu'en 2014.

La deuxième satisfaction vient de la prise en compte de l'urgence écologique par les formations qui défendent l'Union Européenne et notamment, de l'engagement des jeunes, en particulier en France et en Allemagne, pour le climat.

A l'issue du scrutin du 26 mai, les grandes questions demeurent. Il appartiendra à l'Union Européenne, dans des domaines aussi importants que la préservation de la biodiversité, l'urgence écologique, les migrations liées aux crises politiques mais aussi aux crises économiques et à la crise climatique, d'apporter les réponses permettant aux populations des 27 ou 28 pays qui demain la composeront, de se sentir protégées et considérées.

Un premier élément de réponse devrait venir très vite de Bruxelles. Au moment où j'écris ces lignes, les chefs d'Etats et de Gouvernements y sont réunis. Les alliances qui vont se nouer, la prochaine désignation du Président de la Commission Européenne, devraient constituer les premiers éléments de réponse mais également, nous renseigner sur les rapports de force entre pro et anti européens, qui s'avéreront décisifs pour les 5 ans à venir.

Pour l''écrivain albanais Ismaïl Kadaré, si l' « on considère l'Europe comme le continent qui a, plus que tous les autres, profité de la planète, … c'est aussi le continent qui lui a donné plus que tous les autres ».

Dans ces temps troublés, dans ce vieux monde qui se meurt alors que le nouveau tarde à apparaître, dans, selon l'expression de Gramsci, ce « clair-obscur où surgissent les monstres », il est impératif que l'Europe continue à nous éclairer et nous rassurer.

 

 

 

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