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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Un acte II des « printemps arabes », pour quel résultat ?

 

Tout a commencé à Sidi Bouzid le 17 décembre 2010. Ce jour là, un jeune homme, vendeur ambulant de fruits et légumes, s'immole par le feu. Il s'appelait Mohamed Bouazizi.

Ce fut le détonateur qui, en Tunisie, provoqua « la Révolution de jasmin ». Après plusieurs semaines de manifestations dans tout le pays, le Président Ben Ali s'enfuyait en Arabie Saoudite.

Depuis, la Tunisie a adopté un mode de fonctionnement démocratique même si les problèmes à l'origine du mouvement de 2011, en particulier le chômage des jeunes, n'ont pas trouvé de solution.

Cette contestation allait gagner nombre de pays arabes, avec des fortunes diverses.

A l'époque, on s'enthousiasma sur le « printemps arabe ».

Toutefois, très vite, dans nombre de pays touchés par le vent de contestation, « l'hiver islamiste » succéda à l'espoir qui avait soufflé sur ces pays où la population s'était soulevée contre l'autoritarisme du pouvoir, le chômage, une corruption endémique.

Si l'on tente un bilan, le tableau est bien sombre.

En Egypte, après le départ d'Hosni Moubarak sous la pression des manifestations à compter du 25 janvier 2011 sur la place Tahrir au Caire, les frères musulmans accédaient au pouvoir par les urnes. Ainsi, en Juin 2012, Mohamed Morsi remporte l'élection présidentielle et devient le premier président élu au suffrage universel dans une élection libre.

Très rapidement, il est contesté et accusé de mener une politique dans le seul intérêt des Frères Musulmans. Il sera chassé par le coup d'Etat de 2013 qui installa le Maréchal Al Sissi au pouvoir. Mohamed Morsi sera arrêté et emprisonné.

Aujourd'hui, le pays compte environ 60 000 prisonniers politiques, les Droits de l'Homme sont régulièrement bafoués. Etrangement, le Président Macron entretient d'excellentes relations avec son homologue égyptien. Il est vrai que l'Egypte figure parmi les meilleurs clients de l'industrie française d'armement. Un équipement militaire qui a été utilisé par le pouvoir en place pour réprimer les manifestations.

En Libye, le « dégagisme » du « printemps arabe » a frappé le tyran Kadhafi tué le 20 octobre 2011 a Syrte, son dernier bastion après que les troupes sous mandat de l'ONU aient pris possession de l'ensemble du territoire. Le Conseil National de Transition avait pu triompher avec l'appui des bombardements de l'OTAN. Le 23 octobre, le président du CNT Moustapha Abdeljalil proclamait la libération de la Libye... et l'adoption de la « charia » comme source du droit.

Sept ans après, la guerre civile sévit toujours en Libye. Les troupes du maréchal Khalifa Haftar assiègent la capitale Tripoli dans le but de renverser le pouvoir reconnu par la communauté internationale incarné par Fayez el-Sarraj. Celui-ci, le 12 mars 2016, a pris la tête d'un gouvernement « d'union nationale ». Avec cette offensive militaire, le fragile équilibre politique court le risque de sombrer dans de nouvelles exactions. On complétera le tableau en relevant que derrière le maréchal Haftar, on retrouve l'Egypte, les Pays du golfe et... la France !

Le bilan de l'ère post-kadhafiste est terrible. L'Etat Islamiste a manifesté de la façon la plus sanglante sa présence sur le territoire. Des « marchés aux esclaves » ont vu le jour. Nous avons pu voir ces migrants, vendus sur les marchés pour moins de 300 €. Des milliers d'entre eux s'entassent dans des prisons la plupart du temps clandestines. Le viol, les violences allant jusqu'au meurtre y sont pratiqués régulièrement.

C'est à partir des côtes libyennes que des milliers de migrants aux mains de passeurs qui les rançonnent, tentent de rejoindre l'Europe et spécialement l'Italie sur des embarcations de fortune au risque de leur vie. Des milliers d'entre eux, ont trouvé la mort en méditerranée (256 morts depuis le début de l'année).

Plutôt que de s'accorder sur une politique d'asile, l'Europe n'a rien trouvé de mieux que de sous-traiter aux garde-côtes libyens, la récupération de ces migrants qui, de retour en Libye, se retrouvent dans les centres de détention du pays.

Ainsi, de la même façon que moyennant finances, l'Europe a confié à la Turquie d'Erdogan la gestion des flux migratoires qui passaient auparavant par la Grèce, elle se repose sur la Libye qui n'a plus de structures étatiques dignes de ce nom, pour gérer les flux empruntant la « mare nostrum ». C'est dans ce contexte que Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur a cru pouvoir, début avril, accuser les ONG venant au secours des migrants en méditerranée, de se faire les « complices » des passeurs !

Dans un précédent Billet (Au Yémen, silence ! On tue. Du 5 octobre 2018), j'ai eu l'occasion d'aborder la situation sanitaire alarmante du Yémen, conséquence de la guerre qui oppose depuis le début des années 2000, le gouvernement en place à une rébellion menée par les Houthis.

Dix huit millions de personnes se trouvent à ce jour au bord de la famine. Une catastrophe humanitaire inégalée se produira si l'aide alimentaire ne peut parvenir notamment dans le port d'Hodeida.

Dans la vague des « printemps arabes », début 2011, le Président Ali Abdallah Saleh, avait du faire face à un fort mouvement de contestation notamment à Sanaa. Les manifestants réclamaient le départ du Président, en place depuis 22 ans, la démocratie, la fin de la corruption, enfin, de meilleures conditions de vie.

Comme je l'évoquais dans mon précédent Billet, depuis 2015 une coalition de pays arabes sunnites, dirigée par l'Arabie Saoudite, lance des frappes aériennes contre les rebelles houthis, semant la mort parmi la population civile.

C'est dans ce contexte que, contrairement aux démentis de la Ministre de la Défense Florence Parly, les « Yemen Papers » révèlent l'arsenal français utilisé par l'Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis au Yémen : canons Caesar et chars Leclerc, avions de chasse Mirage 2000-9, une frégate, une corvette lance-missiles ainsi que des munitions !

Au sol, l'Arabie Saoudite qui ne veut pas se salir les mains, a recours à des mercenaires recrutés au Soudan, un pays laissé exsangue à la suite de  la guerre du Darfour puis de la sécession sudiste.

On rappellera pour mémoire que la guerre civile a ruiné la Syrie, causé des centaines de milliers de morts, déplacé des millions d'habitants dans les pays voisins mais également vers l'Europe. Elle a permis aux djihadistes de l'Etat Islamique, d'Al Qaïda, de prendre possession de territoires importants et d'y faire régner la terreur. A ce jour, tous ne sont pas libérés, notamment dans la région d'Idlib où les djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham sont toujours présents.

A l'origine de ce désastre, les troupes de Bachar el-Assad qui réprimèrent dans le sang les manifestations étudiantes qui se déroulèrent à compter du 15 mars 2011 à Deraa. Incapable d'obtenir le retour de l'ordre, le dictateur syrien fit appel à l'armée alors que le mouvement s'étendait à d'autres villes ( Damas, Homs etc..), avant d'embraser une grande partie du pays.

Ainsi, celui que l'on appelle désormais le « boucher de Damas » et qui avait cru, au début des « printemps arabes », passer entre les gouttes, a transformé son pays en un immense champ de ruines et de désolation.

Au Barheïn, à compter de la mi-février 2011, des manifestations avec à leur tête la majorité chiite de la population, seront sévèrement réprimées avec l'aide de l'Arabie Saoudite, par le clan sunnite au pouvoir. Cette répression fera de nombreuses victimes.

L'Algérie, elle, resta silencieuse. Il faut dire qu'elle sortait à peine d'une décennie de violences qui fit plus de 50 000 morts. Vingt ans auparavant, en 1991, à la suite de l'annulation de la victoire aux élections du Front Islamique du Salut dont le projet était l'instauration d'une République Islamiste, le pays plonge dans un conflit armé qui opposera le pouvoir aux groupes armés (GIA).

Ce n'est qu'en avril 1999, avec l'élection à la présidence de l'ancien ministre des affaires étrangères Abdelaziz Bouteflika, que le pays redécouvre une situation apaisée. On comprend qu'en 2011, le vent du « printemps arabe » n'ait pas soufflé sur une Algérie qui renouait à peine avec la paix et une sécurité relative.

Alors qu'il visait un cinquième mandat, le Président Bouteflika vient d'être contraint à la démission par les millions d'algériens descendus dans la rue. L'armée qui n'entend pas renoncer à ses privilèges, tente de confisquer à son profit le pouvoir alors que le peuple exige désormais que l'élection présidentielle prévue soit annulée, que le « dégagisme » frappe l'ensemble de ceux ayant exercé le pouvoir. Cette jeunesse exige que ce grand pays puisse librement choisir ses dirigeants et qu'il soit mis un terme à la corruption.

Presque en même temps, le Soudan voisin de l'Egypte, a vu dès la mi-décembre, à Khartoum et ailleurs, la population descendre dans la rue pour réclamer la démission du dictateur Omar el-Bechir qui s'apprêtait, le 30 juin prochain, à fêter ses 30 ans de pouvoir.

Celui qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt émis par la Cour Pénale Internationale, a été renversé le 11 avril par un conseil de transition militaire. Au Soudan également, l'armée, les services de sécurité qui, au service de l'ancien dictateur faisaient régner la terreur, n'entendent nullement renoncer à leurs privilèges et à leur capacité de nuisance. De quel coté la balance penchera-t-elle ?

Les anciens manifestants de la place Tahrir au Caire, adjurent leurs voisins soudanais de ne pas se laisser confisquer par l'armée « les fruits » de leur combat. « Rappelez-vous qu'une demi-révolution est un suicide complet » leur ont-ils adressé.

Si géographiquement et historiquement, les situations de ces deux pays sont profondément différentes, les enjeux que l'on retrouve à Alger comme à Khartoum sont les mêmes : Après avoir fait chuter celui qui cristallisait les griefs adressés au régime en place, le peuple sera-t-il une nouvelle fois dépossédé de sa « demi-victoire » au bénéfice de ceux qui jusqu'à présent sont à l'origine de ses souffrances ?

Tout au contraire, les algériens et les soudanais parviendront-ils à mener à terme leur « demi-révolution » et ainsi, pouvoir entrer dans une nouvelle ère qui laisse un peu de place à l'espoir ?

S'ils y parvenaient, nul doute qu'ils ouvriraient aux populations d'Afrique du nord, du Proche Orient et bien au-delà, des horizons dans lesquels leurs frères de malheur et de souffrance, n'hésiteraient pas à s'engager.

 

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E
il est fort notre ami José, je l'entendrai bien sur France Inter
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