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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Les Hommes aussi... En hommage à Eliane Victor (1918-2017, productrice et voix des femmes à la télévision). Cet hommage est également dédié à toutes les Femmes.

 

Il naquit à Bergerac le 20 mai 1848. D'abord inscrit au Barreau, Paul Magnaud entre dans la magistrature en 1880.

Il occupa différents postes, au Parquet à Doullens, à l'Instruction à Montdidier, Senlis et Amiens.

De 1887 à 1906 il présida le Tribunal de Chateau-Thierry.

Cette année-là, Paul Magnaud fut élu député radical-socialiste de la Seine. A l'issue d'un premier mandat, il renonça a à se représenter et en 1910, il réintégra la magistrature jusqu'à sa retraite.
Il est décédé le 27 juillet 1926 à Saint Yrieix la Perche.

De l'avis général, ce fut un homme d'une grande bonté et un féministe avant l'heure.

Jugez-en :

A Chateau-Thierry, alors qu'il présidait le Tribunal Correctionnel, il est amené à juger une jeune femme de 22 ans, Louise Ménard, qui a dérobé un pain dans la boulangerie de son cousin.

Louise élève seule son petit garçon de 2 ans et partage avec sa mère qui est veuve, un bon d'alimentation hebdomadaire accordé par le bureau de bienfaisance de sa bourgade : 2 kg de pain et 2 livres de viande.

Le cousin a porté plainte et les gendarmes témoignent que lorsqu'ils sont arrivés chez Louise, la miche était dévorée aux trois-quarts. Le Procureur demande la condamnation de la voleuse.

Après deux longues heures de délibération, le président Magnaud rend son jugement dans lequel on peut lire :

"Attendu qu'il est regrettable que dans une société bien organisée, une mère de famille seule puisse manquer de pain autrement que par sa faute... le juge peut et doit interpréter humainement les prescriptions de la Loi...Un acte, ordinairement répréhensible, perd de son caractère frauduleux lorsqu'il est commis par l'impérieux besoin de se procurer un aliment de première nécessité..."

En conséquence, le Tribunal relaxe Louise Ménard.

Ainsi, apparaît pour la première fois dans le jargon juridique, la notion "d'état de nécessité".

Celui-ci n'intégrera le Code Pénal qu'en 1994, presque un siècle plus tard !

Au moment où Louise quitte la salle d'audience, le juge lui glisse une pièce de 5 francs dans la main. Les gazettes s'emparent de l'histoire et les lecteurs s'émeuvent du cas de la jeune femme. Une souscription est lancée en sa faveur. La princesse de Rohan, le photographe Nadar, Courteline manifestent également leur soutien tant à Louise qu'au juge Magnaud. Georges Clémenceau signe un billet dans l'Aurore, intitulé "Le bon juge".

Lequel juge continue sa croisade visant à protéger les femmes.

Le 24 août 1900, comparait devant lui, Marie-Julie Véret, accusée d'avoir laissé mourir son enfant à la suite d'un accouchement clandestin.

Paul Magnaud prend la plume :

"Marie-Julie Véret n'a agi que par crainte de la sourde hostilité et de la stupide et cruelle réprobation dont sont l'objet les filles-mères. C'est donc à la société contemptrice des filles-mères mais pleine d'indulgence pour leurs séducteurs, qu'incombe en partie la responsabilité des conséquences des grossesses et accouchements clandestins".

La prévenue sera condamnée à une amende de seize francs.

Eulalie Michaud, ouvrière passementière, a eu une liaison avec le fils de l'un des principaux industriels de la région. De cette liaison est né un enfant et le jeune homme promet le mariage à Eulalie. Pendant quelques temps, il subvient aux besoins de la mère, puis il se lasse et l'abandonne pour une autre. Un jour, Eulalie Michaud le croise aux bras de sa rivale et folle de colère, elle lance une pierre au visage de son amant, le blessant légèrement à l'oeil.

Elle encourt entre 6 mois et 2 ans de prison.

Le juge l'écoute exposer sa détresse. Il écoute le jeune homme qui se montre très désobligeant. Rentré chez lui, Paul Magnaud rédige sa décision. Il rend hommage à la prévenue qui a présenté des excuses pour son emportement, et il s'en prend ensuite au plaignant :

"Ce Don Juan de village...qui laisse à une fille-mère toute la charge de l'enfant qu'elle a conçu...alors qu'il peut se dégager de toute responsabilité matérielle.... ». Un tel état de choses, poursuit le juge "met souvent la femme abandonnée dans la terrible alternative du crime ou du désespoir  ».

Eulalie Michaud est condamnée à un franc d'amende.

Mais « le bon juge », sait aussi faire preuve d'un grand cœur à l'égard des plus démunis. Devant rendre une décision en matière de mendicité, le Tribunal de Château-Thierry se placera aussi à l'avant-garde. Ainsi, le 20 Janvier 1899, il relaxe un individu au motif qu'il n'avait demandé l'aumône que sous la pression d'une détresse absolue.

En ce début du XXème Siècle, les choses évoluent. Deux femmes ont été autorisées à prêter le serment d'avocat. C'est devant le Tribunal de Château-Thierry que l'une d'elles, Jeanne Chauvin, prononce sa première plaidoirie. Le président Magnaud l'accueille chaleureusement et appelle l'institution judiciaire à s'ouvrir également aux femmes. Il mène combat avec elles et les déboires conjugaux de ses concitoyens lui fournissent une belle occasion de dénoncer l'injustice faite aux femmes adultères. Elles encourent en effet de 3 mois à 2 ans de prison, quand l'époux volage risque au mieux une amende, et encore, s'il commet son forfait au domicile conjugal !

Il en est ainsi d'une amoureuse surprise en flagrant délit chez son amant par les gendarmes, à la requête du mari furieux. L'épouse est relaxée et le juge soutient, avec une forte dose de bon sens, que la maréchaussée a mieux à faire que de dresser des constats dans les alcôves "surtout si l'on songe que, l'adultère ne trouble ni la liberté, ni la propriété de personne, ni la paix publique." Le délit d'adultère ne sera abrogé qu'en 1975. Le « bon juge » Magnaud était un visionnaire !

Paul Magnaud innove aussi en matière de divorce. Convaincu que "deux êtres ne peuvent malgré eux, rester enchaînés l'un à l'autre à perpétuité" il prononce en 1900 le premier divorce par consentement mutuel, là encore avec soixante-quinze ans d'avance sur la loi !

Les journalistes de la presse nationale viennent voir de plus près ce singulier personnage qui s'interroge publiquement : «  Pourquoi la justice a-t-elle deux plateaux si le juge ne peut en utiliser qu'un ? ».

Mais le bon juge paiera cher ses irrévérences. Pressé par Clémenceau de se présenter aux Législatives de 1906 pour sauver une circonscription de droite, il accepte, en échange de la promesse de voir voter une "loi sur le pardon judiciaire", qui doit permettre au juge d'absoudre un coupable si la clémence lui paraît plus efficace que le sanction. Loi qui ne verra jamais le jour.

Paul Magnaud abandonne la politique après ce mandat. La Chancellerie l'affecte à un poste dans une juridiction de la Seine où il ne présidera plus aucune audience.

Alors, un siècle plus tard, quel regard porter sur les positions et décisions téméraires prises par le bon juge  ?

Si les jugements de Paul Magnaud, révolutionnaires en leur temps, ont largement contribué à faire évoluer vers plus d'égalité la place de la femme dans la société, il faut souligner que l'enthousiasme du juge n'a pas toujours été partagé par les juridictions d'appel... Le fruit n'était pas encore mûr!

Aujourd'hui, même si nos sociétés ont gravé dans les textes le principe « d’égalité des femmes et des hommes», elles restent encore profondément androcentrées.

Il faut souhaiter que d'autres juges Magnaud continuent, au quotidien, à faire coïncider ici et dans le monde, les grands principes et la réalité vécue. Vaste chantier !

Mais à chaque jour suffit sa peine. Pour l'heure, excellente fête, Mesdames !

 

Palais de Justice de Château Thierry. En médaillon le Juge Magnaud.

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M
Voici assurément un homme qui sait rendre hommage aux femmes... Merci !
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P
Voici assurément un homme qui sait rendre hommage aux femmes.... Merci !
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