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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Une vieille dame indigne ?

 

Nous sommes le 10 décembre 1948. L'Assemblée générale des Nations Unies adopte à Paris par 48 des 58 membres de l'ONU, la Déclaration universelle des droits de l'Homme (DUDH). Deux membres étaient absents, huit se sont abstenus. Il ne paraît pas inutile de les citer : la Biélorussie, l'Ukraine, l'URSS, la Tchécoslovaquie, la Pologne, la Yougoslavie, l'Afrique du Sud d'avant l'abolition de l'apartheid, enfin, l'Arabie Saoudite..... 

C'est au lendemain de la découverte des horreurs de la deuxième guerre et plus spécialement du massacre des juifs par les nazis que, avec la volonté de tout faire pour que de tels actes ne soient plus perpétrés de par le monde, naît l'idée d'adopter un code auquel les Etats pourront se référer.

Cette Déclaration, inspirée par la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789, sera élaborée par un comité de rédaction présidé par Eleanor Roosevelt veuve du président américain Franklin Roosevelt et composé de personnalités de différents pays. Le français René Cassin y jouera un rôle majeur.

Lorsqu'elle est adoptée, la guerre froide commençait à s'installer entre le bloc occidental et le bloc soviétique. Le détail du vote rappelé plus haut en est l'illustration.

Cette Déclaration qui contient un préambule et 30 articles, n'a pas de valeur contraignante mais est reconnue comme le fondement du droit international relatif aux droits de l'homme.

La création de la Cour Pénale Internationale en 1998, découle directement de la DUDH.

Tout un chacun connait au moins son article premier : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ».

L'adoption de ce texte, n'empêchera pas les crimes de masse commis postérieurement un peu partout sur la planète : des massacres commis en URSS sous Staline à ceux perpétrés par le régime de Pol Pot au Cambodge. On pourrait bien sûr allonger cette liste et citer les crimes de la décolonisation, ceux commis par les dictatures en Amérique Latine, ceux actuellement commis au Yémen. Inutile, nous connaissons tout cela.

Malgré ces limites bien connues, la DUDH a permis d'honorer la dignité de millions de personnes, de prévenir d'innombrables souffrances humaines et de poser les fondements d'un monde plus juste.

Plus que jamais, dans le monde des Trump, Xi Jinping, Poutine et autres Erdogan, elle reste d'une brûlante actualité et la référence à l'aune de laquelle il convient de juger l'action de nos dirigeants.

On ne peut pas dire que la célébration de son soixante dixième anniversaire ait occupé une grande place dans l'actualité de ces dernières semaines. Tel n'avait pas été le cas il y a vingt ans.

Coïncidence (?), ce 10 décembre, le Pacte mondial pour des migrations sûres, était soumis à l'approbation des Etats lors de la Conférence internationale de Marrakech avant d'être soumis au vote de l'Assemblée générale des Nations Unies. Alors que ce texte n'a pas de caractère contraignant mais est important au niveau de la symbolique, seuls deux tiers des 190 pays qui avaient validé le document, ont confirmé leur présence à Marrakech. Concernant l'Union Européenne, l'Italie, l'Autriche, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie, l'Estonie et la Lettonie ont boycotté la conférence.

Chez nous, les fake-news concernant la portée du document adopté ont été nombreuses. Madame Le Pen qui ne reste jamais en retrait lorsqu'il s'agit de manier l'outrance, a accusé le pouvoir en place « d'organiser l'immigration ». Il semble également que sur les rond-points occupés par les « gilets jaunes » ces arguments aient remporté quelques succès.

 

Autre démonstration dans le domaine de la bravoure, ce 10 décembre, la Ministre de la Justice Nicole Belloubet devait présider la remise des prix des Droits de l'Homme. Le jury, composé de membres de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), instance indépendante, avait décidé d'honorer cinq lauréats parmi lesquels deux ONG, l'une israélienne, l'autre palestinienne Celles-ci effectuent un travail de documentation sur les territoires occupés, semble-t-il unanimement apprécié par les diplomates chargés de ces questions.

Madame la Ministre a donc été remplacée par l'ambassadeur pour les droits de l'homme, monsieur François Croquette.

Le motif officiel invoqué par Nicole Belloubet pour expliquer son absence, portait sur « un agenda » trop chargé.

Certains mauvais esprits, n'ont pas manqué de relier cette absence à la position de l'ambassade de l'Etat hébreu à Paris qui, quelques jours auparavant, s'était dite « choquée » par la remise de ce prix.

L'article 2 de la DUDH garantit à tout individu la possibilité de se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés « sans distinction... de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion... ».

Mais, c'était, il est vrai, il y a soixante dix ans...

 

Le 10 décembre 1998, au théâtre d'Albi, une soirée avait été organisée pour commémorer le cinquantième anniversaire de la signature de la DUDH. La conception et la mise en scène de cette soirée avaient été confiées à Ivan Morane, alors directeur de l'Athanor scène nationale d'Albi et l'on m'avait fait l'honneur de me charger de la présentation de cet événement. Pour clôturer, j'avais choisi cette citation de Nelson Mandela , qui en 1964, s'était adressé à ses juges en ces termes :

« J'ai chéri l'idéal de démocratie et d'une société libre dans laquelle les individus pourraient vivre en harmonie avec une égalité de chances ».

Je ne suis pas certain qu'aujourd'hui, « démocratie », « société libre », « harmonie », « égalité de chances », aient pour nombre de nos gouvernants, le sens que leur donnait alors Nelson Mandela.

 

 

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