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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Être avocat aux Philippines....

 

Le journal Le Monde du 14 novembre fait état de l'exécution de Benjamin Ramos, avocat, le mardi 6 novembre peu après 22 heures,  par deux tueurs à moto (ma photo de la semaine).

Ce confrère, venait de terminer sa journée de travail et fumait une cigarette près de la place centrale de la ville de Kabankalan aux Philippines.

Il a été tué de trois balles.

Ce meurtre pourrait, pour certains, apparaître isolé et susceptible de se produire chez nous ou dans un autre pays d'Europe. Tel fut le cas, par exemple en Corse, où le bâtonnier Sollacaro fut tué par balle dans une station service le 16 octobre 2012.

Antoine Sollacaro avait milité à la Ligue des Droits de l'Homme. Lorsqu'il a été assassiné, l'ancien bâtonnier de l'Ordre des avocats d'Ajaccio, était âgé de 63 ans.

Sauf que les statistiques sont accablantes pour le pays qui, depuis Juin 2016, a comme Président de la République Rodrigo Duterte.

Le Monde rappelle en effet qu'en deux années ce sont 24 avocats et 10 magistrats qui ont été tués.

Aucun suspect à ce jour n'a été arrêté et a fortiori condamné.

Mais qui est Rodrigo Duterte ?

Il est fils d'un avocat et homme politique.

En 1972 il est reçu à l'examen de la profession d'avocat et travaillera au bureau du Procureur de Davao, l'une des villes les plus importantes des Philippines et capitale de la région du même nom.

En 1988 Duterte est élu maire de Davao. Il le demeurera jusqu'en 2010 puis retrouve sa fonction en 2013 qu'il conserve jusqu'en 2016, date de son élection à la Présidence de la République.

Il exerce ce nouveau mandat depuis le 30 juin 2016.

Pendant la campagne présidentielle, le candidat avait clairement annoncé la couleur en déclarant : « Oubliez les droits de l'homme, si je deviens Président, ça va saigner ».

Élu chef de l'État, il exhorte la population philippine à assassiner les trafiquants de drogue et les toxicomanes, garantissant aux auteurs de ces meurtres l'impunité.

De fait, après quatre mois de présidence Duterte, on a estimé que ce dernier avait couvert l'exécution sommaire de 3700 personnes dans le cadre de la lutte contre les narcotrafiquants.

A ce jour, on estime qu'en deux ans, 30 000 personnes ont été assassinées soit par les forces de police soit par des milices, les uns et les autres couverts par l'impunité promise par le Président.

Lui-même est accusé par l'organisation Human Rights Wach et par le Canard Enchaîné d'avoir participé à des escadrons de la mort ayant fait entre 1000 et 1700 victimes.

Le 24 février dernier, sa principale opposante, Leila de Lima qui a dirigé la Commission des Droits de l'Homme et fut ministre de la Justice dans le gouvernement de Benigno Aquino, a été arrêtée et accusée d'entretenir des liens avec les narcotrafiquants (ma photo de la semaine). Pour Amnesty International, Leila de Lima est une prisonnière d'opinion. L'opposante a également reçu le soutien du Parlement Européen qui appelle à sa libération.

C'est donc dans ce contexte que le milieu judiciaire philippin a perdu 34 de ses membres tués en deux ans.

Le Monde indique qu'en Décembre 2016 le président philippin avait estimé que certains suspects sont libérés au motif qu'ils ont « de bons avocats de haut vol ». Il avait alors indiqué, concernant les listes de personnalités qu'il accuse d'être liées au trafic de drogue, «même leurs avocats je les inclurai »

C'est sous cette menace que Benjamin Ramos et nombre de ses confrères, intervenait et interviennent notamment au soutien des familles de personnes suspectées d'usage de drogue et victimes des escadrons de la mort.

Le journal du soir rapporte les propos de Ian Sapayan qui travaillait avec Benjamin Ramos : « Mon collaborateur vient d'être tué. J'ai peur. Ma famille a peur. On tue plus effrontément ces derniers temps... »

Quant à Rodrigo Duterte, il a réagi à la mort de l'avocat en des termes où le cynisme le disputait à l'élégance : « On accuse le gouvernement pour sa mort. Putain de merde. Pourquoi je tuerais un avocat ? Ce serait trop petit joueur ! »

Edre Olalia, secrétaire général du Syndicat national populaire des avocats déclare : « J'ai peur pour les membres de la profession. Pour les avocats qui sont sur le terrain, en province, là où il y a peu de couverture médiatique et où est cultivée l'impunité, j'ai peur surtout pour eux »

Les Philippines ne sont malheureusement pas le seul pays de la planète où il peut être risqué d'exercer les droits de la défense. La Chine qui a vocation a devenir la première puissance mondiale, la Russie, pour ne citer que deux États parmi les plus influents, bafouent régulièrement ces droits.

Qu'en sera-t-il à compter du 1er Janvier au Brésil où Jair Bolsonaro prendra ses fonctions de Président de la République ? Ce nostalgique de la dictature militaire qui a sévi de 1964 à 1985, déclarait en 2016 : « L'erreur de la dictature a été de torturer sans tuer ». Concernant sa relation aux femmes, elle se résume dans une de ses déclarations : « Je ne te violerai pas parce que tu ne le mérites pas ». Les défenseurs des Droits de l'Homme seront particulièrement exposés dans un pays où le taux de criminalité est élevé (avec 64000 homicides en 2017 le Brésil est un des pays les plus dangereux au monde) alors que le prochain Président a affirmé sa volonté de libéraliser le port d'armes (la plupart des victimes ont été tuées par balles).

Le Barreau français, à travers ses organisations professionnelles, les associations de défense des Droits de l'Homme, ont une responsabilité particulière pour dénoncer ces situations, manifester leur solidarité à l'égard des confrères victimes de tels agissements, exercer les recours devant les instances internationales pour faire poursuivre et sanctionner les coupables.

On attribue à Nelson Mandela ce propos : « Priver les gens de leurs droits fondamentaux revient à contester leur humanité même ».

Travaillons à rétablir aux Philippines et ailleurs, cette part d'«humanité », dont nombre de nos confrères et défenseurs des Droits de l'Homme sont, trop souvent injustement privés.

 

 

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U
Super ton blog JiJi et il nous ouvre encore plus les yeux.
Mieux être avocat en France comme tu l'as été ! Tu as de la chance.
Amitié.
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C
Merci Unami pour ton compliment. L'actualité premettrait, si nécessaire, d'en rajouter sur ce registre presque quotidiennement...