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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

De Rio à Washington, la vérité est dans les urnes.

A quelques jours d'intervalle, deux scrutins revêtant une grande importance ont eu lieu, le premier en Amérique du Sud, le second en Amérique du Nord.

Leur importance, découle notamment de la situation des deux pays concernés.

Le Brésil est le plus grand pays du continent sud-américain.

Les Etats-Unis sont la première puissance mondiale.

Au Brésil, c'est un candidat d'extrême droite, admirateur de la dictature qui a sévi de 1964 à 1985 qui l'a largement emporté avec plus de 55 % des voix. Jair Bolsonaro qui s'affiche ouvertement raciste, homophobe, sexiste, partisan de la torture et admirateur de la dictature militaire, prendra ses fonctions de Président de la République le 1er Janvier prochain.

Ainsi, l'Amérique latine au fil des scrutins, retrouve à la tête de nombre des Etats qui la composent, une équipe dirigeante clairement affichée à droite.

Tel a été le cas de l'Argentine avec l'élection de Mauricio Macri, du Chili qui a porté Sebastian Piňera à la Présidence de la République et, plus récemment de la Colombie qui a vu l'élection d'Ivan Duque pour succéder au sortant, le centriste Juan Manuel Santos qui reçut en 2016, le Prix Nobel de la paix à la suite de l'accord de désarmement conclu avec les FARC.

Invité récemment par Léa Salamé sur France Inter, Sebastião Salgado qui a trouvé refuge en France en 1964, admettait que Bolsonaro, ancien parachutiste, ayant occupé les fonctions de député pendant 25 ans, apparaissait comme un homme neuf, considéré comme capable de rétablir l'ordre dans un pays qui souffre d'une criminalité endémique, de lutter contre la corruption qui paraît avoir gangrené une large partie de la classe politique.

Cette élection a gravement accentué le désarroi des communautés "gays" du pays. Bolsonaro n'a-t-il pas déclaré qu'il préférerait voir son fils mourir « dans un accident » plutôt que de le voir « avec un gros moustachu » !

Dès le lendemain de son élection, le futur Président disait à propos d'un quotidien centriste qui ne partage pas ses idées, « c'en est fini de la Folha de Sao Paulo ».

L'association brésilienne du journalisme d'investigation s'est déclarée préoccupée quant au devenir de la liberté de la presse et, plus généralement, quant au devenir de la démocratie.

Enfin, les échos parus dans la presse sur la composition du gouvernement qui sera chargé de mettre en œuvre la politique de celui qui est surnommé le « Trump tropical », ne dissipent pas, loin de là, les inquiétudes nées de l'élection : On annonce la présence de quatre à cinq généraux à des postes clés. Enfin, Sergio Moro serait nommé au ministère de la Justice. Il s'agit du magistrat qui a condamné l'ancien chef d'Etat, Lula, à douze ans de prison. Celui qui a fait incarcérer l'ancien Président, largement en tête dans les sondages, peu avant la présidentielle.

Monsieur Moro s'est dit « honoré » par la proposition qui lui est faite.                A titre de récompense ? Certains n'hésitent pas à l'affirmer.

Après le vote du 28 octobre, il est urgent que la classe politique brésilienne tire les conséquences du comportement qui a été le sien depuis le rétablissement de la démocratie. Trop souvent, la corruption des élites, la criminalité, ont discrédité notamment aux yeux des plus démunis les dirigeants du pays.

Tel fut notamment le cas sous la présidence de Michel Temer qui fut porté à la tête du pays après la destitution de Dilma Rousseff, vécue comme un véritable « coup d'Etat ».

Dans cet immense pays de 209 millions d'habitants, durant les quatre années du mandat présidentiel de Jair Bolsonaro, la démocratie vivra des heures difficiles. Dès aujourd'hui, il est de la plus haute importance que les forces progressistes entament un travail d'introspection pour que demain, lorsqu'il faudra redonner au pays l'espoir du changement, les conditions soient réunies afin d'apporter au Brésil, le souffle du renouveau dans une société apaisée, capable de relever les défis de la pauvreté et du progrès.

 

Peu après l'élection brésilienne, aux Etats-Unis, ont eu lieu les élections de mi-mandat, les « midterms ».

Deux ans après la victoire surprise de Donald Trump (bien que distancé de plus de deux millions de voix par Hillary Clinton), ce scrutin du 6 novembre était un test crucial à deux ans de la présidentielle de 2020.

Si le camp Démocrate a gagné la majorité à la chambre des représentants (219 sièges contre 193 aux Républicains), il n'a pu obtenir la majorité des sièges au Sénat (45 pour les Démocrates qui ont perdu 2 sièges au profit des Républicains (51 sièges).

Toutefois, le parti Républicain sort « trumpisé » de cette élection, et en ordre de bataille pour affronter l'échéance de 2020.

Donald Trump, sauf accident, sera candidat à sa réélection. Celui qui s'est très fortement engagé dans la campagne électorale, imposant le thème de l'immigration latina en jouant sur les peurs, le 7 novembre, a signifié qu'il était dès cet instant en campagne :  Il a contraint à la démission l'attorney général des Etats-Unis (équivalent du ministre de la Justice) au motif qu'il ne l'a pas protégé dans l'enquête en cours sur les interférences russes pendant la campagne présidentielle de 2016.

Lors de la conférence de presse qu'il donnait, Trump s'est emporté face aux questions que lui posait un journaliste de CNN et a tout simplement.... suspendu son accréditation !

Enfin, le Président a fait savoir qu'il ne pourrait travailler à des compromis avec les Démocrates désormais majoritaires à la chambre des représentants, que pour autant qu'ils renonceront au contrôle du pouvoir exécutif. Il s'agit -ne l'oublions pas- d'une attribution que leur donne la Constitution !

La dénonciation de l'accord sur le nucléaire signé avec l'Iran, le retrait des accords de Paris sur le climat, autant de décisions prises par Donald Trump qui font peser de graves menaces sur notre sécurité ainsi que sur le développement de nos économies.

Trump souhaite diriger la planète au mépris des opinions publiques. Ne vient-il pas, concernant les sanctions qu'il a prises contre l'Iran, d' autoriser huit pays à poursuivre leurs achats de pétrole pendant au moins six mois ? Ainsi, les achats de pétrole iranien dépendent désormais non pas de chaque Etat contractant mais du bon vouloir du Président des Etats-Unis. Ce dernier autorise l'Inde et la Chine à en acheter à l'Iran alors que d'autres pays comme la France et l'Allemagne en sont empêchés !

Le camp Démocrate devra rapidement être en ordre de bataille s'il veut remporter les prochaines présidentielles. On l'a vu, Trump aura recours à tous les stratagèmes pour être réélu. Parmi ceux-ci, les « fake news » feront une nouvelle fois, partie de la panoplie. Jusqu'à présent, le pays connait le plein emploi, les salaires augmentent , l'économie tourne à plein régime. Autant d'éléments qui seront mis à son crédit...

Majoritaires à la chambre des représentants, les démocrates devront utiliser pleinement les « contre-pouvoirs » dont désormais ils disposent .

La démocratie devrait y gagner et permettre de préparer ainsi l'alternance pour 2020 au bénéfice de la paix et du bien-être des populations.

Finalement, que l'on soit aux Etats-Unis, au Brésil ou dans bien d'autres pays évoqués régulièrement dans ces Billets, les enjeux pour les prochaines années ne sont guère différents.

Défendre la démocratie peut, aujourd'hui, paraître compliqué à Rio comme à Washington. Ceux qui la feront vivre, doivent garder à l'esprit ce qu'écrivait Alexis de Tocqueville :

«Je n'ignore rien des difficultés et des dangers inhérents à la démocratie mais je n'en pense pas moins qu'elle est notre seul espoir ». 

 

 

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