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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

C'était, il y a un siècle...

En ce 11 novembre 2018, la douceur et le soleil ont envahi le village.

Dès 10 h.30, le cortège a quitté la mairie de Latour de France en direction du cimetière.

Au carré militaire, une gerbe sera déposée à la mémoire des enfants du village tombés au champ d'honneur lors des différents conflits.

Peu après, nous nous retrouvons au monument aux morts.

Le maire rappellera tout d'abord que trois soldats français sont tombés cette année dans le cadre d'opérations extérieures, eux aussi « Morts pour la France ».

Il donnera lecture du message délivré par le Président de la République, rappelant opportunément que ce n'est pas seulement la victoire qui en ce jour anniversaire est célébrée mais également la Paix.

A un millier de kilomètres, à Paris au même moment, le Président dénonçait les risques du nationalisme et appelait les français au patriotisme, « l'exact contraire du nationalisme », allant jusqu'à qualifier ce dernier de « trahison du patriotisme ». Ces propos n'ont pas eu l'heur de plaire à D. Trump dont la pensée et l'action reposent sur deux piliers : unilatéralisme et isolationnisme.

L'hommage sera ensuite rendu aux 67 enfants de Latour disparus sur les champs de bataille ou des suites de celle qui fut appelée la Grande Guerre.

Jusqu'à présent, notre monument aux morts portait les noms de 66 enfants du village. La curiosité de l'un de nos compatriotes, Jean-Louis Grignard, a permis de compléter la liste et d'y ajouter le nom du deuxième classe Pierre Joseph Jourda né à Latour le 1er Juillet 1895, tombé au champ d'honneur le 1er Juin 1918 à Bonnes (Aisne). Son carnet militaire porte la mention : « Tué à l'ennemi ». L'omission est aujourd'hui réparée.

Monsieur Renaud Martinez que j'avais accueilli à l'occasion des cérémonies du 11 novembre 2013 qui marquaient le début de la Grande Guerre, dans l'ouvrage qu'il a consacré à Latour de France, a donné la liste des 66 enfants du village alors recensés.

Sa lecture nous apprend que peu après la déclaration de guerre de l'Allemagne à la France le 3 août 1914, le premier « touril » tombait. Il s'agit de notre compatriote le Caporal Joseph Boulbet qui perdit la vie le 18 août 1914.

Peu de jours avant la signature de l'armistice, c'est François Izard qui disparaissait le 30 octobre 1918.

La cérémonie se poursuivait par les noms de nos 67 disparus qui furent un à un rappelés par les enfants des écoles. Autant de ballons aux couleurs de la France s'envolèrent au-dessus de nos têtes.

Elle s'acheva par le dépôt d'une gerbe et l'hymne national retentit donnant à cette commémoration une forte touche d'émotion et de gravité.

Ce cérémonial, les trente six mille communes de France, l'ont vécu de la même façon, au même moment.

Mais on sait peu de choses sur la façon dont le village vécut l'entrée en guerre de notre pays.

Une nouvelle fois, c'est notre compatriote Jean-Louis qui nous permet d'en savoir un peu plus par l'édition qu'il a assurée en 2014 du carnet de route tenu par un poilu que les anciens du village ont bien connu. Il s'agit de Benjamin Jean.

La famille de ce dernier mit ce carnet à disposition de notre chercheur opiniâtre, ce qui nous permet aujourd'hui de suivre le parcours de ce poilu du village, du début à la fin des hostilités.

En effet, l'oncle Benjamin (c'est ainsi qu'on l'appelait dans ma famille) est mobilisé le 2 Août 1914, le lendemain de la mobilisation générale décrétée le 1er août. Il quitte son épouse (tante Marguerite) et rejoint la caserne de Castres du 3 au 8 août.

C'est le 19 août, dans le secteur de Boron Dannemarie dans le Haut-Rhin « que l'on a fait feu pour la première fois » écrira-t-il.

Au jour le jour, jusqu'au 11 Juillet 1915, Benjamin Jean tiendra scrupuleusement son carnet.

A cette date, il cessera de noter son quotidien.

Du 1er au 11 Juillet, « rien à signaler ». Telle sera sa dernière mention manuscrite.

Bien difficile de connaître les raisons qui l'ont amené à ne plus consigner son vécu.

Toutefois, les recherches faites par Jean-Louis ont permis de retrouver la trace de Benjamin Jean du 12 juillet 1915 au 11 novembre 1918.

La 31ème batterie à laquelle il avait été était affecté, appartenait avec d'autres, à l'Artillerie de la Division Barbot dénommée 77e Division. C'est donc dans l'histoire et les états de service de cette Division que notre fouineur à retrouvé trace de son compatriote.

Une certitude, le « touril» Benjamin Jean ne sera pas démobilisé avant la signature de l'armistice et aura vécu cette guerre de bout en bout sur le front.

On imagine facilement le lot de souffrances, les moments de doute, peut-être de désespoir qu'il aura connus au fond des tranchées sans jamais s'épancher. Peut-on rapprocher ce vécu au fait qu'il ait cessé de raconter la mort, les blessures et la dureté du quotidien à compter du 11 juillet 1915 ?

Rien n'est moins sûr.

Ce qui par contre l'est, c'est que pendant la durée de cette guerre qui fut une immense « boucherie », les enfants de Latour de France ont défendu avec un courage qui, pour 67 d'entre eux est allé jusqu'au sacrifice suprême, les couleurs de notre drapeau.

Que ce souvenir guide nos pas et nous permette de transmettre aux générations à venir, l'amour de leur pays, le respect des valeurs sur lesquelles il s'est construit.

Enfin, merci à l'oncle Benjamin de nous avoir légué ce témoignage précieux.

 

Le Poilu Baptiste Guiraud, natif de Latour-de-France et l'affiche commémorative.

 

 

 

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J
Merci Gilles pour cette précision. Je ne doute pas que, comme cela a été fait pour Pierre Joseph Jourda, le nom d'Etienne Roger Delonca sera rajouté par nos élus sur le monument aux morts de notre village. Justice lui sera alors rendue.
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G
Il faut noter qu’il y a un 68ème Poilu à Latour de France « Mort pour la France », figurant au registre du Souvenir Français 66 Mémorial comme : « relevé sur registre matricule ».
Il s’agit du Soldat Etienne Roger DELONCA né à Latour de France le 24/11/1880 et décédé, des suites d’une maladie contractée sur le champ de bataille, le 9/1/1919 à Hannut en Belgique à l’âge de 38 ans.
Son nom figure sur le Livre d’Or des pensions d’Aix en Provence lieu supposé de résidence de sa Famille, a la date de son décès.
Le nom du Soldat Etienne Roger DELONCA ne figurant pas sur le monument aux morts d’Aix en Provence il revient de l’inscrire sur le Monument aux Morts de Latour de France comme la « LOI no 2012-273 du 28 février 2012 fixant au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France (1), article 2 », le prévoit.
Sans nouvelle de sa Famille, le Souvenir Français comme Association Patriotique, est donc en devoir d’établir une demande d’inscription auprès du maire de la commune de Latour de France, son lieu de naissance.
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G
Merci pour cet article en mémoire de nos soldats.

On ne peut manquer de s'interroger en pensant à ces 67 jeunes hommes.
Je vous invite à lire le livre "L'alliance du Sens et de la Force", Général Jean-Pierre Bosset, 2018.

Quelques pensées extraites de ce livres - qui résonnent à cet hommages aux 67 tourils:

Parce que le soldat « prépare et assure par la force des armes la défense de la patrie » (Code de la défense, article L3211-2), sa mort fait l’objet d’une juste sacralisation par la Nation

« Le soldat n’est pas un homme de violence. Il porte les armes et risque sa vie pour des fautes qui ne sont pas les siennes. » Antoine de Saint-Exupéry

La Nation confie en effet au soldat la responsabilité de combattre en son nom et lui octroie le pouvoir exorbitant de donner la mort (Général Jean-Pierre Bosset)

« Des hommes ont adopté la loi de perpétuelle contrainte. Les droits de vivre où il leur plaît, de dire ce qu’ils pensent, de se vêtir à leur guise, ils les ont bénévolement perdus. Un ordre suffit désormais pour les fixer ici, les porter là-bas, les séparer de leur famille, les soustraire à leurs intérêts… Ces hommes ne disposent pas de leur vie. » Charles de Gaulle

« J’ai appris une grande vérité. La guerre, ce n’est pas l’acceptation du risque. Ce n’est pas l’acceptation du combat. C’est, à certaines heures, pour le combattant, l’acceptation pure et simple de la mort. » Antoine de Saint-Exupéry
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