Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Aung San Suu Kyi, Michelle Bachelet. Le peuple Rohingya à la croisée des destins.

 

Aung San Suu Kyi, la "dame de Rangoon" la capitale birmane, a, des années durant, soulevé l'admiration des défenseurs des Droits de l'Homme dans le monde entier.

Voici trente ans, elle est retournèe en Birmanie alors que les militaires au pouvoir, réprimaient dans le sang une rébellion populaire.

Ce faisant, elle marchait sur les pas de son père, le Général Aung San, le père de l'indépendance du pays, assassiné en 1948 alors que sa fille était âgée de deux ans.

La "dame de Rangoon" deviendra ainsi l'égérie de la rébellion contre la junte militaire au pouvoir.

Pendant des années, elle le paiera très cher : elle connaîtra la prison, la résidence surveillée, les brimades de toutes sortes.

En 1988 elle cofonde et devient Secrétaire Général de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND).

En 1990 le gouvernement annule les élections législatives remportées par la LND.

Aung San Suu Kyi qui bénéficie d'un important soutien international (elle reçoit le Prix Nobel de la Paix en 1991), restera en résidence surveillée jusqu'en 2010.

Le mouvement de transition vers la démocratie engagé en Birmanie, lui permet d'être élue Députée en 2012.

Les législatives de 2015, seront remportées par son parti la LND.

Une disposition constitutionnelle ne permettant pas à la  "dame de Rangoon" d'être Présidente de la République, elle est nommée Ministre des Affaires Etrangères et Conseillère Spéciale de l'Etat, un poste équivalent à celui de chef du gouvernement.

Toutefois, le gouvernement doit composer avec la très puissante armée birmane.

Celle-ci mène une brutale répression dont est victime la communauté musulmane des rohingya.

Dès 2012, on a assisté à une intensification des violences contre cette minorité, violences perpétrées conjointement par la majorité bouddhiste et les autorités militaires.

En 2017, des milliers de rohingya ont été assassinés. Sept cent mille d'entre eux se sont réfugiés au Bangladesh voisin.

Au temps de l'Empire des Indes Britanniques (deuxième moitié du XIX siècle), ces musulmans originaires des régions Sud-Est du Bengale, ont commencé à émigrer dans la province birmane de l'Arakan.

Les forces armées birmanes se sont livrées à des massacres sur ces populations dans le cadre d'une opération qu'elles qualifièrent de « nettoyage » . Ceci entraîna la  « déportation » des rohingya auxquels on refuse la nationalité birmane, vers le Bangladesh voisin.

Le 27 Août dernier, une commission d'enquête indépendante de l'ONU a remis un rapport dans lequel elle accuse plusieurs hauts gradés dont le chef de l'armée birmane de « génocide », « crimes contre l'humanité » et « crimes de guerre » à l'encontre des musulmans rohingya. Il est également demandé que la Cour Pénale Internationale (CPI) se saisisse du dossier.

Si Aung San Suu Kyi n'est pas mise en cause directement dans les horreurs commises à l'encontre des rohingya, la commission lui reproche toutefois de ne pas avoir « utilisé sa position de facto de chef du gouvernement ni son autorité morale pour contrer ou empêcher » les tueries.

Or, Jeudi 6 Septembre, la Cour Pénale Internationale s'est déclarée compétente pour enquêter sur la déportation de la population musulmane des rohingya. En effet, si la Birmanie n'a pas ratifié le traité instituant la CPI, les forces de sécurité birmane ont contraint 700 000 membres de la communauté musulmane à fuir et se réfugier au Bangladesh, pays qui lui, est membre de la CPI. Ainsi, le passage de la frontière par ces populations, pourrait constituer le crime de « déportation » permettant à la Juridiction Internationale de se déclarer compétente.

On doit enfin relever que le 3 Septembre dernier, la Justice birmane a condamné deux journalistes birmans de l'agence Reuters à 7 années de prison pour violations de « secrets d'Etat ».

En fait, les deux journalistes enquêtaient sur le massacre de dix paysans rohingya par des soldats.

La dame de Rangoon reste désespérément silencieuse devant ces actes qui soulèvent l'indignation de la communauté internationale et qui amènent d'autres prix Nobel de la Paix (le Dalaï-Lama, l'archevêque sud-africain Desmond Tutu) à prendre leurs distances...

C'est dans ce contexte que la nouvelle Haut-Commissaire aux Droits de l'Homme de l'ONU, Michelle Bachelet, a prononcé lundi 10 Septembre à Genève son premier discours pour l'ouverture de la 39ième session du Conseil des Droits de l'Homme.

Michelle Bachelet n'est pas une inconnue.

Elle a au moins un point commun avec Aung San Suu Kyi, son père le Général de l'Armée de l'Air Alberto Bachelet sera arrêté après le coup d'Etat de Pinochet du 11 Septembre 1972, torturé, il décèdera en prison en mars 1974 des suites des mauvais traitements subis.

Elle aussi fut durant la dictature arrêtée, emprisonnée, torturée. Elle s'exilera en Europe avant de rentrer au Chili après le rétablissement de la démocratie.

La nouvelle Haut-Commissaire fut Présidente de la République chilienne de 2006 à 2010.

Elle sera à la tête d'ONU-Femmes de 2010 à 2013.

Enfin, elle est réélue Présidente de la République pour un second mandat de 2014 à 2018.

Dans son récent discours, Michelle Bachelet n'a pas épargné les pays coupables des pires violations du Droit International humanitaire.

Ses critiques les plus acerbes, elle les a adressées à la Birmanie, relevant « les conclusions extrêmement choquantes » des membres de la commission d'enquête de l'ONU.

La Haut-Commissaire a salué la décision de la CPI de s'être déclarée compétente pour connaître des crimes commis sur les populations rohingya.

Enfin, elle a appelé le Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU à créer « un organe international indépendant, destiné à recueillir, préserver et analyser les preuves des crimes internationaux les plus graves, afin d'accélérer la tenue de procès ».

On sait en effet, que devant la CPI mise en place en 2002, la réunion des preuves a souvent posé problème et a pu justifier des décisions difficiles à comprendre et à admettre pour les victimes des crimes jugés par la Cour.

Ainsi, les destins de ces deux grandes dames se croisent sur un dossier douloureux , celui des massacres commis sur la minorité musulmane rohingya.

Pour l'une, l'armée birmane qui, au gouvernement détient des postes-clés comme celui de l'Intérieur, de la Défense et des Frontières, pourrait ternir durablement l'image du Prix Nobel de la Paix 1991.

Pour l'autre, il conviendra pour mener avec succès son combat en faveur des Droits de l'Homme, qu'elle ferraille avec nombre de chefs d'Etat et de militaires comme l'avait fait son prédécesseur, le jordanien Zeid Ra'ad Al-Hussein.

 

Afin de terminer sur une note d'espoir, souhaitons que la dame de Rangoon trouve les ressources pour redonner vie à ce qu'elle affirmait dans l'un de ses discours : « Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt mais la peur... Aucune machinerie d'Etat, fut-elle la plus écrasante, ne peut empêcher le courage de ressurgir encore et toujours car la peur n'est pas l'élément naturel de l'homme civilisé ».

Ces paroles ont été prononcées..... en 1990 !

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
N
Il en va des prix nobels de la paix comme de certains prix nobels scientifiques dont on decouvre plusieurs années après que les soit-disant découvertes majeures dans leur discipline étaient soit inexistantes soit sujettes à caution
Il fut un temps où le commissaire de l'ONU aux droits de l'homme était un saoudien mais sans doute au siège de cette vénérable institution " droits de l'homme" était à l'époque pris dans l'acception droits des hommes.
Répondre