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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Une Europe ? Laquelle et avec qui ?

 

Le 21 Août 1968 j'étais en vacances dans ma famille à Font-Romeu. C'est tôt dans la matinée que j'apprenais que 300 000 militaires appartenant aux troupes du Pacte de Varsovie (URSS, Pologne, Bulgarie, Allemagne de l'Est, Hongrie) avaient envahi la Tchécoslovaquie. Il faut dire que quelques mois auparavant, Alexandre Dubcek avait accédé au poste de Secrétaire Général du Parti Communiste et que la Tchécoslovaquie, sous son impulsion, connut un souffle de liberté que l'on appela « le Printemps de Prague ». Cette situation était insupportable pour Leonid Brejnev qui était à la tête de l'URSS. On connait la suite, la « normalisation » imposée aux tchèques par le grand frère soviétique.

L'histoire ne faisait que bégayer puisque 12 ans auparavant c'est la Hongrie qui avait connu le même drame. Tout avait commencé à Budapest le 23 Octobre 1956 où le peuple avait manifesté contre le gouvernement communiste. Dans l'enthousiasme, le 1er Novembre Imre Nagy était porté à la tête du gouvernement hongrois. Il annonçait dans la foulée, le retrait de la Hongrie du Pacte de Varsovie. Le 4 Novembre, l'Armée Rouge occupait Budapest. La répression soviétique fera plus de 200 000 morts. Imre Nagy sera arrêté et pendu.

Tout cela s'est produit au sein de l'Europe après la deuxième guerre mondiale.

A l'époque, membre de l'Union des Etudiants Communistes à la Faculté de Droit de Montpellier, comme la grande majorité des communistes et la direction du Parti, je désapprouvais l'intervention des troupes du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie tout en approuvant « la normalisation » imposée par les russes aux tchèques. D'autres camarades, se retrouveront derrière Jeannette Thorez-Vermeersch pour approuver l'intervention et soutenir les russes... Cette dernière, en désaccord avec la direction du Parti, démissionnera du Bureau Politique.

En réfléchissant bien, avec 50 ans de distance, je pense avoir beaucoup oscillé entre les deux positions.

Quelques années plus tard, jeune avocat communiste en Seine Saint-Denis, avec mes amis Nadia et Claude, j'adhérais au comité France-Tchécoslovaquie qui avait à sa tête Arthur London. Nous soutenions alors Vaclav Havel qui était emprisonné et Alexandre Dubcek qui avait été expulsé du Parti en Mars 1970 et s'était retiré à Bratislava où il fera l'objet d'un harcèlement constant de la part des autorités.

Les années s'étaient écoulées et avaient apporté beaucoup de changements dans mes réflexions et mes jugements...

Certains prétendent que nous sommes rentrés dans un monde nouveau avec le changement de millénaire. Je ne le pense pas. Selon moi, la fin du vieux monde et le début d'une nouvelle ère, remontent à 1989-1990, années où se produisit l'effondrement du monde communiste et la chute du mur de Berlin.

Dans une série d'articles publiés dans Le Monde des 26, 27 et 28 Juin derniers, l'éditorialiste Sylvie Kauffmann, rappelle qu'en 2002, le pape Jean-Paul II, juste avant son retour de Cracovie, prononça la phrase tant attendue par les polonais avant qu'ils ne franchissent le pas : « La Pologne trouvera la place qui lui est due dans l'Union Européenne. Elle n'y perdra pas son identité mais enrichira le continent ».

L'Union Européenne s'est élargie aux pays de l'Est en 2004 puis en 2007 et 2013.

En 14 ans, la Pologne n'a pas perdu son identité. Je ne sais si elle a enrichi le continent européen. Elle a par contre largement profité avec ses 38 millions d'habitants de son adhésion.

S'agissait-il pour ces pays d'un mariage d'amour ? Sylvie Kauffmann cite l'ancien gouverneur de la Banque centrale hongroise : « c'était un mariage de raison, plus que d'amour ».

Je ne pense pas qu'il en ait été de même pour les pays d'accueil. Nous avons considéré que ces pays que nous avions abandonnés dès Septembre 1938 à Munich pour ce qui concerne la Tchécoslovaquie et que nous avions ainsi jetés dans les griffes de l'ours soviétique, avaient naturellement leur place à nos cotés, dans l'Union. Le bénéfice qu'ils en ont tiré est incontestable.

Aujourd'hui, ces pays qui n'ont pas de passé colonial contrairement à la France, l'Espagne, le Portugal... considèrent qu'il nous appartient de régler le problème migratoire et qu'ils n'ont aucune obligation à ce titre.

Ainsi, s'achève la solidarité au sein de l'Union Européenne.

Fini également le partage de valeurs communes qui constituent le socle de l'Union.

Que reste-t-il de l'Etat de Droit en Pologne lorsque le Pouvoir démet la Première Présidente de la Cour Suprême après avoir fait adopter une loi imposant aux juges de prendre leur retraite à 65 ans au lieu de 70 précédemment ? Il faut rappeler que la Constitution polonaise fixe à 6 ans la durée du mandat de celui qui occupe ce poste et que dès lors, Madame Gersdorf achèvera son mandat fin Avril 2020. Le but de cette réforme est de soumettre le système judiciaire polonais au pouvoir exécutif. Lech Walesa l'ancien responsable du syndicat Solidarnosc (Ma photo de la semaine), les magistrats et les polonais ont dénoncé ce coup de force.

La Hongrie de Viktor Horban faisait jusqu'à présent figure de leader dans le refus d'accueil de migrants sur son sol. La voilà rejointe par l'Italie de Matteo Salvini et l'Autriche du Chancelier Sebastian Kurz à la tête d'une coalition droite-extrême droite. Son pays qui vient de prendre le 1er Juillet et pour 6 mois la Présidence de l'Union, défend désormais une Europe aux frontières totalement closes aux migrants.

 Nous sommes semble-t-il bien loin du « nous y arriverons » qu'elle lançait en 2015 lorsqu'elle ouvrit la frontière aux migrants.. Si Madame Merkel se réfère toujours à « l'humanisme », sous pression de l'aile droite de la grande coalition, on l'attend aux actes. 

La crise actuelle née de la pandémie montre, alors que l'Espagne et l'Italie appellent au secours, que l'Allemagne est disposée à consentir le minimum d'efforts sur le plan financier pour leur venir en aide. 

Comme l'a exprimé Jacques Delors, l'Europe n'a jamais été aussi proche de la dislocation.

 

 

 

 

 

 

 

 

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