Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

Un accord écrit, à minima . Une condamnation morale, à maxima.

Cette semaine, deux événements majeurs ont retenu mon attention.

Chronologiquement, c'est jeudi 28 juin 2018, que pour la première fois au monde, une personne morale (c'est le terme adapté bien que fort peu opportun), en l'occurrence la société Lafarge SA, filiale du cimentier franco-suisse LafargeHolcim, a été mise en examen pour « violation d'un embargo », « mise en danger de la vie d'autrui », « financement d'une entreprise terroriste » et « complicité de crimes contre l'humanité ».

On rappellera que le "crime contre l'humanité" est entré dans l'arsenal répressif postérieurement aux horreurs commises pendant la Seconde Guerre Mondiale et a été réprimé par le Tribunal de Nuremberg. En l'espèce, il vise les atrocités commises par les organisations islamistes terroristes, au premier rang desquelles, l'Etat Islamique.

C'est un des crimes pouvant faire l'objet de poursuites devant la Cour Pénale Internationale, par ailleurs, il s'agit d'un crime imprescriptible.

Il faut aussi rappeler qu'être mis en examen ne signifie pas forcément être coupable, mais que les juges chargés du dossier ont relevé contre les cimenteries Lafarge  des « indices graves ou concordants » permettant cette mise en examen.

Quels sont les faits reprochés ?

Depuis plus de 11 mois, une instruction est en cours concernant le financement d'organisations terroristes parmi lesquelles, l'Etat Islamique par la société Lafarge implantée en Syrie.

Dans ce cadre, plusieurs anciens dirigeants de la société de cimenterie ont été mis en examen pour « financement du terrorisme » et « mise en danger de la vie d'autrui ».

Par l'intermédiaire de sa filiale, Lafarge aurait été amené à financer plusieurs groupuscules terroristes pour maintenir l'activité de sa cimenterie de Jalabiya (au nord de la Syrie).

Selon une enquête du Monde publiée début mai, il s'agirait de « donations » à différents groupes armés, d'une « taxe » payée à l'organisation Etat islamique, de l'achat de matières premières, ainsi que d'une commission versée par les transporteurs. Enfin, plus embarrassant encore, les juges en charge du dossier soupçonneraient une infraction consistant en la vente de ciment à l'Etat Islamique.

Les dirigeants du cimentier ont présenté jusqu'ici, le paiement de ces « taxes » comme le prix à payer pour assurer la « sécurité » des salariés.

Toutefois, Le Monde concluait l'enquête en relevant que « tout commerce avec l'EI ne pourrait s'interpréter que comme un froid calcul financier, une participation intéressée aux activités du Califat ».

Il convient de laisser l'instruction se poursuivre afin que toute la lumière puisse être faite sur des faits d'une exceptionnelle gravité mettant en cause une grande entreprise française et certains de ses dirigeants.

La France compte à ce jour plusieurs centaines de victimes du terrorisme. Elles et leurs familles ont le droit de savoir si, à un moment, pour l'appât du gain, certains n'ont pas hésité à pactiser avec le diable.

Si tel était le cas, il faudra que Justice passe dans toute sa rigueur.

De retour dans nos frontières européennes, sur la question migratoire, les 28 sont-ils parvenus à résoudre ce que, dans mon Billet de la semaine dernière, j'appelais « la quadrature du cercle » ? Bien difficile d'être affirmatif.

L'accord a été conclu aux premières heures du vendredi 29 juin à Bruxelles.

Certes, chacun des participants aura pu rejoindre sa capitale en soutenant que sa position a été prise en compte.

C'est le cas de la Chancelière allemande qui soulignera que l'accroissement des moyens financiers alloués à Frontex et la limitation des "mouvements secondaires" des migrants concernant les déplacements dans les pays autres que le pays d'arrivée, enlèvent toute portée aux reproches qui lui sont adressés notamment par son Ministre de l'Intérieur.

C'est également le cas du Président du Conseil italien qui pourra insister sur le projet de « plateformes de débarquement » des migrants hors des frontières de l'Europe (en Afrique du Nord) qui, si elles sont mises en place, devraient permettre de tarir le flux de migrants sur les côtes italiennes.

Notons qu'à ce jour la Tunisie, la Libye et le Maroc ont répondu négativement.

Notre Président pourra insister sur les menaces qui, il y a une semaine encore, planaient sur l'Union et sur le rôle qui a été le sien dans le dénouement d'une crise qui aurait pu avoir raison de nos institutions. Il pourra également faire valoir que, comme l'Italie, la France, qui n'est pas un pays de première arrivée, ne sera pas concernée par la création sur son territoire de centres « controlés » prenant en charge les bateaux de migrants venant de Libye et secourus dans les eaux internationales.

Toutefois, les grands vainqueurs de ce Conseil Européen, me paraissent être les 4 pays membres du groupe de Visegrad, à savoir la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie et la République Tchèque.

On peut rajouter parmi les vainqueurs, l'Autriche gouvernée par une coalition droite-extrême droite. En effet, désormais, la répartition des bénéficiaires du droit d'asile parmi les différents pays de l'Union, se fera sur la base du « volontariat », conformément aux revendications du groupe.

Ainsi, ces pays qui, en d'autres temps, avaient accepté que les réfugiés soient répartis entre tous les pays membres sur la base de quotas, seront dispensés de participer à l'accueil des migrants. 

Si la "solidarité" entre Etats qui est l'un des fondements de l'Union Européenne cède désormais la place au "volontariat" à l'appréciation de chacun des Etats, on peut avoir les plus grandes craintes sur le devenir de nos institutions.

Un autre Etat bénéficiera indirectement du sommet du 28 Juin. Il s'agit de la Turquie du Calife Erdogan, désormais investi des pleins pouvoirs à la suite de son « succès » électoral . Les milliards d'euros pourront continuer à être déversés par l'Union Européenne en rémunération de la gestion par cet Etat de la majeure partie des migrants qui, auparavant, tentaient de rejoindre la Grêce.

Sans nier la nécessité qu'il y avait à s'éloigner de la zone dangereuse dans laquelle l'affaiblissement des démocraties a poussé l'Union Européenne, gardons-nous de tout triomphalisme. L'expression  « Usine à gaz » a été utilisée pour qualifier le dispositif adopté à Bruxelles.

Nous soulignerons enfin, qu' à l'issue de ce sommet, la question de la réforme du règlement de Dublin a été renvoyée à des jours meilleurs....

Alors ? Ayons le courage de d'admettre que depuis les années 2015-2016, les flux migratoires ont considérablement diminué. Qu'il nous appartient d' accueillir dignement les demandeurs d 'asile. Enfin,  travaillons à créer les conditions permettant à ceux qui se voient accordé le statut de réfugiés, une meilleure intégration dans le pays d'accueil.

Les déboutés, s'ils n'ont pas vocation à rester sur notre territoire, ne sont pas pour autant des délinquants et ils ne doivent pas être traités comme tels. La solution ne peut résulter que d'accords entre Etats pour leur reconduite dans le pays d'origine, ainsi que de programmes de développement économique et d'aide apportée à ces pays.

Dans quelques mois on célébrera le 70ème anniversaire du discours prononcé le 10 Décembre 1948 par René Cassin présentant la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

Pour René Cassin, « il n'y aura pas de paix sur cette planète tant que les Droits de l'Homme seront violés en quelque partie du monde que ce soit ».

Son affirmation reste d'une brûlante actualité, de Bruxelles à Jalabiya.

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article