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Mes réactions à l'actualité politique intérieure et internationale, sociétale, sociale .... .... Avec légèreté, chaque fois que je le peux ! Je fais mienne la formule de Philippe Meyer (Mammifère omnivore) "Nous vivons une époque moderne !"

L'affaire CALAS ou quelles leçons tirer du passé ?

 

Nicole Belloubet, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, ancienne rectrice de l'académie de Toulouse, présente ce jour le projet d'une profonde et ambitieuse réforme de la Justice. Ce projet selon certains avocats et magistrats, affaiblirait les droits de la défense et compliquerait l'accès au Juge.

Alors que le 1er Avril dernier j'ai fêté mes dix années de retraite, mon but n'est pas d'entrer dans le détail de la réforme ou de prendre parti sur la philosophie de ce projet, mais plus simplement de revenir sur une conférence que j'avais faite à Albi avec Jeanine Garrisson, historienne du protestantisme, sur un dysfonctionnement majeur de la Justice qui, à l'époque, entraîna l'exécution d'un innocent, Jean CALAS.

Toulouse, à la moitié du XVIIIème siècle, est une ville close, profondément marquée par l'église catholique qui impose sa toute puissance.

La rue des Filatiers est une rue commerçante dans laquelle travaille et vit au numéro 16, la famille CALAS.

Le 13 Octobre 1761, aux environs de 10 heures du soir, Marc-Antoine CALAS âgé de 29 ans, fils aîné de Jean CALAS , commerçant et avec lequel il travaille, est retrouvé mort au rez-de-chaussée de l'immeuble.

C'est Pierre CALAS, le frère cadet de Marc-Antoine et le jeune Gaubert LAVAISSE, invité à dîner ce soir-là chez les CALAS, qui découvrent le corps sans vie.

L'instruction sera menée au pas de charge puisque, à peine un mois plus tard, elle est achevée.

Jean CALAS le père, son épouse Anne-Rose CABIBEL née à Londres d'une famille de protestants exilée pour fuir la répression, leur fils Pierre, Gaubert LAVAISSE et Jeanne VIGUIERE la servante des CALAS, sont renvoyés devant les Capitouls pour répondre du meurtre de Marc-Antoine.

Durant l'instruction menée totalement à charge par le Capitoul David DEBEAUDRIGUE saisi le soir-même de la découverte du corps, aucune preuve formelle de leur culpabilité n'a été recueillie.

Le 18 Novembre 1761 le verdict tombe : Jean CALAS, son épouse, leur fils Pierre, sont condamnés à être soumis à la question ordinaire et extraordinaire. Les deux autres accusés, LAVAISSE et Jeanne VIGUIERE seront présentés à la torture sans la subir.

Les condamnés font appel de la sentence devant le Parlement de Toulouse.

Le Parlement confie la poursuite de l'enquête à l'un des Conseillers. 50 témoins seront entendus.

Contrairement au procès qui s'est tenu à l'Hotel de Ville, les accusés ont en appel, le droit d'être assistés d'un avocat.

Le 9 mars 1762, le verdict est rendu : Jean CALAS est condamné à mourir écartelé Place Saint Georges. Il est sursis au jugement de son épouse, de leur fils Pierre, de la servante et de LAVAISSE.

On espère que sous la torture, Jean CALAS avouera avoir tué son fils et pouvoir ainsi établir la culpabilité des autres accusés.

Le lendemain de la sentence, le 10 Mars, Jean CALAS est écartelé puis étranglé.

Sous la torture, il continuera à clamer son innocence.

              Comment, sans la moindre preuve, a-t-on pu exécuter Jean CALAS ?

Pour le comprendre, il convient de remonter le cours de l'histoire et d'examiner quelle est la situation des « nouveaux convertis » à Toulouse, dans les années 1760.

Comme dans de nombreuses villes de France, deux siècles auparavant soit en 1562, les huguenots, conduits par le prince de Condé, ont tenté d'envahir la cité dans laquelle vivait une forte minorité de réformés.

Alors que d'autres villes adoptent le calvinisme comme religion et éthique (Nîmes, Montauban), à Toulouse, des affrontements armés opposeront protestants et catholiques.

Pillages, noyades, incendies, témoignent de la violence des combats et de la haine religieuse.

Libérée des « hérétiques », contraints de s'enfuir ou massacrés sur place, la ville sera soumise à la main de fer du Parlement, garant de l'orthodoxie.

Lors des événements de la Saint Barthélémy en Octobre 1752, la « populace » massacre 300 protestants alors que le Parlement fait pendre, dans leur robe rouge de cérémonie, trois conseillers jugé suspects.

En 1598, lorsque est publié l'Edit de Nantes, il soulève des vagues de résistance dans la « ville close ». Le Parlement se refuse de l'enregistrer et donc de l'appliquer.

La révocation de l'Edit de Nantes signée par Louis XIV le 17 Octobre 1685, sera accueillie avec joie.

Il s'ensuivra une vague d'interdits qui accablent les huguenots :

Ils sont exclus des charges publiques, des métiers de santé, de l'enseignement, des métiers de justice. Le protestant n'a d'autre possibilité que d'être agriculteur ou commerçant.

Des violences accompagnent ces mesures discriminatoires.

Les protestants ne pourront pratiquer leur culte (les temples sont détruits), ils n'ont d'autre possibilité que de se convertir à la religion catholique (ce que fera la famille de Jean CALAS) ou de s'exiler (ce qu'a fait la famille de son épouse).

Toutefois, en obtenant un certificat de catholicité, les nouveaux convertis sont autorisés à exercer une profession interdite aux protestants.

Chez les CALAS, Marc-Antoine qui a fait des études de Droit et se destinait à la profession d'avocat, ne pourra y accéder car il se refusera à faire les démarches auprès du curé de la paroisse pour obtenir ce certificat. Il travaillait donc à l'atelier avec son père qui tenait une boutique d'indiennes (tissus à l'origine importés d'Inde).

Marc-Antoine avait-il l'intention d'abjurer la religion protestante, ce qui aurait motivé la décision de sa famille de l'éliminer physiquement ?

Avait-il des dettes de jeu contractées au Café des Quatre Billards qu'il fréquentait assidûment et a-t-il été éliminé pour cette raison ?

Porteur de pièces d'or échangées le jour de sa mort, a-t-il été victime d'une agression ?

Son caractère sombre et taciturne a-t-il dégénéré en idées suicidaires et est-il passé à l'acte ?

Marc-Antoine devait-il se rendre à Genève pour devenir Ministre du culte protestant, ce qui aurait réduit à néant l'hypothèse de sa conversion au catholicisme ?

Autant d'hypothèses qui, à aucun moment, ne seront exploitées.

En l'absence d'aveux, de preuves matérielles, de témoignages directs, c'est sur des ragots colportés jusqu'aux Juges et dans le climat décrit plus haut que Jean CALAS sera conduit au supplice et à la mort.

La détermination dont Jean CALAS fera preuve sous la torture, ébranlera la certitude du Parlement.

Les preuves que l'on pensait recueillir pour établir la culpabilité de ses co-prévenus n'ayant pas été rapportées, le 18 Mars 1762, le Parlement de Toulouse acquittait Madame CALAS, LAVAISSE et Jeanne VIGUIERE. Pierre était condamné au bannissement à perpétuité.

La pression « médiatique » de l'époque, l'acharnement d'hommes de Lettres et en particulier Voltaire, d'hommes de Robe, aboutiront à l'ouverture d'un nouveau procès CALAS en Février 1765.

Le 9 Mars 1765, les Maîtres des Requêtes du Conseil du Roi, cassaient POUR VICE DE FORME le jugement rendu par les Capitouls.

Ainsi, le verdict du Parlement de Toulouse n'était pas remis en cause, la paix avec la lointaine province et son puissant Parlement était préservée.

Plus de 250 ans après cette demi-mesure, la question de la culpabilité de Jean CALAS se trouve donc toujours posée.

Il reste que le 10 Mars 1762 à Toulouse, dans un climat d'hystérie, un père de famille a été supplicié jusqu'à la mort pour le plus odieux des crimes sans que le moindre commencement de preuve de sa culpabilité ait été apporté.

Pour conclure, je laisse la parole à Pierre Desproges à qui l'on rend un hommage mérité à l'occasion du trentième anniversaire de son décès.

                                       

                                        Etonnant, non ?


 

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N
Je ne sais pas si ça fait plus mal d,être écartelé, guillotine , fusille, égorgé ou brûle mais il y a eu à Toulouse en 2015 un Oradour sur Glanes Les SS étaient des islamistes<br /> Les victimes ont été massacrées du fait de leur religion mais le Coran est un livre de paix , n'en doutons pas.
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A
A la différence près, mon cher Nemo que depuis 1981, et c'est heureux, on ne condamne plus à mort. Quant à la mort par écartèlement, il y a bien plus longtemps qu'elle a disparu de notre code.
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N
Les temps ont changé mais pas tellement puisqu'a Toulouse des enfants juifs ont été assassinés dans leur école parce que juifs et on n'a pas eu de marches blanches au Mirail <br /> Magre cet état de guerre selon le mot juste de F. Hollande , on n'a pas fait de prisonniers de guerre mais confie le dossier a des juges d'instruction qui ont longuement instruit et à une cour d'assises composée de magistrats professionnels qui a fait du droit , certains diraient du juridisme pour le frère Merah . Preuve que le projet de Tribunaux criminels n'est pas si mauvais contrairement à ce que pensent certains avocats grévistes . Une cour d'assises "normale" aurait certainement condamné Merah a perpétuité
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